ELISE COSTA – Comment je n’ai pas rencontré Britney Spears

On m’en avait vanté le talent et les atouts. J’aurais aimé dire du bien de ce livre, écrire comme Etienne Greib qu’on tenait peut-être en Elise Costa une héritière locale de Chuck Klosterman, le charme féminin et la jeunesse en sus. J’aurais aimé m’enthousiasmer pour son style direct, percutant, intime, en considérations sur soi et sur le monde, sur ces successions d’aphorismes, discutables parfois mais réjouissants toujours, cette écriture très anglo-saxonne qui aurait dû me plaire. Mais je n’ai pas dépassé la soixantième page de Comment je n’ai pas rencontré Britney Spears.

Je n’aurais même pas ouvert ce livre s’il avait été une simple biographie de Britney Spears, un ouvrage de fan ou un brûlot à charge, une évocation sujet-verbe-complément et liste de dates. L’angle choisi ici par l’auteur m’intéressait : Britney Spears semble un prétexte presque à l’exposé d’une obsession (musicale). C’est, sur fond de pop de ces dix dernières années, l’histoire d’une quête qui s’achève (apparemment) sur un échec, une non-rencontre finale qui se dessine en récit de faits et d’états d’âmes mêlés. Une autobiographie et une biographie amalgamées. Romancées et un peu dévoyées… J’avais un excellent a priori sur le genre et l’envie d’enrichir mes connaissances sur le sujet.

Les biographies peuvent être passionnantes quand elles sont érudites (Presley par Guralnick) ou décalées (Radiohead par Fabrice Colin, dans son excellent “Big Fan“). Les autobiographies peuvent l’être également, avec les réserves adéquates, évoquée notamment dans l’éloquent “La Règle Du Je” de Chloé Delaume. Le mélange des genres est un fantasme, rarement réussi, il faut avoir l’élégance ou la vulgarité extrême, une certaine dose d’exhibitionnisme et d’absence de pudeur, du vécu à défaut de recul). Dans l’écriture sur soi et la musique, Chuck Klosterman est une référence, faussement déjantée sûrement, et Nick Kent en est une autre, plus conventionnelle s’il est possible d’utiliser cet adjectif à son propos. Et si j’ai lu leurs livres avec attention, je n’ai pas pu faire de même avec celui d’Elise Costa.  Non pas parce qu’il est mal écrit, au contraire, l’auteur impose une touche vive d’emblée : le style sera direct, sincère et humoristique, le propos recherché et argumenté. Le tout, plaisant… J’ai abandonné pour des raisons personnelles et éminemment contestables.

D’abord, la vie d’Elise Costa ne m’intéresse pas. C’est une affirmation brutale, mais incontestable. Et ça n’a rien à voir avec elle, que je ne connais pas. Nous ne sommes pas de la même génération, je dois avoir à peu de choses près, une dizaine d’années de plus qu’elle et ses préoccupations ne sont pas les miennes. Ma génération n’était plus adolescente quand elle a découvert internet, nos rapports aux autres, aux réseaux, à l’instantanéité, à la musique et à sa consommation sont différents. Pas meilleurs ou plus louables, juste différents. Un discours de vieux con peut-être, mais j’ai tendance à apprécier le recul que je peux avoir sur toute cette accélération des choses… La vie d’Elise Costa est un témoignage qui ne me touche pas vraiment, qui me semble trop proche, trop connu, vu, entendu, assimilé. A tort sûrement.

Et puis surtout, Britney Spears m’indiffère. Totalement. Non pas que je méconnaisse ou ne dénigre son statut d’idole, de figure marquante de l’histoire musicale américaine contemporaine, d’égérie aussi… C’est juste que Britney Spears ne signifie rien pour moi. Quelques chansons sympas, quelques bons morceaux et énormément de dispensable. Et rien d’autre. Je me fous complètement de sa vie sexuelle et de ses problèmes de pauvre petite fille du fin fond de je ne sais quel état. Je me tape de ses succès, échecs, comebacks, crises, rédemptions, renaissances, rechutes et autres règles douloureuses. Je me contrefous de son parcours de jeune fille modèle qui tourne plus ou moins mal selon les périodes et les stratégies marketing de sa mère ou de sa maison de disques. J’ai l’impression que tout en elle est faux, et que ce qui est vrai a tellement peu d’intérêt qu’il n’est pas besoin de s’y attarder. Du creux, de l’air, du Paris Hilton qu’on aurait rempli des fantasmes de l’Amérique…

Il y a évidemment de quoi fouiller, de quoi vouloir se confronter au mythe et chercher à le comprendre, de quoi faire des romans ou des thèses, mais rien qui ne m’incite à me plonger dans la lecture de ces exercices. J’ai essayé de m’intéresser, de passer outre mes réticences, considérer Britney Spears comme un prétexte et apprécier le livre pour ses qualités avérées, mais j’ai échoué, malgré tous les méritants efforts d’Elise Costa pour séduire son lecteur, son traitement frais et courageux, et son talent indéniable.

Je m’excuserais presque…

May 14, 2010

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