Posted by Julien on May 14, 2010

ELISE COSTA – Comment je n’ai pas rencontré Britney Spears

On m’en avait vanté le talent et les atouts. J’aurais aimé dire du bien de ce livre, écrire comme Etienne Greib qu’on tenait peut-être en Elise Costa une héritière locale de Chuck Klosterman, le charme féminin et la jeunesse en sus. J’aurais aimé m’enthousiasmer pour son style direct, percutant, intime, en considérations sur soi et sur le monde, sur ces successions d’aphorismes, discutables parfois mais réjouissants toujours, cette écriture très anglo-saxonne qui aurait dû me plaire. Mais je n’ai pas dépassé la soixantième page de Comment je n’ai pas rencontré Britney Spears.

Je n’aurais même pas ouvert ce livre s’il avait été une simple biographie de Britney Spears, un ouvrage de fan ou un brûlot à charge, une évocation sujet-verbe-complément et liste de dates. L’angle choisi ici par l’auteur m’intéressait : Britney Spears semble un prétexte presque à l’exposé d’une obsession (musicale). C’est, sur fond de pop de ces dix dernières années, l’histoire d’une quête qui s’achève (apparemment) sur un échec, une non-rencontre finale qui se dessine en récit de faits et d’états d’âmes mêlés. Une autobiographie et une biographie amalgamées. Romancées et un peu dévoyées… J’avais un excellent a priori sur le genre et l’envie d’enrichir mes connaissances sur le sujet.

Les biographies peuvent être passionnantes quand elles sont érudites (Presley par Guralnick) ou décalées (Radiohead par Fabrice Colin, dans son excellent “Big Fan“). Les autobiographies peuvent l’être également, avec les réserves adéquates, évoquée notamment dans l’éloquent “La Règle Du Je” de Chloé Delaume. Le mélange des genres est un fantasme, rarement réussi, il faut avoir l’élégance ou la vulgarité extrême, une certaine dose d’exhibitionnisme et d’absence de pudeur, du vécu à défaut de recul). Dans l’écriture sur soi et la musique, Chuck Klosterman est une référence, faussement déjantée sûrement, et Nick Kent en est une autre, plus conventionnelle s’il est possible d’utiliser cet adjectif à son propos. Et si j’ai lu leurs livres avec attention, je n’ai pas pu faire de même avec celui d’Elise Costa.  Non pas parce qu’il est mal écrit, au contraire, l’auteur impose une touche vive d’emblée : le style sera direct, sincère et humoristique, le propos recherché et argumenté. Le tout, plaisant… J’ai abandonné pour des raisons personnelles et éminemment contestables.

D’abord, la vie d’Elise Costa ne m’intéresse pas. C’est une affirmation brutale, mais incontestable. Et ça n’a rien à voir avec elle, que je ne connais pas. Nous ne sommes pas de la même génération, je dois avoir à peu de choses près, une dizaine d’années de plus qu’elle et ses préoccupations ne sont pas les miennes. Ma génération n’était plus adolescente quand elle a découvert internet, nos rapports aux autres, aux réseaux, à l’instantanéité, à la musique et à sa consommation sont différents. Pas meilleurs ou plus louables, juste différents. Un discours de vieux con peut-être, mais j’ai tendance à apprécier le recul que je peux avoir sur toute cette accélération des choses… La vie d’Elise Costa est un témoignage qui ne me touche pas vraiment, qui me semble trop proche, trop connu, vu, entendu, assimilé. A tort sûrement.

Et puis surtout, Britney Spears m’indiffère. Totalement. Non pas que je méconnaisse ou ne dénigre son statut d’idole, de figure marquante de l’histoire musicale américaine contemporaine, d’égérie aussi… C’est juste que Britney Spears ne signifie rien pour moi. Quelques chansons sympas, quelques bons morceaux et énormément de dispensable. Et rien d’autre. Je me fous complètement de sa vie sexuelle et de ses problèmes de pauvre petite fille du fin fond de je ne sais quel état. Je me tape de ses succès, échecs, comebacks, crises, rédemptions, renaissances, rechutes et autres règles douloureuses. Je me contrefous de son parcours de jeune fille modèle qui tourne plus ou moins mal selon les périodes et les stratégies marketing de sa mère ou de sa maison de disques. J’ai l’impression que tout en elle est faux, et que ce qui est vrai a tellement peu d’intérêt qu’il n’est pas besoin de s’y attarder. Du creux, de l’air, du Paris Hilton qu’on aurait rempli des fantasmes de l’Amérique…

Il y a évidemment de quoi fouiller, de quoi vouloir se confronter au mythe et chercher à le comprendre, de quoi faire des romans ou des thèses, mais rien qui ne m’incite à me plonger dans la lecture de ces exercices. J’ai essayé de m’intéresser, de passer outre mes réticences, considérer Britney Spears comme un prétexte et apprécier le livre pour ses qualités avérées, mais j’ai échoué, malgré tous les méritants efforts d’Elise Costa pour séduire son lecteur, son traitement frais et courageux, et son talent indéniable.

