Posted by Julien on March 28, 2009

TOUR D’HORIZONS # 24 – Keith Jarrett/Gary Peacock/Jack DeJohnette, Baptiste Trotignon, Cyminology, Vox Clamantis, Christine Ott

S’attaquer d’abord à l’inattaquable, critiquer l’incritiquable, contester l’incontestable : KEITH JARRETT au piano, en formation habituelle avec GARY PEACOCK (contrebasse) et JACK DEJOHNETTE (batterie) sur un Yesterdays(ECM/Universal), enregistré live à Tokyo en 2001. Si son Köln Concert en solo est un monument de sobriété belle, un piano improvisant des notes subtiles et éparses, la performance en trio se révèle, en comparaison, lassante : des exceptionnelles qualités de solistes, sûrement éminemment appréciables aux fans, mais qui semblent ici de la démonstration, performance de piano-bar de luxe où chacun, à son tour ou conjointement, s’emploie à faire étalage de compétences de libre jazzman inspiré et doué, mais disque profondément ennuyeux sur la durée pour les auditeurs non maniaques.

BAPTISTE TROTIGNON, dans une configuration presque identique (son piano plus une basse et une batterie), fait une impression bien plus agréable : sur “Share” (Naïve), la fluidité semble moins forcée, les compositions plus solides (car moins improvisées) et moins austères, le jeu plus rock presque (imaginer quelques riffs et emballements sur “First Song“) et plus plaisant quand il est vif. L’enthousiasme est moindre sur les morceaux plus lents mais l’envie de découverte est intacte : disque de choix…

On préférera pourtant nettement CYMINOLOGY, quatuor allemand oeuvrant dans le métissage de jazz contemporain et de traditions persanes millénaires (la chanteuse, Cymin Samawatie est d’origine iranienne). Sur “As Ney” (ECM/Universal), leur premier enregistrement, les vocalises d’Orient rivalisent avec les sirènes d’ailleurs, les instrumentations épurées, indépendantes mais au service d’un chant magnifique, et les éthérés flottements de bien-être auditif. Les morceaux les plus déviants, les plus “expérimentaux”, comme l’exceptionnel et introductif titre éponyme ou le final “Ashkhã“, auront ici l’avantage sur les compositions plus académiques, l’envie de dépaysement superbe étant ainsi plus que comblée sur un disque parfois bouleversant.

VOX CLAMANTIS est une incongruité, exercice inédit et déconcertant : sur “Stella Matutina” (Mirare), on tente d’accoupler un chœur estonien de musiques grégoriennes avec des guitares électriques plus ou moins noisy. Juxtapositions, prises de positions avancées tour à tour, superpositions étudiées, mais des mélanges pas toujours heureux entre les stridences électriques et les prières chorales déclamées en latin. On s’avouera ici, une fois n’est pas coutume, plus tenté par les voix anciennes que par les bruits modernes et l’on préférera se pencher sur des versions plus authentiques de ces chants d’époques lointaines.

CHRISTINE OTT avec “Solitude Nomade” (Mon Slip/Warner) fait l’apologie des Ondes Martenot, instrument singulier considéré comme l’ancêtre du synthétiseur et utilisé quelquefois par Radiohead ou Yann Tiersen (en guest star au violon sur un titre ici), entre autres. Dix pièces et autant de configurations instrumentales, dix morceaux sans voix plus ou moins accessibles où l’on s’essaie aux expérimentations difficiles comme aux registres mélodiques plus courants, dix titres plaisants par bribes, enthousiasmants par endroits (“Tropismes“), déconcertants à d’autres. Un univers singulier, mais pas si éloigné, au final, de ceux d’expérimentateurs post-rock vénérés ailleurs…

