ALMA FORRER & BAPTISTE W. HAMON

J’ai grandi avec les musiques de mon père : celles de Jacques Brel, Jean-Pierre Ferland ou Léo Ferré. J’ai écouté ensuite des musiques plus violentes avant de renouer peu à peu et inéluctablement avec la chanson française.

Des artistes que je lui faisais écouter, mon père disait qu’ils avaient certainement de beaux textes mais pas des voix marquantes ou théâtrales, qu’ils racontaient de belles histoires mais ne les incarnaient pas. A Jean-Louis Murat, Dominique A et Christophe Miossec, il avait opposé des arguments que j’avais évidemment ignorés. Plus tard, j’aurais sûrement essayé de lui faire apprécier Bertrand Betsch, Bertand Belin ou Michel Cloup. Il aurait eu les mêmes arguments. Et je les aurais aussi vraisemblablement snobés…

Visuel BAPTISTE W HAMON - Nouvel étéMais il aurait aimé Baptiste W. Hamon et Alma Forrer, j’en suis persuadé. Il aurait apprécié leurs façons magnifiquement surannées de conter les choses : une exigence des textes, une richesse des arrangements et des interprétations “à l’ancienne” ni caricaturales ni obsolètes. Un artisanat noble qu’on ne retrouve plus ailleurs et plus maintenant, surtout. A l’image de leur duo “Peut-être que nous serions heureux”, leurs chansons cousines évoquent les esthètes méconnus des années soixante-dix (“Terpsichorde”, “Van Zandt” tellement Graeme Allwright, “J’attendrai” ou “Blanche”, autre duo) sans jamais les contrefaire ou les moquer.

Visuel ALMA FORRER - Ne dis rienGravité de la maturité (et rêves exaucés d’Amérique) pour l’un, belle et fausse fragilité pour l’une (“La forêt nous protège”, évanescence proche de Swann), ils ont tous deux une élégance salvatrice et l’art de ne pas en faire trop (des EP, longueurs parfaites pour la cohérence et la frustration inhérente). Ils lui auraient rappelé le jeune Maxime Le Forestier, le Serge Reggiani déjà âgé, Barbara... ou Marianne Mille et son alter ego Maurice Dulac.

Transmission familiale en recommencement imminent, j’essaierai de transmettre cet amour de la langue et de la composition à mes enfants. Ils me snoberont d’abord, puis y reviendront leurs crises d’adolescences passées.

Et nous écouterons encore ensemble Baptiste W. Hamon et Alma Forrer dans quinze ou vingt ans.

Assurément.

Alma Forrer – Ne dis rien (Manassas)
Baptiste W. Hamon – Nouvel été (Manassas)

Alma Forrer et Baptiste W. Hamon sont en concert à Petit Bain ce jeudi 1er octobre 2015.

September 30, 2015

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