Je m’excuserais presque…

Categories: LIVRES
Posted by Julien on February 17, 2010

MATHIEU BOOGAERTS – Je Ne Sais Pas

Mathieu Boogaerts ne sait pas, mais il sait bien l’expliquer… Avec méthode, ordre, précision et un peu de maniaquerie, il décrit son processus créatif et ce qui constitue le long cheminement entre un fredonnement au saut du lit et un morceau finalement gravé sur disque. Il ne sait pas pourquoi, mais il sait comment… Avec un style qui lui sied aussi bien à l’écrit qu’à l’oral (simplicité, vulgarisation, évidence), il raconte la genèse, la maturation, les phases successives de transformation, l’aboutissement et l’enregistrement des chansons et des albums. Il répond à la commande avec naturel et honnêteté, limpidité et un brin de naïveté. Il y a moins d’auto-psychanalyse et de questionnements “existentiels” (et donc de révélations) que dans les précédents essais de ses camarades Dominique A (“Un Bon Chanteur Mort“) ou Arman Méliès (“Un Beau Siècle de Légendes“) parus dans la même collection, mais Mathieu Boogaerts avait prévenu d’emblée qu’il ne savait pas. Et c’est quand on pense n’avoir rien à dire qu’on se dévoile parfois le plus…

La Machine à Cailloux

Categories: LIVRES
Posted by Julien on January 28, 2010

FABRICE COLIN – Big Fan

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... ou “Radiohead, la fin du monde et moi“. Le monde tel que nous le connaissons n’est plus, le Kid A a fait des petits et la Police du Karma veille à la bonne exécution du plan. Nous n’avons pas su décrypter les signes avant-coureurs et les manifestations évidentes de l’imminence du désastre. C’était pourtant à la disposition de tous, dénoncé dans tous les albums et inscrit en filigrane dans toutes les chansons, dans chaque manifestation et incarnation de la musique de Radiohead. Thom Yorke était un messager et son groupe un vecteur, son art un cri de résistance, un appel à la lutte. Nous avons ignoré les avertissements, pas William Madlock. Il est en prison et nos espoirs sont désormais anéantis.
La trame est fictionnelle mais elle est plausible et se décline en entremêlements de chapitres. Ce roman, c’est d’abord la biographie érudite et sérieuse du quintet d’Oxford, un récit clinique et presque sans âme, commenté sans complaisance et avec beaucoup d’ironie par le narrateur-auteur. C’est également l’histoire de William Madlock, ce gros fan solitaire et un peu pathétique, obsessionnel jusqu’à l’outrance. Ce sont aussi et finalement les lettres de prison de cet anti-héros, un regard sur son passé, son combat vain, son acte et notre incompréhension légitime face à celui-ci. C’est un mélange des formes et des genres, de l’auto-threadjacking et des digressions (onze pages essentielles pour répertorier les groupes de rock du début de la décennie), une façon de mener (gentiment) le lecteur en bateau, de le perdre dans les méandres d’un complot paranoïaque en interrogeant le statut de “fan”, compulsif monomaniaque haineux pathologique. C’est une part de l’adepte du “tu n’écoutes que de la merde si tu n’écoutes pas la même chose que moi“, refrain connu et forcément parlant à tous. Roman de fan, donc, de l’auteur, du groupe ou de la musique en général, ce qui fait de nombreux lecteurs potentiels, et mérités…

Editions Incultes

Categories: LIVRES
Posted by Julien on May 9, 2009

JEAN-MARIE POTTIER – Brit Pulp, la Britpop selon Pulp de Thatcher à Blair

Vingt-cinq années de carrière (même si le grand public ne connaît généralement que les années de gloire du milieu des années quatre-vingt-dix), cela méritait un ouvrage plein de détails et de louanges, d’anecdotes et d’explications de texte. Successivement “[…] post-punk, puis acoustique, puis acid-house, puis britpop, puis “adulte”, marginal avant d’être central, commercial et intransigeant.”, le groupe de Jarvis Cocker, entre ses débuts laborieux, son apogée magnifique et sa fin de carrière désabusée, a marqué l’histoire du rock britannique, autant qu’il s’en est inspiré. La musique de Pulp, son rapport à la société et ses convictions politiques sont intimement liés et Jean-Marie Pottier, en fan évidemment (d’où le ton un peu péremptoire parfois et les avis tranchés, quelquefois discutables), en fait un livre précis et fort bien documenté, qui mêle récit, chronique et analyse. Des tentatives de récupération politique des années Blair au succès immense de “Common People“, en passant par les débuts confidentiels, le parcours du groupe et de son leader attachant est décrypté et remis en contexte, sans tomber dans le voyeurisme ni le dithyrambique. Instructif et souvent passionnant, pour aborder, par l’exemple, un genre d’apparence frivole et superficiel mais aux racines complexes et réfléchies.

