Posted by Julien on February 25, 2010

Après le post-rock du dix-neuvième siècle (l’album “All Is Wild, All Is Silent“), celui d’un autre monde, d’une autre dimension presque. Ni antithèse, ni revirement, une autre incarnation plutôt qu’une évolution, la musique de Balmorhea essaie désormais de tutoyer les cieux après avoir précédemment exploré l’âme des pionniers de l’ouest américain. Une façon pour ces Texans érudits de poser un canevas, de dresser une carte, d’explorer un territoire, d’en délimiter les frontières et de le représenter en sons précieux et textures musicales délicates et, ici, en économie de notes. Ni élan ni explosion, les morceaux paisibles et profonds de “Constellations” évoquent les Gymnopédies d’Erik Satie (le morceau éponyme), les œuvres pour piano de Rachel Grimes, quelques jazzmen un peu las ou sûrs de leurs jeux minimalistes et des post-rockeurs en état de lévitation (il y a du The For Carnation dans “On The Weight Of Night“). On retrouve les sonorités rassurantes et familières des disques précédents (le banjo, ce son de piano un peu étouffé, ces impressions de murmures du fond du studio, les grincements des chaises…), cette patte Balmorhea, entre négligence amateure et génie concentré sur sa partition (ou l’absence de celle-ci) et peu soucieux du détail de production. “Constellations” est un parti pris de sérénité, une forme d’épure, plus belle encore sûrement que les envolées passés et un chef d’œuvre assurément…
Western Vinyl
Erik Satie’s Gymnopédies, Rachel Grimes’ piano works, The For Carnation’s soft post-rock and slow jazz are amongst “Constellations” magnificient evocations… Banjo, murmurs, little noises from the background, all familiar Balmorhean sounds, depth and serenity, even more beautiful than past records and a masterpiece indeed.
Web : Balmorhea
Posted by Julien on February 21, 2010

RICHARD WALTERS et “The Animal” (Kartel/Naïve) : premier album d’un songwriter anglais doué, à la voix frêle et aux compositions fragiles, tendues et en équilibre sur des fils de notes de piano et d’arrangements savants. Une classe évidente, sens pop indéniable et des envies palpables de grandeur, les morceaux, même épurés, déjà calibrés pour être accompagnés ultérieurement d’orchestres et de chœurs (“We have Your Head” en illustration et coup de coeur).

RYUICHI SAKAMOTO et “Playing The Piano” (Decca/Universal) : des interprétations en dépouillement piano et feutre de ses propres thèmes méconnus ou unanimement reconnus, de ses bandes originales de film ou de ses pièces de jeunesse. Ouaté et presque convenu parfois, les adeptes des piano-bar jazzys apprécieront certains titres (“Bolerish“, “The Last Emperor“…), les autres préfèreront les morceaux plus rythmés (“Thousand Knives“, “Riot In Lagos“…).

FRYARS et “Dark Young Hearts” (Yarcorp/Naïve) : pop synthétique purement britannique (avec accent éloquent) qui revisite l’esprit Babybird ou Divine Comedy en des versions vitaminées et soignées à la Pet Shop Boys (“Lakehouse“, “Olive Eyes“), haut de gamme en production et en effets, avec goût mais parfois jusqu’à l’excès inhérent à ce genre, et l’overdose conséquente…

SETTING SUN et “Fantasurreal” (Young Love Records) : l’ambition electro-pop-folk orchestrale de Gary Levitt, ambitieuse mais raisonnable, en paysages souriants et intentions bonnes et louables. Enjoué et entraînant le plus souvent, le disque inspire sympathie et attachement et connaît quelques moments d’envergure remarquables (“Driving” ou l’instrumental “I Live Mellotrons“).
RICHARD WALTERS and “The Animal” (Kartel) : first and smart pop album from a gifted english songwriter /// RYUICHI SAKAMOTO and “Playing The Piano” (Decca) : simple, touching and often beautiful piano versions of his “famous” themes /// FRYARS and “Dark Young Hearts” (Yarcorp) : synthetic british pop like Divine Comedy played by the Pet Shop Boys /// SETTING SUN and “Fantasurreal” (Young Love Records) : ambitious electro-pop-folk orchestral music with good and successful intentions…
Posted by Julien on February 17, 2010

Mathieu Boogaerts ne sait pas, mais il sait bien l’expliquer… Avec méthode, ordre, précision et un peu de maniaquerie, il décrit son processus créatif et ce qui constitue le long cheminement entre un fredonnement au saut du lit et un morceau finalement gravé sur disque. Il ne sait pas pourquoi, mais il sait comment… Avec un style qui lui sied aussi bien à l’écrit qu’à l’oral (simplicité, vulgarisation, évidence), il raconte la genèse, la maturation, les phases successives de transformation, l’aboutissement et l’enregistrement des chansons et des albums. Il répond à la commande avec naturel et honnêteté, limpidité et un brin de naïveté. Il y a moins d’auto-psychanalyse et de questionnements “existentiels” (et donc de révélations) que dans les précédents essais de ses camarades Dominique A (“Un Bon Chanteur Mort“) ou Arman Méliès (“Un Beau Siècle de Légendes“) parus dans la même collection, mais Mathieu Boogaerts avait prévenu d’emblée qu’il ne savait pas. Et c’est quand on pense n’avoir rien à dire qu’on se dévoile parfois le plus…
La Machine à Cailloux
Posted by Julien on February 14, 2010

