TOUR D’HORIZONS # 24 – Keith Jarrett/Gary Peacock/Jack DeJohnette, Baptiste Trotignon, Cyminology, Vox Clamantis, Christine Ott
S’attaquer d’abord à l’inattaquable, critiquer l’incritiquable, contester l’incontestable : KEITH JARRETT au piano, en formation habituelle avec GARY PEACOCK (contrebasse) et JACK DEJOHNETTE (batterie) sur un “Yesterdays” (ECM/Universal), enregistré live à Tokyo en 2001. Si son “Köln Concert“ en solo est un monument de sobriété belle, un piano improvisant des notes subtiles et éparses, la performance en trio se révèle, en comparaison, lassante : des exceptionnelles qualités de solistes, sûrement éminemment appréciables aux fans, mais qui semblent ici de la démonstration, performance de piano-bar de luxe où chacun, à son tour ou conjointement, s’emploie à faire étalage de compétences de libre jazzman inspiré et doué, mais disque profondément ennuyeux sur la durée pour les auditeurs non maniaques.
BAPTISTE TROTIGNON, dans une configuration presque identique (son piano plus une basse et une batterie), fait une impression bien plus agréable : sur “Share” (Naïve), la fluidité semble moins forcée, les compositions plus solides (car moins improvisées) et moins austères, le jeu plus rock presque (imaginer quelques riffs et emballements sur “First Song“) et plus plaisant quand il est vif. L’enthousiasme est moindre sur les morceaux plus lents mais l’envie de découverte est intacte : disque de choix…
On préférera pourtant nettement CYMINOLOGY, quatuor allemand oeuvrant dans le métissage de jazz contemporain et de traditions persanes millénaires (la chanteuse, Cymin Samawatie est d’origine iranienne). Sur “As Ney” (ECM/Universal), leur premier enregistrement, les vocalises d’Orient rivalisent avec les sirènes d’ailleurs, les instrumentations épurées, indépendantes mais au service d’un chant magnifique, et les éthérés flottements de bien-être auditif. Les morceaux les plus déviants, les plus “expérimentaux”, comme l’exceptionnel et introductif titre éponyme ou le final “Ashkhã“, auront ici l’avantage sur les compositions plus académiques, l’envie de dépaysement superbe étant ainsi plus que comblée sur un disque parfois bouleversant.
VOX CLAMANTIS est une incongruité, exercice inédit et déconcertant : sur “Stella Matutina” (Mirare), on tente d’accoupler un chœur estonien de musiques grégoriennes avec des guitares électriques plus ou moins noisy. Juxtapositions, prises de positions avancées tour à tour, superpositions étudiées, mais des mélanges pas toujours heureux entre les stridences électriques et les prières chorales déclamées en latin. On s’avouera ici, une fois n’est pas coutume, plus tenté par les voix anciennes que par les bruits modernes et l’on préférera se pencher sur des versions plus authentiques de ces chants d’époques lointaines.
CHRISTINE OTT avec “Solitude Nomade” (Mon Slip/Warner) fait l’apologie des Ondes Martenot, instrument singulier considéré comme l’ancêtre du synthétiseur et utilisé quelquefois par Radiohead ou Yann Tiersen (en guest star au violon sur un titre ici), entre autres. Dix pièces et autant de configurations instrumentales, dix morceaux sans voix plus ou moins accessibles où l’on s’essaie aux expérimentations difficiles comme aux registres mélodiques plus courants, dix titres plaisants par bribes, enthousiasmants par endroits (“Tropismes“), déconcertants à d’autres. Un univers singulier, mais pas si éloigné, au final, de ceux d’expérimentateurs post-rock vénérés ailleurs…
Criticizing what should not be criticized, challenging what could not be questionnable : KEITH JARRETT/GARY PEACOCK/JACK DEJOHNETTE trio is a rather annoying performance, a luxury piano-bar and hugely gifted improvisation skills that make “Yesterdays” (ECM) seems just like a great performance rather than a real record full of high spirits… /// BAPTISTE TROTIGNON in a nearly identical configuration (piano, bass, drums) makes a far more pleasant impression on “Share” (Naïve) : his flow seems more fluid, his compositions more solid (for less improvised) and quite “rock” sometimes /// One will prefer CYMINOLOGY, a german quartet working on the fusion of contemporary jazz with traditional Persian music. On “As Ney” (ECM), their first recording : sirens addiction, more than beautiful songs, ethereal atmospheres…/// VOX CLAMANTIS is an incongruity, a strange exercise : on “Stella Matutina” (Mirare), one tries to melt an Estonian choir of gregorian music to more or less noisy and experimental electric guitars… with no luck, according to me ! /// CHRISTINE OTT on “Solitude Nomade” (Warner) is promoting the Ondes Martenot, a singular instrument considered to be the ancestor of the synthesizer and sometimes used by Radiohead or Yann Tiersen among others. Ten tracks and as many instrumental configurations, ten instrumental songs, more or less accessible, pleasant or really disconcerting. A singular universe, but not so far away from those developed by post-rock experimentalists…