Editions Autour du Livre/Collection Les Cahiers du Rock

Categories: LIVRES
Posted by Julien on February 25, 2009

CLAIRE FERCAK – The Smashing Pumpkins/Tarantula Box Set

Il y avait un espace à prendre, attractif mais hostile, entre les œuvres de Lewis Caroll et celles de romanciers contemporains, écrivains rock aux textes saccadés : séduction des lieux et du verbe, mais rudesse des circonstances et de la logorrhée. Un espace ou plutôt une brèche où s’engouffrer, des disques où se perdre, un coffret pour se protéger. Les Smashing Pumpkins, haïssables et méprisables parce que trop puis plus assez doués, sont terrain de jeu (et de passion) parfait pour une héroïne coincée (sens propre et figuré) dans leur univers oppressant : elle peut, narratrice, faire sa fan (hystérique mais raisonnée), livrer quelques éléments biographiques et dérouler son conte, ses métaphores et son aventure inter-sillons. Billy Corgan y est messie et l’impact de sa musique, sur une adolescente aspirants à des sensations exacerbées, y est immense ; elle en fera de la poésie, de la recherche de vocabulaire rare, de l’écriture soutenue, de l’humour et un roman court et singulier hautement appréciable. Claire Fercak, une petite sœur de Chloé Delaume peut-être, sans le drame ? Cette dernière préfère Indochine ; si une autre sœur imaginaire se destine au roman imagé sur Mogwai, je suis déjà lecteur convaincu, admirateur avéré (et amoureux potentiel)…

Editions Le Mot Et Le Reste

Categories: LIVRES
Posted by Julien on December 16, 2008

ARMAN MELIES – Un Beau Siècle De Légendes

Interroger des musiciens sur leurs processus créatifs, leur demander leurs secrets de fabrication, leur faire avouer la méthode par des moyens légaux mais contraignants (écrire sur soi), leur faire “cracher le morceau” en somme… Biographie incomplète et biaisée et/ou thérapie partagée, l’exercice est ardu et réservé aux plus prolixes, à ceux qui ont le verbe réfléchi au-delà du format court et de l’inévitable poésie inhérente à la chanson. Après Bertrand Betsch, Albin de la Simone et Xavier Plumas, c’est Arman Méliès qui prend la plume et se fait écrivain de passage et autocritique passionnant. L’artiste aime la citation, il en abuse mais elles sont éclairantes : Dylan, Delacroix, Wilde ou Schopenhauer sont convoqués pour l’explication et la démonstration : racines et origines des passions, interrogations et doutes, rares certitudes d’un artiste-artisan, inspiration des aînés et emprunts aux autres disciplines. “Il faut s’efforcer d’accepter l’échec comme la réussite inattendue” écrit-il, humble. Il faut être respectueux de surcroît, et oser aussi se trouver doué. Une lecture fine et très appréciable…

A suivre dans cette collection (et sur RockMyDays): Dominique A – Un Bon Chanteur Mort

Editions La Machine A Cailloux

Categories: LIVRES
Posted by Julien on November 6, 2008

MINIMUM ROCK’N’ROLL – Binocles, Œil De Biche Et Verres Fumés

Je m’étais pourtant promis, cette fois, de soumettre ma prose au jury rock, espérant ainsi entrer par une noble porte dans le monde impitoyable de la revue littéraire tendance rock. J’avais hésité sur la forme, documentaire ou fictionnelle, témoignage ou fantasme, opinion ou pur divertissement ? Le thème “Rock Et Lunettes” était inspirant, passé la première réticence (ne fallait-il pas écrire plutôt “Rock Ou Lunettes” ?). J’avais rédigé, d’un seul jet, un après-midi de congés, un texte improbable mettant en scène un Pascal Obispo d’opérette, gourou d’une secte dévouée aux lunettes de Michel Polnareff et tombant dans une folie meurtrière incontrôlable. Mais je n’avais jamais trouvé le temps de reprendre ce texte, le corriger, le rendre plus présentable. A tort peut-être, d’autres ici publiés me font regretter cette paresse, leurs proses suffisantes, imbues et vaines, et souvent hors-sujets. D’autres au contraire, font impressions marquantes, incitent à reconsidérer les écrits habituels et à redoubler d’efforts pour avoir l’heur, un jour, de plaire. On citera Cyrille Martinez, Philippe Dumez, Pascal Bouaziz ou Anna Rozen, forts de textes humbles et doués, où les lunettes sont à la fois accessoires et essentielles. Un jour peut-être aussi je me lancerais dans l’illustration (David Scrima, précis et éclairant) ou dans la photographie (Renaud Monfourny attendu, mais toujours impeccable). L’année prochaine aussi je terminerais en écrivant que cette fois-ci je m’y mets, et que j’aurais mon nom dans le prochain volume. Ou le suivant… Ou pas…

Disco-Babel/Le Castor Astral

Categories: LIVRES
Posted by Julien on January 3, 2008

BRUNO BLUM – De l’Art de Savoir Chanter, Danser Et Jouer La Bamboula Comme Un Eminent Musicien Africain

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…ou “L’Histoire De Toutes Les Musiques Africaines“. L’ouvrage d’un spécialiste, entre coups de gueule et digressions politiques du passionné frustré du peu d’attention médiatique qu’on porte à ces musiques et journaliste consciencieux presque encyclopédiste pour un panorama détaillé, quoique un peu abrupt, de centaines de styles d’un bien vaste continent. Classification des genres, imbrications des influences, origines et développements, succès internationaux et confinements locaux, on y aborde cinquante-six pays et multitudes d’aventures collectives ou individuelles, entre grands noms de la postérité (Oum Kalsoum, Fela Kuti…) et gloires émergentes. Référence désormais et consultation agréable d’une écriture concise et franche, une précieuse façon de dictionnaire renouvelé et vivant.

