BAPTISTE W. HAMON – L’Insouciance

Visuel BW HAMONDes rêves et des fantasmes exaucés, il y en a des plus vrais et sincères que d’autres. Des façons de s’approprier un univers qui n’est pas le sien à l’origine, il y en a des plus talentueuses et érudites, des plus acharnées, travaillées et réussies… Jusqu’à, pour certains, insolemment doués, en assimiler les codes et coutumes avec une facilité déconcertante. De retour d’Amérique, littéralement et au sens figuré, Baptiste W. Hamon donne désormais du “Come on guys”, “One more time”, “Let’s go” et autres instructions en anglais à ses compagnons musiciens d’aujourd’hui, tous français pourtant… Et propose d’emblée un “Joséphine” de saloon et de square dance, dignement entouré de la fine fleur des musiciens de studio de Nashville et sous la houlette de Mark Nevers (ex-Lambchop et prolixe producteur). Apogée countrysante de l’album, en français dans le textes, les titres qui suivent s’éloignent progressivement de cette veine pour mieux y replonger avec le “Van Zandt” final choral, hommage festif au héros ici “mythe fondateur”.

Visuel BW HAMONEntre les deux, une large palette de mises en musique, impressionnante au sens propre : l’audace d’un superbe duo avec Will Oldham (Bonnie ‘Prince’ Billy) en français et anglais (“Comme la vie est belle”), le presque classicisme mainstream et parfait d’un “It’s been a while” avec Caitlin Rose, la poignante “Ballade d’Alan Seeger” aux accents celtiques. Erudition, citations lettrées, sens de la formule et des références (“Terpsichore”) pour hausser le niveau des textes à celui de choeurs et d’arrangements aux sommets (jusqu’à embellir encore le “Peut-être que nous serions heureux”, duo suranné avec la complice Alma Forrer, déjà bouleversant dans ses sobres versions passées).

Et puis, de la poésie, et bien d’autres perspectives sombres et magnifiques sur “Les Sycomores” : une façon de chanter plus en retenue – avec paradoxalement plus de lyrisme – , le sens posé du drame et une appropriation évidente de l’essence de la noble chanson à texte.

“Une liste de courses déchirée / Ecrite à l’encre claire / Alors que vient l’été / Toujours, toujours ces souvenirs froissés / Et puis tes mains qui tremblent, qui ne font que trembler / Je t’entends encore parler du firmament / Et moi qui te disais pensons à maintenant / Et toi qui pousses au loin tes larmes / Vers ce grand arbre sourd /Vers ce fragile érable…”

Ce sont les plus grands noms qu’il faudrait citer alors… Un ami disait que Baptiste W. Hamon était peut-être le seul actuellement à (ré)concilier le folk à l’américaine avec une exigence particulièrement forte de la langue française. Le seul actuellement ; au siècle dernier il y avait Graeme Allwright. On a connu moins prestigieux comme comparaison…

Baptiste W. Hamon (Manassas/Sony)

 

March 23, 2016

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