“Horchata“, en introduction judicieuse, donne le ton : les mêmes ficelles que sur le premier album éponyme, les influences caraïbéennes ou africaines dans leur pop sautillante, la logorrhée rapide et aiguë… mais une production de plus grande envergure et un fourmillement d’instruments et de sons variés. On pressent une plus grande conscience, des ambitions ”politiques” (allusions à Joe Strummer sur “Diplomat’s Son“, d’autres évocations dans les textes) sans qu’on puisse l’accréditer ou y croire totalement, le style desservant peut-être la cause… D’autres pistes bien creusées, plus posées (“Taxi Cab“, “I Think Ur A Contra“), un peu plus d’effets électroniques de bon tons et au final un enthousiasme modéré : “Contra“, s’il avait été précurseur, aurait largement séduit ; second, il plait simplement. Vampire Weekend avance, l’effet de surprise en moins, le professionnalisme en plus. Heureusement, pas pour le pire encore…
XL Recordings
More produced than the previous eponymous album, but same recipe : bouncy pop full of caribbean and african influences. More professionalism but less surprises…
Web : Vampire Weekend
Posted by Julien on February 10, 2010

Huit années d’écoutes régulières de “Comment Je Vis” n’auront pas épuisé les ressources et les motifs d’enthousiasme pour le verbe d’Erik Arnaud et sa mise en musique : cynisme, réalisme, pessimisme, sainte trinité de ses morceaux et mise au Panthéon personnel des artistes français loués encore et encore… Le nouvel album était attendu, des apparitions chez Florent Marchet rassuraient sur la capacité de l’homme à œuvrer de bon goût, mais l’impatience grandissait. L’époque est à toutes sortes de crises, le disque se devait de les “documenter”. Chose faite. Avec les qualités d’avant et de nouvelles perspectives : Erik Arnaud s’incarne tour à tour en radicalité habituelle (textes et musiques) ou tentatives plus “variétés”, académiques presque, orientées “grand public”. Il évoque l’intime et le général, la vie de couple décortiquée, le point de vue féminin mis en avant jusque dans l’expression (“Tu me prends pour une conne/Tu me fais chier, tu m’as brisée/Tu es l’homme qu’il me faut/Je suis normale, je suis une femme/Je suis bien dans ma peau” sur “Cheval“) avec les mots du quotidien et les trouvailles du parolier (“Rocco, c’est bizarre/Avait un don qui rendait les femmes bavardes/Les hommes, ces salauds/Faisaient comme s’ils connaissaient pas Rocco” sur “Rocco“). Un disque cinématographique (Abel Ferrara rode dans l’ombre et dans les textes), une chronique de vie en courts-métrages cohérents, liés malgré des envies plus variées qu’auparavant (la pseudo chanson/déclaration d’amour “Nous Vieillirons Ensemble“, la chanson manifeste éponyme, etc.). Une ode au dérisoire (“Fabriquons de nouveaux groupes/Refusons d’écouter les voix qui nous saoulent“) comme à l’essentiel (“Donnons-nous la force d’assumer la lutte/D’imprimer la marque et d’inventer un futur/Ecoutons-nous/Ayons l’envie de défendre une cause injuste/De suer à grosses gouttes/L’espoir comme armure“). Une chronique en règne des citations, Diabologum en figure tutélaire, un disque de la plus importante actualité. Et plus encore…
Monopsone/Differ-Ant
Erik Arnaud is one of the most gifted french songwriters. Cynicism and pessimism, like a movie about true life and false feelings, a great chronicle and much more…
Web : Erik Arnaud
Posted by Julien on February 3, 2010

Article publié également sur la Blogothèque
“Les livres absorbent les sons” a dit le libraire. C’était donc, finalement, une bonne idée de faire jouer Emily Jane White au milieu des livres. Il aurait peut-être été préférable de choisir le magasin sombre et confiné d’un bouquiniste et l’odeur caractéristique des vieux papiers, mais il fallait aussi que la voix d’Emily porte, que ce soit feutré sans être étouffant, lumineux sans être éblouissant, qu’on retrouve la modernité de sa musique dans une librairie flambant neuf.
Emily était entourée de recueils érotiques, d’écrits philosophiques, de récits historiques, d’une littérature plus grand public également. Cela lui seyait bien. Jen Grady (au violoncelle), Carey Lamprecht (au violon) et elle venaient d’achever une tournée européenne, elles allaient rentrer en Californie quelques jours plus tard, elles étaient détendues, relaxées, un peu fatiguées mais satisfaites. Elles ont joué des morceaux des deux albums Dark Undercoat et Victorian America et quelques inédits, vraiment inédits car pas enregistrés encore, des chansons pleines de promesses, déjà renversantes en trio.
Les gens avaient patienté longtemps à l’extérieur, dans le froid de décembre, ils avaient besoin d’un peu de chaleur, d’une sorte de réconfort. Ils ont été comblés je crois, les visages ne trompaient pas : de l’attention, de l’écoute et beaucoup d’émotion. Emily avait joué, sa voix avait charmé, c’était un moment presque léger, aérien. Nat a su en capturer l’essence…
Les images ici : Emily Jane White 12.12.09
Emily Jane White est actuellement en tournée française. Toutes les dates sont là.
Photo : Jérémy Lucas