EMILY JANE WHITE – They Moved In Shadow All Together

Visuel EMILY JANE WHITE - They moved in shadowOn n’avait jamais vraiment perdu Emily Jane White. On l’avait suivie, album après album, concert après concert, dans ses différentes incarnations. Jamais une tournée qui ne ressemble à la précédente en terme de line-up, d’orchestrations ou d’intentions… Jamais, ou presque, un disque qui ne répète le précédent, ne se repose sur ses lauriers ou ne tienne son envergure pour acquise. Des pièces d’un grand puzzle musical s’assemblant patiemment, une œuvre et ses multiples ramifications, une logique propre, sensée, pensée, mûrement réfléchie. Et autant de raisons d’apprécier sa musique…

On ne l’avait jamais vraiment perdue, mais on a néanmoins le singulier sentiment de la retrouver. De redécouvrir ce qui n’avait pourtant pas disparu : ces impressions d’un folk aux accents mélancoliques (et rimant, ici, avec gothiques et romantiques), ces textes évanescents et troubles, et ce chant qu’on pourrait audacieusement qualifier d’indie-lyrique…

“You are so sweet, you cheat, so sweet”

Visuel EMILY JANE WHITE 2Blood/Lines est encore récent, le single “Frozen Garden” en est une parfaite réminiscence, un rappel et une transition idéals. Dès “Pallid Eyes” et ses arpèges de guitare inattendus, c’est soudainement une révélation a posteriori évidente : comme si Dark Undercoat était réinterprété avec l’expérience accumulée depuis le premier enregistrement, avec la science des arrangements éprouvée et déployée sur Victorian America et Ode to Sentience, et l’aide précieuse de Shawn Alpay (violoncelle, basse) et Nick Ott (percussions). Avec une nouvelle façon d’aborder le chant aussi, de lui laisser prendre le temps de s’étendre, de déclamer chaque mot avec le respect qui lui est dû. Enrober un propos, aussi grave que précédemment, mais avec une mise en avant plus poignante encore.

“Hold your skin, we’re the colors that we’ve always been”

Des autres “Someday I’ll forgive”, “Your insight, beautiful”, “You caught my bad dreams”, innocentes phrases, isolées, répétées et qui prennent de lourdes et éloquentes significations dans ce disque aux morceaux de luttes. Réactions poétiques (et en cela universelles) aux traumatismes et injustices décrits (“The Black Dove” notamment) et thématiques centrales d’un album qui mêle l’intime et les desseins plus larges.

Emotions renouvelées – mais on n’en doutait guère – jusqu’aux deux derniers morceaux “Womankind” (sur les femmes battues et plus encore) et “Behind The Glass” qui résument et synthétisent tout en quelques essentielles minutes : une sorte d’aboutissement temporaire et l’assurance d’écoutes séduites. They moved in shadow together, tellement de belles nuances d’ombres.

Emily Jane White (Talitres)

En concert :
18/05: PARIS / Le Klub
19/05: ANGERS / Le Bolero
21/05: BRUXELLES / Le Botanique, Les Nuits Botanique
22/05: LILLE / La Péniche
24/05: CAEN / Portobello Rock Club

May 2, 2016

Comments are closed.