Web : Editions Scali

Categories: DISQUES, LIVRES
Posted by Julien on October 26, 2007

BERTRAND RICHARD – Dominique A, Les Points Cardinaux

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De l’homme on saura tout ou presque… de ce qu’il aura bien voulu livrer, Dominique A n’étalant pas son monde et ses états d’âmes comme on racole sur les boulevards, à quérir du chaland et de l’attention. La grandeur de l’artiste et de ses compositions, il faudra les chercher dans la persévérance et l’application d’écoutes répétées, voguer au gré d’albums souvent encensés, du minimalisme et du dépouillé (“La Fossette“) jusqu’au panoramique et au luxuriant (“L’Horizon“), entendre les textes et leur poésie savante et accessible et se faire ainsi plaisir d’une chanson rock française qui donne fierté à la langue. L’anthologie sonore viendra, une indispensable révérence future. Alors, en cours de carrière, en point d’étape ou sémaphore, le livre. Un voyage biographique, les points cardinaux pour symboles de petits périples autant intérieurs que géographiques, une dissection fine et précise (ses carnets, ses notes, ses illustrations, ses manuscrits… et de magnifiques photos), presque une thèse richement étayée pour laquelle l’auteur devient double de son modèle : style travaillé avec soin, littéraire plus que documentaire, qui ose parfois se prendre pour son propre sujet d’études (mais le blâmerait-on pour si peu ?) et digresse dans de beaux effets. C’est plus qu’agréable à lire, charme un peu forcé parfois peut-être, mais c’est devoir de s’être élevé au niveau de l’artiste, Dominique A ne pouvant mériter hommage et louanges bâclés. Un bien bel ouvrage en l’occurrence, en célébration et découvertes…

Web : Editions Textuel

Categories: DISQUES, LIVRES
Posted by Julien on September 17, 2007

VINCENT BRUNNER / CHRISTOPHE MIOSSEC – En Quarantaine
MIOSSEC – Brest Of (Tout Ca Pour Ca)

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Deux œuvres-témoignages, brutes et parfois sans concession, bilan d’étape, qu’il soit narré ou chanté, fidèle ou réinventé : une biographie faite d’entretiens avec le chanteur, ses proches, ses collaborateurs, admirateurs et quelquefois détracteurs, et un best-of dévoyé présentant essentiel et d’une manière, historique. C’est paraphrase de l’artiste et réflexion amusante, le livre pourrait être réécrit tous les trimestres : les points de vue changent, les impressions divergent et Christophe Miossec livre souvenirs, pillages et faits de gloire comme regrets et anecdotes éclairantes, en variations d’humeurs et d’envies, sans fausse modestie et avec la pudeur réglementaire qu’on croit lui connaître. Un état d’esprit similaire pour le disque compilation, en ordonnancement sans logique apparente et en quelques nouvelles interprétations de titres anciens (“La Fidélité” magnifique ainsi, “Que Devient Ton Poing Quand Tu Tends Les Doigts“,…), révisions nécessaires visiblement, comme si le jugement original avait perdu de son acuité et qu’il fallait revoir l’orchestration pour ressusciter l’attrait, la flamme… Regard sincère, gêné parfois sur un parcours autant chaotique que ses concerts, confessions et belles mises en perspectives, comme celle, en début et fin de disque, de deux versions de “Non, Non, Non, Non (Je Ne Suis Plus Saoûl”), la mythique première rencontre avec le Brestois et une réinterprétation contemporaine, apaisée et lucide. Miossec, c’est au final un homme avec ses doutes et ses joies, ses chansons ratées et ses joyaux (“Madame“, “Recouvrance“, “La Mélancolie“, chacun ses personnelles émotions…) la banalité d’une déjà belle vie, à partager ici…

If you’ve discovered Jacques Brel or Serge Gainsbourg (through David Bowie, Scott Walker or someone else…), you may know there are some other great french songwriters still to be discovered. Christophe Miossec is one of them…

VINCENT BRUNNER/CHRISTOPHE MIOSSEC En Quarantaine Flammarion

MIOSSEC Brest Of (Tout Ca Pour Ca) Pias

Categories: DISQUES, LIVRES
Posted by Julien on September 12, 2007

PIERRE MIKAILOFF – Dictionnaire Raisonné Du Punk

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“Dictionnaire” parce que “Histoire” ou “Théorie Générale” auraient été missions impossibles, sujets à controverse et bastons à coups de Doc Martens et de chaînes de vélos entre les tenants d’une vision puritaine établie une fois pour toutes (“No Future” et basta, encore qu’on puisse se tromper sur l’origine véritable du slogan), ceux adeptes d’un punk évolutif (garage, punk puis varations électro…) et d’autres, indécis ou provocateurs… “Raisonné” parce que l’ordre alphabétique est la seule alternative possible au bordel et à l’anarchie, pourtant intrinsèquement induits par le sujet d’étude, et qu’il fallait bien mettre un semblant de cohérence dans ce fatras stylistique qui ferait passer tout et n’importe quoi pour du punk, sous prétexte de ne pas savoir jouer d’un instrument et de s’en foutre… Les groupes connus (Sex Pistols, Clash,…) et méconnus (Hollywood Brats, Sonic’s Rendezvous Band,…), les personnages de l’ombre (Marc Zermanti) ou de la lumière (Malcolm McLaren), les albums disques d’or et les flops monumentaux, les chansons cultes et les singles foireux, les Anglais, les Français et les Américains, mais aussi les drogues, les vêtements, les lieux et les bêtes noires (U2, Billy Idol, The Police)… pour un panorama savoureux en faits et anecdotes d’un mouvement fugace presque fugitif, en apogée il y a trente ans déjà et qui n’en finit pas de s’éteindre. L’auteur, contemporain de la plupart des faits évoqués (et de connivence avec la scène parisienne), s’applique en pertinent passeur d’ambiance, avec un regard souvent tendre même si pas toujours bienveillant, avec humour et dérision et une écriture délectable. On lui fera aveuglément confiance et nevermind les autres critiques…

