BAPTISTE TROTIGNON & MININO GARAY – Chimichurri

visuel-baptiste-trotignon-minino-garayLe drame – ou la comédie (selon les points de vue) – du jazz est de céder trop souvent à la facilité et à l’excès de celle-ci. De démonstrations techniques en solos virtuoses et structures rendues complexes, l’auditeur néophyte est perdu, se lasse et laisse le soin aux “experts” de disséquer et débattre plus que d’apprécier.
Chez Baptiste Trotignon, point d’élitisme, on se met à la portée, on favorise la compréhension, l’assimilation, on va tirer le bon grain ailleurs (Miossec, Jeanne Added précédemment en choristes… Paul McCartney ou Leonard Berstein en auteurs repris ici), on revisite respectueusement et avec un brin d’humour…
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Sur scène récemment, Baptiste Trotignon présentait Chimichurri, son dernier album, avec son complice multi-percussioniste argentin Minino Garay, et illustrait parfaitement cette vision humaniste qu’on recherche dans le jazz : descriptions des morceaux, explications de “textes”, panorama d’œuvres du monde jouées en de jolies “défidélités” (puisque “infidélités” ne conviendrait pas). Les thèmes sont modelés, mais reconnaissables, évidents soudainement ; leurs traitements subtils, inventifs, vifs et violents parfois. Et frustrants d’aisance et d’ “improvisationnabilité” : une main gauche qui joue les basses, focalisée sur l’extrême gauche, une droite aux doigts qui semblent mesurer cinquante centimètres pour couvrir autant de distance en si peu de mouvements, et qui règne sur le reste (la quasi totalité) du clavier. Ce qui s’entend autant que se voit, miracle d’un disque haut en couleurs.

Les morceaux revus de West Side Story au cœur du live et de l’album, métissages latino-américains en plusieurs évocations et répétitions, terrain de jeu idéal pour confronter les instruments, les faire se répondre et se mêler. “America”, “Tonight” ou “Maria”, à la fois minimalistes et grandis par tant de perspectives… Du tango aussi (Carlos Gardel mais pas seulement), caution “obligatoire” pour satisfaire Minino Garay et des compositions personnelles pour enrichir encore la gamme des possibles.
Sur scène, Baptiste Trotignon finit en douceur avec une “Chanson d’Hélène”, très courte, très douce… Ici on se quitte sur un bouillant “Chorinho pra ele” du méconnu compositeur brésilien Hermeto Pascoal.
Deux extrémités passionnantes…

Baptiste Trotignon & Minino Garay (Anteprima/Sony)

October 8, 2016

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