Criticizing what should not be criticized, challenging what could not be questionnable : KEITH JARRETT/GARY PEACOCK/JACK DEJOHNETTE trio is a rather annoying performance, a luxury piano-bar and hugely gifted improvisation skills that make “Yesterdays” (ECM) seems just like a great performance rather than a real record full of high spirits… /// BAPTISTE TROTIGNON in a nearly identical configuration (piano, bass, drums) makes a far more pleasant impression on “Share” (Naïve) : his flow seems more fluid, his compositions more solid (for less improvised) and quite “rock” sometimes /// One will prefer CYMINOLOGY, a german quartet working on the fusion of contemporary jazz with traditional Persian music. On “As Ney” (ECM), their first recording : sirens addiction, more than beautiful songs, ethereal atmospheres…/// VOX CLAMANTIS is an incongruity, a strange exercise : on “Stella Matutina” (Mirare), one tries to melt an Estonian choir of gregorian music to more or less noisy and experimental electric guitars… with no luck, according to me ! /// CHRISTINE OTT on “Solitude Nomade” (Warner) is promoting the Ondes Martenot, a singular instrument considered to be the ancestor of the synthesizer and sometimes used by Radiohead or Yann Tiersen among others. Ten tracks and as many instrumental configurations, ten instrumental songs, more or less accessible, pleasant or really disconcerting. A singular universe, but not so far away from those developed by post-rock experimentalists…

Categories: DISQUES, TOURS D'HORIZONS
Posted by Julien on March 22, 2009

JULIE DOIRON – I Can Wonder What You Did With Your Day

Après un disque empli de spleen et de berceuses sentimentales (“Désormais“) puis une escapade amicale avec les Herman Düne (“Goodnight Nobody“), Julie Doiron a remis un peu d’électricité dans ses chansons (contrairement à ce que le premier morceau voudrait nous faire croire). De la nostalgie également, celle d’Eric’s Trip, son premier groupe, référence de l’underground canadien des années quatre-vingt-dix, ici presque ressuscité : quelques guitares électriques sales, un peu de langueur et de pesanteur des années post-grunge (“Spill Yer Lungs“), l’utilisation de l’anglais sur tous les morceaux (sauf sur un “Je Le Savais“ assez nébuleux)… Julie Doiron élargit sa gamme d’émotions, trouble davantage quand elle semble se métamorphoser en la Chan Marshall d’antan (“Heavy Snow“), mais reste l’impeccable songwriter de ballades folk envoûtantes (“Tailor“, “Blue“) et autres comptines rock. Variant nos plaisirs comme les siens, en toute liberté de composition, elle (s’)offre son meilleur album, discret d’abord premier mais aux effets assurément durables…

Jagjaguwar/Differ-Ant

After a disc full of melancholy (“Désormais“) and another one ful of friendship (“Goodnight Nobody” recorded with Herman Düne), Julie Doiron comes back with more electricity in her guitars and some nostalgia for her Eric’s Trip youth : languid and post-grunge gravity (“Spill Yer Lungs“) but still great folk ballads (“Tailor“, “Blue“) as always… Her best solo album, maybe.

Web : Julie Doiron

Categories: DISQUES
Posted by Julien on March 22, 2009

JENIFEREVER – Spring Tides

Des signes d’irritation qui trompent rarement : une pochette noire aux références d’étoiles et de constellations complexes, des morceaux longs, aux appesantissements atmosphériques faits pour des solos agaçants, une emphase dans le chant volontiers new wave, des constructions alambiquées et aux inutiles circonvolutions, des effets électroniques et instruments ici de pacotille (piano ou cuivres totalement dispensables), une origine suédoise qui fait redouter des chevelus barbus revenus d’un hard-rock mélodique pour faire enfin contrition et s’aventurer en terres plus pardonnables (même si gorgées d’un folklore scandinave caricatural)… mais des élans vocaux à la Robert Smith (jusqu’au mimétisme parfois), une retenue salutaire dans l’énervement et une cohérence dans la démarche, qui font un peu pardonner les excès et tempérer quelque peu les reproches. Jeniferever a un nom un peu idiot, le potentiel d’un groupe incompris, mais du savoir-faire dans sa détermination. Et les atouts pour devenir culte pour d’autres…

Monotreme Records

Many reasons to dislike this music : long and annoying solos, too complex structures, cheap effects (useless piano, trumpets, electro…) but a consistency in efforts that needs to be forgiven. Jeniferever has a stupid name, a huge potential for being a misunderstood and cult band (for other audiences)...

