MICHEL CLOUP DUO – Minuit dans tes bras

Visuel MICHEL CLOUP DUO - Minuit dans tes bras24 janvier 1995, Lille. En première partie de Frank Black, il y avait cet étrange groupe toulousain dont je ne connaissais qu’un seul titre entendu, sûrement chez Lenoir, quelques semaines auparavant, “L’Art est dans la Rue”. Un morceau qui ne me plaisait pas tellement et qui ne fera finalement jamais partie de mes préférés du groupe. Ils l’avaient joué ce soir-là, je m’en souviens. Le concert m’avait surpris et marqué par sa différence avec ceux des groupes de rock indé auxquels j’avais presque exclusivement assisté ces années-là (The Sundays, House of Love, Inspiral Carpets, Ned’s Atomic Dustbin…), mais je n’avais pas été totalement convaincu (je regrette pourtant encore maintenant de ne pas avoir acheté le tee-shirt “Diabologum free-jazz” proposé sur le stand de merchandising). J’ai, depuis, eu plusieurs fois l’occasion de réviser ce jugement…

“Nous vieillirons ensemble”

Evidemment, je sais que ce morceau ne m’est pas adressé, que c’est une magnifique déclaration d’amour de Michel Cloup à sa compagne (et incontestablement une des plus belles chansons de ces dernières années)… mais ces trois mots, cette phrase simple, résument à la perfection mon rapport à la musique de Michel Cloup. Celle de Diabologum comme Bildungsroman, celle d’EXPerience (et dans une moindre mesure celle de Binary Audio Misfits et de Panti Will) pour se chercher, essayer différentes voix/voies et celle de Michel Cloup Duo aux heures des premiers bilans, aux âges auxquels on devient pères et auxquels les siens disparaissent, aux moments de doutes, d’interrogations et de certitudes sur le couple et l’amour. Notre Silence pour accompagner le deuil et l’absence, Minuit dans tes Bras pour illustrer d’autres moments, d’autres états (“Sortir Boire et Tomber”, comme on voudrait parfois pouvoir le faire, pouvoir lâcher prise sans se soucier des autres) et d’autres pincements au cœur.

“Minuit dans tes bras”

En morceau introductif martial ou en version #2 plus expansive (et avec la participation de Françoise Lebrun), les (di)visions du couple biographique (“J’ai peur de nous”) pour se prendre les siennes en pleine face. Comprendre par l’exemple que “vieillir n’est pas forcément synonyme de sagesse ou de maturité/ vieillir pousse dans des retranchements pouvant entraîner certains dysfonctionnements“, qu’il faut donc s’en accommoder, faire des conneries ou les fantasmer pour devenir plus adulte encore.

Peu de mots mais beaucoup de significations. Ainsi, peut-être, Michel Cloup écrirait des haïkus sociaux. Mis en musiques, à deux seulement (guitare, et la batterie de Patrice Cartier), ils donnent paradoxalement parfois l’impression d’immensité, de tensions, ferveurs, puissances, oppressions, intensités et fascinations que peu d’autres arrivent à retranscrire avec pourtant plus de moyens. J’ai beaucoup écouté Slint, il est au-delà désormais…

24 janvier 2014, dix-neuf ans après. Nous vieillirons ensemble, donc. C’est écrit, c’est ce qui compte et qui rassure…

 

Michel Cloup (Ici d’Ailleurs)

January 24, 2014

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