Editions Scali

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Categories: LIVRES
Posted by Julien on August 23, 2007

NOEL MATTEI – Plus Bisensuel Que Sexuel

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Un titre singulier pour un roman à la prononciation du titre délicate, presque ardue à la répétition, en écho à la difficulté du narrateur d’avouer sa bisexualité/bisensualité. Pas de culpabilité, mais le poids d’un secret gardé, car, même si pas incompréhensible, juste pas “entendable“, les préjugés tenaces demeurant… Alors, du non-dit, du for intérieur, entre Nima et Esther, deux êtres et deux sexes aimés différemment et essentiels à leurs façons, aucun choix si ce n’est celui de se taire et de s’auto convaincre que le bien-être est à ce prix. Intérioriser les tentations de révélation, justifier le silence, les absences et part intime. En style direct, court, vif et en brièveté un peu frustrante aussi… Noël Mattéï étant par ailleurs leader du groupe rock érudit Madinka, on ne peut que conseiller la persévérance dans ces voies et l’allongement des effets…

Editions Les Bords de l’Eau

Categories: LIVRES
Posted by Julien on August 16, 2007

OLIVIER CACHIN – Le Dictionnaire Du Rap

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C’est affirmation péremptoire mais incontestable, Olivier Cachin est le spécialiste du rap en France, un journaliste passionné qui défend depuis plus de vingt ans ces musiques urbaines, souvent radicales, d’abord marginales, plagiées sur les pionniers d’outre-atlantique, et qui se sont peu à peu émancipées jusqu’à parfois faire plus que se distinguer et truster les charts à l’occasion (Diam’s, plus grande vendeuse de disques chez nous en 2006). Un auteur incollable, qui connaît dates, lieux, noms et samples sur le bout des doigts, qui maîtrise l’historique, qui pratique la mise en perspective et qui sait prendre le recul nécessaire pour fournir vision d’ensemble et sorte de bilan. Un connaisseur impliqué, jusqu’à en devenir agaçant d’encyclopédisme s’il n’y avait regard ludique, vulgarisation aisée et humour un peu attendri. Des Etats-Unis précurseurs aux derniers courants d’ici, des grands disparus aux émergences nouvelles, des adulés aux honnis, des albums multi-platinés aux disques essentiels méconnus, le panorama est large, alphabétique pour varier les rythmes et séquencé comme un bon rap… Sans être particulièrement enclin à l’écoute du style (ou des styles, prenons garde à ne pas fâcher), la lecture complète est instructive, le feuilletage soutenu divertissant mais le survol déconseillé, on raterait quelques perles d’anecdotes et des éclairages fort utiles.

Editions Scali

Categories: LIVRES
Posted by Julien on May 9, 2007

MINIMUM ROCK’N’ROLL – Lipstick, Patins Mouillés Et Gorges Profondes

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Revue collective, textes, photographies et illustrations avec thématique annuelle et ton décalé de rigueur pour s’adonner à l’exercice de style. Pour la quatrième livraison, c’est “Rock Et Lèvres” et ce sont journalistes, écrivains, blogueurs et anonymes qui contribuent. J’avais pensé m’atteler à la tâche également, soumettre un écrit, anecdotique ou inventé, réflexions personnelles sur les labiaux avantages ou courtes nouvelles à base de baisers volés ou de sauvages mélanges de langues… mais l’inspiration n’est pas venue, blancheur provocatrice de la feuille à l’heure d’y poser l’encre. Rock et lèvres, lèvres et rock, qu’importe l’ordonnancement, l’association n’éveillait guère, ces parties charnues n’étant pas franchement l’attribut rock par excellence selon mon expérience. Les seules collusions envisagées se résumaient en quelques lignes : une paire de bises claquées à Chan Marshall, quelques pelles échangées au Marquee à Londres sur fond de britpop assourdissante ou l’hallucinante vision des lèvres distendues, écartelées, explosées, d’Eric Vermillion quand il hurlait avec Gumball au CBGB à l’été 1994…

Des souvenirs et quelques trames, terreau fertile pour les contributeurs qui ont narré mésaventures, fantasmes, inventions ou réalités parfois sexuelles, toujours brutes, autour du terme. Beaucoup ont éludé le sujet principal, écrivant cul plutôt que lèvres, même si les intitulés sont tendancieux. Ambiances anglo-saxonnes, petites gloires ou grandes humiliations, trop d’années soixante-dix, trop de Bowie aussi, à croire que les lèvres camées de Pete Doherty n’incitent guère à l’écriture et que les rockeurs d’aujourd’hui placent leurs sensualités en d’autres organes. Des lectures avenantes surtout, le plaisir de parcourir (parmi les préférés) les mots d’Isabelle Chelley, d’Anna Czapski, de Milan Dargent, de Luc Lemaire ou de Red (à l’aise en description du quotidien comme en perversion des notes). Initiative remarquable et ego titillé du chroniqueur, le volume 5 sera consacré au “Rock Et Lunettes“, ma myopie devrait aider à la rédaction…