Web : Jeniferever

Categories: DISQUES
Posted by Julien on March 18, 2009

UN HOMME ET UNE FEMME – Opium

Depuis un “Alamera” loué en 2006, Un Homme Et Une Femme a perdu son suffixe, Project, façon d’affirmer la pérennité du dessein en éliminant les doutes du disque initial : l’improbable rencontre de la poésie brute de Dominique A et des rythmiques sèches de Blonde Redhead avait-elle un avenir au-delà d’une dizaine de titres, une recette à ce point périlleuse était-elle duplicable, n’y avait-il pas risque de l’épuisement (des auteurs comme des adeptes) ? D’emblée, du premier riff, des premières rimes, un verdict heureux : le filon est encore exploitable, davantage radicalisable s’il est nécessaire, ou plus docile aussi, les paradoxes n’étant ici qu’une forme alternative de questionnement et de motivation… “Opium” comme une drogue et son folklore de significations, une brutalité des sentiments déclamés, l’amour mais douloureusement, l’obstination et la lutte vaine peut-être. Un Homme Et Une Femme ne fait pas semblant, de l’insoumission, du fantasme, du désespoir, on y voit ce qu’on désire, le plus beau rock français ou l’expression d’un mur artistique : hors ces soupirs avant chaque phrase chantée, pas de salut. Un album ou quinze dans cette même veine, on aura toujours l’impression de l’inédit et de la (re)découverte enthousiaste. Une grande œuvre en construction…

Kitchen/Pias

The improbable mix of Dominique A’s raw poetry with Blonde Redhead dry rythms, a paradox as an alternative form of questioning and motivation. “Opium” : a drug and a folklore of brutality, spoken-words, painful love, futility and essential sounds. Great album, really…

Web : Un Homme Et Une Femme

Categories: DISQUES
Posted by Julien on March 13, 2009

THE AUDIENCE – Dancers And Architects

D’une prolétaire banlieue britannique, du fin fonds de la campagne allemande (comme c’est ici le cas) ou d’un no man’s land culturel quelconque, on fourbit les armes électriques, en guitare et guitare basse, batterie, clavier et chant plein d’entrain, d’envies de grandeur et de rêves de gloire. Alors, The Audience ou un autre nom en The, du moment qu’on a le punch, du doigté, de la hargne et du talent suffisant pour trousser quelques hymnes pop rock énergiques et énergisants… Anecdotique à la première écoute, le disque prend de l’ampleur à la longue et du consistant à mi-parcours (“Ice Cubes” et “Paperboy’s Soul“), défendant le style honnêtement, avec application et volonté, et petits suppléments d’âme. En découdre avec d’innombrables prétendants et mettre dans ses morceaux vigueur et quelques notes de fantaisie, garder la tension omniprésente et susciter l’intérêt en boucle : The Audience ne révolutionnera rien pour le moment, mais tend la jambe quand trop d’autres marchent d’un pas tristement cadencé. Une attitude condamnable ou plaisante, on préférera la deuxième interprétation sans pour autant s’enthousiasmer plus que de raison : un disque frais et consommable à foison sur le moment (mais avec vraisemblablement une date de péremption pas trop éloignée…)

Hazlewood/Anticraft

Electric guitar, bass, drums, keyboard and vocals as weapons. Pop rock anthems, energy and tension, The Audience is no revelation but a pleasant and honest satisfaction…

Web : The Audience

Categories: DISQUES
Posted by Julien on March 5, 2009

ORKA – Livandi Oyða

Les éléments biographiques, si souvent dispensables en chronique, sont ici essentiels en mise en garde préliminaire : Orka est un groupe des Iles Féroé et les instruments utilisés sur ce disque sont construits à partir de matériaux de récupération. Rugosité de la langue (le féringien, proche de l’islandais et tout aussi “exotique” aux auditeurs francophones et même anglophones), brutalité des rythmes, rudesse des sonorités et âpreté des mélodies, toutes choses aisément pressenties… mais chant fervent, “élasticité” et rebonds des cordes (quelles qu’elles soient), hypnotisme volontiers accepté et un groove immense, inédit, frais et qui prend grandement au dépourvu. La musique sale d’Orka swingue, fait ondoiements avec de l’industriel, et s’acoquine avec The Third Eye Foundation et autres remixeurs pour des versions aux surcroîts d’étonnements, électroniques et organiques, stupéfiantes de fantaisie. Un des disques les plus singuliers de l’année, des précédentes et des suivantes…

Tutl/Ici d’Ailleurs/Differ-Ant

Biographical elements so often dispensable are here almost essential : Orka is a band from Faroe Islands and the instruments used on this records are self-made. “Livandi oyða” is rough, brutal, harsh and fierce… but also fervent, hypnotic, swinging and groovy ! One of the most unusual disc of this year, of the previous and next ones too…

Web : Orka

Categories: DISQUES