INTERVIEW : EMILY JANE WHITE

J’ai fait une sorte d’obsession des disques d’Emily Jane White en louant chacun d’eux avec passion et beaucoup d’admiration.

Pour Ode To Sentience, son troisième album, j’ai fait une exception en étant plus avare de mots flatteurs et en la laissant parler… Pour les compliments, j’ai publié, sur la Blogothèque, un article qui reprenait quelques éléments de l’interview ci-dessous.

 

Ode To Sentience a été enregistré très vite après la fin de ta dernière tournée européenne (début 2010) et quelques mois à peine après la sortie de Victorian America. Pourquoi être rentrée en studio aussi rapidement ?

Enregistrer cet album aussi rapidement était une nécessité. Mon groupe et moi avions travaillé si longtemps sur Victorian America que lorsqu’on l’a terminé, j’avais déjà en tête ce que je voulais faire différemment sur le suivant. Et j’avais déjà suffisamment de chansons pour faire un autre album. Je voulais aussi que les chansons de Ode To Sentience aient une certaine fraîcheur naturelle. Je craignais que si je devais attendre trop longtemps pour enregistrer ces nouvelles chansons, elles deviendraient un peu trop “vieilles” au moment de repartir en tournée. Comme je tourne beaucoup, c’est important pour moi d’avoir des chansons récentes dans mon répertoire.

Est-ce que le fait que Victorian America soit sorti aux Etats-Unis cette année a eu un impact sur l’enregistrement de Ode To Sentience ?

La sortie américaine de Victorian America a eu lieu après le début de l’enregistrement de Ode To Sentience. J’ai dû faire un break dans l’enregistrement pour pouvoir faire une petite tournée pour accompagner la sortie de Victorian America, mais ce n’était pas une très longue tournée. La seule manière dont ça a “impacté” l’enregistrement de Ode To Sentience, c’est que ça m’a beaucoup occupé en mai et juin cette année !

Quelques chansons de Ode To Sentience (“Black Silk”, “Requiem Waltz” notamment) avaient été jouées lors d’une Soirée de Poche de la Blogothèque en décembre 2009. Toutes les chansons de ce nouvel album datent-elles de cette époque aussi ou certaines sont-elles plus récentes ?

Sur mes trois albums, toutes les chansons ont été écrites dans une forme basique bien avant le processus d’enregistrement. Quelques-unes sur Ode To Sentience avaient déjà été pré-arrangées comme celles que nous avions jouées pour la soirée de poche bis (en trio : piano, violon, violoncelle), mais presque tous les arrangements finaux ont été faits en studio.

Ode To Sentience est un album à mi-chemin entre tes deux précédents : pas aussi orchestral que Victorian America mais aussi brut que Dark Undercoat. Il y a des chansons qui auraient pu se trouver sur le premier album et d’autres qui correspondent à l’esprit du second. Qu’en penses-tu ?

Je suis tout à fait d’accord avec cela.

La pochette de Ode To Sentience est très semblable à celle de Victorian America. J’imagine que c’est volontaire.

Ce n’était pas tout à fait une volonté précise, mais j’ai travaillé de nouveau avec mon ami Cam Archer qui avait déjà fait les photos de Dark Undercoat et de Victorian America. La photo de la pochette a été prise de nuit avec une longue exposition, ce qui donne le même effet sombre et mélancolique que sur la pochette de Victorian America. Le design du digipack a été fait de la même façon également. J’aime cette idée que les deux albums soient sortis rapidement l’un de l’autre et que Ode To Sentience puisse être considéré comme une suite de Victorian America.

As-tu déjà des chansons prêtes pour la suite de Ode To Sentience ? 

J’ai déjà quelques nouvelles chansons que je chante sur cette tournée, mais je n’ai pas encore préparé la suite à Ode To Sentience. J’ai envie de faire un album qui sonne complètement différemment des précédents.

Est-ce que tu te lasses rapidement de tes chansons ?

Je me suis parfois lassé d’anciennes chansons. Mais je joue avec beaucoup de musiciens différents, et ça me permet de transformer ces chansons en trouvant des nouveaux arrangements…

La plupart de tes chansons parlent d’histoires assez tristes…

Mon songwriting est triste. J’écris beaucoup sur l’amour et sur la perte. On ne peut pas aimer sans être exposé à la possibilité de la perte… Mais malgré tout, je crois que ma musique est porteuse d’espoir. Ma musique est un accompagnement pour  des expériences mélancoliques ou tristes, mais elle ne se limite pas à ça.

Ton univers est assez littéraire. As-tu déjà pensé à écrire des nouvelles ou un roman ?

Je me considère plus comme un poète que comme un écrivain de fiction. J’utilise effectivement une sorte de minimalisme littéraire et poétique dans mes chansons. Je serais assez partante pour écrire des nouvelles si j’avais le temps et l’opportunité de le faire.

Et écrire des chansons plus longues, de longs poèmes comme chez Joanna Newsom ou Nick Cave ?

J’apprécie beaucoup les longs morceaux de ces artistes. Mon premier et mon troisième album sont des recueils de chansons pop, courtes et accessibles. Les gens peuvent écouter une ou deux fois ces chansons et en retenir les mélodies et quelques paroles. J’ai été un peu déçue de la façon dont Victorian America a été enregistré. J’avais beaucoup d’espoirs pour que sa dynamique et les chansons plus longues ressortent de manière plus flagrante de l’enregistrement, mais malheureusement, il y a eu quelques complications pendant ce dernier. Pour faire des chansons longues, il est important de rester fidèle à son art, mais il faut aussi penser aux auditeurs. Si je veux des chansons longues, il faut qu’elles soient exceptionnellement dynamiques dans leurs compositions et que l’auditeur puisse également se les approprier dès la première ou la deuxième écoute. C’est difficile à faire, mais c’est un challenge intéressant pour un artiste.

 On a comparé les textes de tes chansons avec l’écriture du romancier Corman MacCarthy. Tu te sens proche de son univers ?

J’aime beaucoup Cormac McCarthy. Je suis aussi un grand fan d’Anne Rice et de Edna St.Vincent Millay.

 As-tu quelques suggestions de lectures ?

Je suis en train de lire Auprès de moi toujours de Kazuo Ishiguro et c’est passionnant. J’ai fini très récemment Le Gardien du Verger de Cormac McCarthy et je l’ai beaucoup apprécié aussi.

 Emily Jane White – Ode To Sentience (Talitres)

November 18, 2010

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