Et, nota bene tout perso, les lèvres les plus remarquables de l’histoire du rock sont celles de la groupie d’Elvis Presley, photographiée en quatrième de couverture du “Dead Elvis” de Greil Marcus (Editions Allia)

Discobabel/Le Castor Astral

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Posted by Julien on April 25, 2007

CHLOE DELAUME – La Dernière Fille Avant La Guerre

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L’objectivité est hors de question, balayée immédiatement et sans état d’âme toute tentation du moindre reproche ou d’un soupçon de doute. A ce stade ce n’est plus amateurisme de chronique mais fan-atisme. Chloé Delaume était fan d’Indochine (cela arrive même aux meilleures, il leur faut un côté sombre, on pardonne volontiers) et je suis fan de Chloé Delaume (artistiquement, mais pas seulement). Charmé depuis une brève conversation (mais il n’y a qu’elle qui parlait, on dit “monologue” Julien !) au Salon du Livre il y a quelques années (mes “Mouflettes” en furent toutes dédicacées…). Depuis j’ai cru la croiser à deux reprises, dans l’anonymat gris d’un couloir de métro et dans l’entrée de Ste Anne (cette dernière localisation s’expliquant bien plus aisément). Une dernière parenthèse mystérieuse aux néophytes, qui ne s’éclaircira qu’à la lecture conseillée de l’intégrale de la dame… ou alors, de quelques éléments biographiques facilement accessibles qui ne seront pas dévoilés ici, car quand même, un peu de pudeur… et des personnes sensibles peuvent lire. On dira simplement que Chloé Delaume est son propre personnage de fiction. Euh… Il m’est arrivé également de ne pas le comprendre, mais si vous avez lu “Lunar Park” de Bret Easton Ellis, vous savez qu’on peut avoir comme sujet de roman un autre soi, qui vous ressemble, mais n’est pas vous, ou alors pas vous tel que vous vous voyez ou voulez vous voir… Julien, tu embrouilles, oui, mais Bret c’est gnognote comparé à Chloé, niveau complexité du personnage, romanesque et/ou réel… peut-être pas en fait, mais bon… Il faudrait ajouter que son œuvre a ceci de remarquable qu’elle est intrinsèquement liée à sa construction personnelle et que sa fiction s’ancre dans sa réalité, mais ça sera phrase trop académique, et invérifiable au demeurant.

Indochine, allons-y, le fan-atisme égarant le rédacteur. Chloé Delaume en ex- extrémiste Indochinoise, sûrement pas repentie, qui orchestre une joute verbale entre elle et Anne, sa version adolescente, volontiers autiste (mais circonstances atténuantes ou aggravantes, selon point de vue, cf. biographie). Combat d’ego, réminiscences des temps passés en une poésie de l’écriture moins ardue que précédemment, une brève psychanalyse partagée autour de la figure idéalisée de Nicola Sirkis. Et le fait déclencheur, véridique, la commande inattendue d’un texte pour un album d’Indochine. Se souvenir, ne pas mouiller sa culotte, retenir le petit cri quasi orgasmique, rester sobre et concentrée mais ne pas se compromettre, ne pas se fourvoyer, être cohérent avec soi-même… tâche impossible quand on a lu ce qui précédait. Alors elle tente les rimes, de quoi remplir plusieurs albums de Dominique A s’il était sous acide, de quoi troubler Murat, de quoi perturber tout parolier de Star Ac… et de quoi décontenancer Nicola Sirkis, qui dit “Non, Chloé, tu n’es pas retenue, le casting a été impitoyable, tu ne rentreras pas au château, on ne jugera pas tes compétences littéraires au regard de ta capacité à faire ton lit au carré et de danser la lambada pendue à un trapèze sous l’œil de cinquante caméras et celui pervers de Nikos… et tu ne seras jamais parolière d’Indochine“. Pour certains, une vie est réussie quand on a fait un enfant, écrit un livre et planté un arbre ; pour Chloé c’était quand on devient parolière d’Indochine. Forcément, l’effet claque dans la gueule est redoutable en retour, on voit sa vie défiler, un long tunnel noir avec la lumière au bout… et Anne qui se fout de notre gueule quand on en sort. Qu’importe, faire face, en rassemblant ce qui reste d’amour-propre piétiné : “Je constate l’effet diurétique du protocole, et je lance le Birthday Album. Tout de suite ça va mieux, la preuve je danse en discutant avec l’armoire et le tabouret“. Non Chloé, ça n’a pas l’air d’aller mieux (mais l’extrait précédent est hors-contexte, ruse) et il faudra vraisemblablement d’autres livres-épanchements de soi (et ravissements de nous) pour remettre de l’ordre. En pur égoïsme de lecteur voyeur, on ne souhaitera pas la guérison totale…

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Posted by Julien on January 27, 2007

MOGWAI – “Zidane A 21st Century Portrait” Original Soundtrack
FRANCISCO ABATE – Dernière Journée De Championnat

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Une question de point de vue, idolâtrie ou détachement, passion dévorante ou abandon progressif du fanatisme, Mogwai ou Francesco Abate, illustres post-rockeurs écossais ou journaliste-écrivain italien ?

