FABRICE COLIN – Big Fan

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... ou “Radiohead, la fin du monde et moi“. Le monde tel que nous le connaissons n’est plus, le Kid A a fait des petits et la Police du Karma veille à la bonne exécution du plan. Nous n’avons pas su décrypter les signes avant-coureurs et les manifestations évidentes de l’imminence du désastre. C’était pourtant à la disposition de tous, dénoncé dans tous les albums et inscrit en filigrane dans toutes les chansons, dans chaque manifestation et incarnation de la musique de Radiohead. Thom Yorke était un messager et son groupe un vecteur, son art un cri de résistance, un appel à la lutte. Nous avons ignoré les avertissements, pas William Madlock. Il est en prison et nos espoirs sont désormais anéantis.
La trame est fictionnelle mais elle est plausible et se décline en entremêlements de chapitres. Ce roman, c’est d’abord la biographie érudite et sérieuse du quintet d’Oxford, un récit clinique et presque sans âme, commenté sans complaisance et avec beaucoup d’ironie par le narrateur-auteur. C’est également l’histoire de William Madlock, ce gros fan solitaire et un peu pathétique, obsessionnel jusqu’à l’outrance. Ce sont aussi et finalement les lettres de prison de cet anti-héros, un regard sur son passé, son combat vain, son acte et notre incompréhension légitime face à celui-ci. C’est un mélange des formes et des genres, de l’auto-threadjacking et des digressions (onze pages essentielles pour répertorier les groupes de rock du début de la décennie), une façon de mener (gentiment) le lecteur en bateau, de le perdre dans les méandres d’un complot paranoïaque en interrogeant le statut de “fan”, compulsif monomaniaque haineux pathologique. C’est une part de l’adepte du “tu n’écoutes que de la merde si tu n’écoutes pas la même chose que moi“, refrain connu et forcément parlant à tous. Roman de fan, donc, de l’auteur, du groupe ou de la musique en général, ce qui fait de nombreux lecteurs potentiels, et mérités…

Editions Incultes

January 28, 2010

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