Les premiers illustrent, en enveloppement de sons d’électriques guitares, le film de Douglas Gordon et Philippe Parreno consacré à Zidane et s’y font humbles, en version calme et spectatrice, presque anesthésiés, conséquences d’un respect sincère (le Mogwaitype porte maillot de footballeur et fait enregistrer les matchs qui se jouent pendant ses concerts). Allégeance ainsi presque et retour à des structures plus simples, évidentes, dignes d’un ancien “Come On Die Young” aux vénéneuses lancinances (ici “Terrific Speech” ou “7:25“). Contemplation devant l’action (et demiheure apocalyptique finale, on ne se refait pas), inclination.

Le second décrit l’hypocrisie d’un sport à la mégalomanie immense, l’opposition devenant incompatibilité entre prétentions intellectuelles d’un footballeur star malgré lui et son environnement. Cracher dans la soupe, certes, mais la soupe est déjà froide, anticipation des déboires du sport transalpin. Tout est foot dans l’ouvrage, des raisons de le pratiquer au dégoût d’en devenir otage. Le jeu s’y décrit de l’intérieur mais avec distance, les mots sont images au ralenti, abrutissement individuel et collectif, on ne saura ni où ni qui, mais le rejet est universel et l’écriture concise pour des sentiments plus qu’ambigus.

Au final, qu’importe le jugement, dévot ou sévère : le football en société du spectacle, devenu sujet d’artistes et objet d’art en somme. No goal…

Rock Action/Pias

La Fosse Aux Ours/Harmonia Mundi Diffusion

A question of point of view, devout passion or progressive detachment from fanaticism, Mogwai or Francesco Abate, famous Scottish post-rockers or Italian journalist-writer? The first ones illustrate, with envelopment of sounds of electric guitars, the documentary made by Douglas Gordon and Philippe Parreno about Zidane. Humbles, spectators, almost anaesthetized, consequences of a sincere respect (the average Mogwai wears footballs shirts and records the games which are played during his concerts). Allegiance almost and return to simpler, obvious structures, worthy of a former “Come One Die Young” with poisonous lancinances (here : “Terrific Speech” or “7:25“). Contemplation in front of the action (and apocalyptic final of half an hour), inclination. The second describes the hypocrisy of a sport with huge megalomania, the opposition becoming incompatibility between intellectual claims of a football star and his environment. All is football, from the reasons to play to the dislike of becoming an hostage of it. The games are described here from the interior but with distance, individual and collective rejection. To conclude, whatever the judgement, excessively pious or severe: football is now show-business…

Categories: DISQUES, LIVRES
Posted by Julien on August 30, 2006

ARNO BERTINA – J’ai appris à ne pas rire du démon

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Biographie de Johnny Cash est gageure, alors autant biaiser, faire de l’homme une figure imaginée plus qu’authentique, tant la légende est source d’interprétations, inversions et fausses vérités, inventées à dessein ou innocemment déclamées… Il faut en faire une figure imaginée centrale, non pas d’un roman, que le héros aurait risqué de phagocyter mais d’un trio de nouvelles, récits de rencontres aux styles variants, comme imbibés des doutes et hésitations des faux narrateurs, aux prises avec l’homme en noir, à diverses époques de son épique vie.

Le premier récit est flou, Cash en VRP pour subsister, aux prémices seulement d’une carrière houleuse. On s’y perd en considérations hors champs comme pour brouiller davantage l’image de l’icône. Deuxième récit et Cash déjà légende, qui s’achève dans les drogues et les prisons, un narrateur flic entre admiration et pitié, et le lecteur aussi qui idéalise le fonctionnaire d’état méritant malgré ses défauts, et plaint un héros blessé, perdu et presque pathétique.

Il faudra un dernier récit, au narrateur incarné en Rick Rubin, pour reconnaître le Johnny Cash le plus proche d’une génération qui l’a connu avec ses “American Recordings” successifs, où la country et le folk s’effaçaient en un rock sombre, tendu et beau à faire trembler. Cash y est loué comme un revenant, Rubin y voit l’incarnation de la culture américaine et tous y voient un homme moins usé qu’il n’en a l’air, avec l’objectif splendide et courageux de faire que ses meilleurs albums soient encore à venir (ce qui avec le recul, est désormais une évidence).

C’est avec cette étape de vie, la dernière hélas, qu’Arno Bertina rend compte le mieux de la noirceur du personnage, au plus près de nos perceptions. D’un style, adapté, moderne et brut, qui rend hommage autant qu’il romance. Ce qui est un fait et un privilège d’écrivain sincère et louable.

Naïve Sessions/Naïve

Categories: LIVRES
Posted by Julien on March 6, 2006

SYLVIE ROBIC – Les Doigts Ecorchés

On a très peu d’infos sur nos disques préférés, ça nous laisse toute latitude“, alors, adolescent, on s’invente son rock et la mythologie qui l’accompagne. On troque les vêtements choisis par maman pour un look rare et sophistiqué autant qu’il pouvait l’être en cette province pas forcément branchée…”Le rock a été inventé pour sortir les petits garçons des prisons des caresses maternelles” et pour faire espérer aux grands recevoir celles des admiratrices… en doux fantasmes de rockstar ! On cherche à s’émanciper, on monte un groupe et puis le drame, central au roman et qu’on ne déflorera pas en ces lignes… Suivent vingt années d’abstinence, sans rock ni concert, jusqu’à une occasion, fortuite, où tout revient, réminiscences heureuses et
mue tardive en fan néophyte, à l’âge où on devrait être “rangé des guitares”. Ce seront les Hoggboy, sensation éphémère de Sheffield, décrits avec humanité, comme révélateur et prétexte à l’histoire et à la confidence du secret… Le roman de Sylvie Robic, court, précis, direct et plutôt captivant, alterne entre ces deux époques : flash-back au lycée pour la naissance du mythe, et actualité de la rechute, quand le rock fascine à nouveau le narrateur et que sa vie s’en voit encore troublée. C’est de feu intérieur dont il s’agit, d’un art majeur pour ceux, nombreux, qui pourraient s’y reconnaître et qu’on incite à découvrir ces tranches de vies émouvantes, et, finalement, un peu rock’n’roll…

Naïve Sessions/Naïve Livres
2006

Categories: LIVRES
Posted by Julien on February 5, 2006

CHUCK KLOSTERMAN – Je, La Mort Et Le Rock’n'roll

Chuck Klosterman est journaliste au magazine américain Spin. “Je, La Mort Et Le Rock’n’roll” est une autofiction sur un long reportage qu’il a fait à travers les Etats-Unis des lieux où le rock et la mort se sont confondus. Chuck Klosterman ne se contente pas du factuel concerné, il dérive à longueur de pages, décrivant ses sentiments à mesure qu’il les vit. Mais comme il s’adonne à la réécriture, il annonce, sans gêne, que 85% de ce qu’il écrit est vrai… et que donc 15% relève du mensonge involontaire, de l’approximation ou de la dissimulation. Ethique de journaliste douteuse, mais Chuck Klosterman ne s’embarrasse pas de cette question, il s’embarrasse d’une multitude de questions autrement plus essentielles : pourquoi a-t-il accepté ce job ? Qu’est-ce qui a foiré dans sa vie amoureuse ? Devrait-il mourir ce soir ? Qui le regretterait ? Angoisses récurrentes un peu agaçantes à la longue, qui alternent avec d’autres considérations et évocations plus proches de la commande initiale. L’occasion de s’instruire, d’aller notamment à West Warwick où une centaine de spectateurs périrent dans l’incendie d’une salle de concert, de se perdre à Clear Lake où s’écrasa un avion transportant Richie Valens et Buddy Holly, de découvrir d’autres lieux où le rock fut sulfureux et la mort délivrance ou tragédie, et finir par la côte ouest et, presque obligatoirement, avec Kurt Cobain… L’occasion aussi de goûter à des aphorismes faciles et sentences péremptoires mais justes (« Parfois les rock stars ne se mettent à vivre qu’après leur mort » ; « Les artistes qui croient avoir quelque contrôle que ce soit sur l’interprétation de leurs œuvres se font de belles illusions ») et des moments où les 15% de non-vérité se transforment en autant de délire (notamment sur cette théorie très personnelle qui voudrait que “Kid A” de Radiohead soit un album annonciateur malgré-lui des attentats du 11 septembre 2001 !). Il y a évidemment sujets à se quereller dans ce livre, les certitudes musicales de l’auteur heurtant parfois les nôtres, mais les justifications apportées, la sincérité probable et le ton dépressif relativisent toutefois nos envies critiques, pourtant bien mises à l’épreuve tout au long de ce drôle et peu habituel ouvrage rock…

Naïve Fiction Etranger/Naïve Livres
2005

Categories: LIVRES
Posted by Julien on November 29, 2005

OLIVER ROHE – Nous Autres

Sur fond de quelques hallucinations, Oliver Rohe, auteur du remarquable “Défaut d’Origine” (chez Allia) fait du David Bowie des années soixante-dix, le héros d’un court récit mi-romanesque mi-épistolaire. Dédoublement (triplement, quadruplement,… ?) de personnalités, prise de possession de l’autre, des autres, le narrateur devient alias multiples : Bowie himself, Alladin Sane, Ziggy Stardust, ou l’original David Jones. Il convoque Iggy Pop ou Mick Jagger pour des demandes d’explications. Qui se prend pour qui ? Tempête d’esprit… L’écriture de Rohe, directe, en phrases courtes, qui se répètent parfois, frôle l’humour plutôt noir et les doutes existentiels. En orchestrant cette sorte de schizophrénie, il évoque les tourments de la rockstar prise (au piège ?) avec son art et ses excès : caprices, situations de manques, jalousies maladives, égos surdimensionnés, doutes artistiques et commerciaux, le registre des stress est plutôt large… ce qui contribue à multiplier les plaisirs qu’on prend à lire ce livre en forme d’exercice de style.

Naïve Sessions/Naïve Livres
2005

Categories: LIVRES