Posted by Julien on February 3, 2010

EMILY JANE WHITE – Soirée de Poche 14 bis

Article publié également sur la Blogothèque

Les livres absorbent les sons” a dit le libraire. C’était donc, finalement, une bonne idée de faire jouer Emily Jane White au milieu des livres. Il aurait peut-être été préférable de choisir le magasin sombre et confiné d’un bouquiniste et l’odeur caractéristique des vieux papiers, mais il fallait aussi que la voix d’Emily porte, que ce soit feutré sans être étouffant, lumineux sans être éblouissant, qu’on retrouve la modernité de sa musique dans une librairie flambant neuf.

Emily était entourée de recueils érotiques, d’écrits philosophiques, de récits historiques, d’une littérature plus grand public également. Cela lui seyait bien. Jen Grady (au violoncelle), Carey Lamprecht (au violon) et elle venaient d’achever une tournée européenne, elles allaient rentrer en Californie quelques jours plus tard, elles étaient détendues, relaxées, un peu fatiguées mais satisfaites. Elles ont joué des morceaux des deux albums Dark Undercoat et Victorian America et quelques inédits, vraiment inédits car pas enregistrés encore, des chansons pleines de promesses, déjà renversantes en trio.

Les gens avaient patienté longtemps à l’extérieur, dans le froid de décembre, ils avaient besoin d’un peu de chaleur, d’une sorte de réconfort. Ils ont été comblés je crois, les visages ne trompaient pas : de l’attention, de l’écoute et beaucoup d’émotion. Emily avait joué, sa voix avait charmé, c’était un moment presque léger, aérien. Nat a su en capturer l’essence…

Les images ici : Emily Jane White 12.12.09

Emily Jane White est actuellement en tournée française. Toutes les dates sont là.

Photo : Jérémy Lucas

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Posted by Julien on June 16, 2007

FRANK BLACK

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Photo : Joëlle Rasoarivelo (http://rasoarivelo.photoblog.com), merci à elle et à David…

Le Paris Paris, mercredi 13 juin 2007

On pardonne facilement aux icônes (Charles Michael Kittridge Thompson IV alias Black Francis alias Frank Black, crâne rasé et yeux cernés de khôl pour un regard de serial rocker), même si elles semblent lasses ou juste provisoirement pas concernées. On pardonne moins les accueils indignes (un Mickey phallique à l’entrée, un décor de sous-boîte vaguement ringarde et la Heineken à huit Euro), d’autant moins que réputation usurpée ne devrait faire loi. Mais qu’importe l’écrin, Frank Black joue pareillement, bar miteux comme luxueuse scène, faisant fi des conditions (éclairage dans la gueule et brouhaha impoli), en stakhanoviste porteur d’une mission d’évangélisation rock… Guitare au vestiaire, c’est en simple (sic) chanteur chef d’un orchestre punk (on admirera la crête soignée de S. “Ding” Archer, les cheveux rouges de Charles Normal et les lunettes batraciennes de Jason Carter) qu’il œuvre désormais, se focalisant sur hurlements, grognements et rauques vocalises. C’est back to the bon temps “Los Angeles“, “Freedom Rock” et autres échos de ces premiers albums post-Pixies, brûlants titres de son prochain album (“Bluefinger“, prometteur, en septembre), un punk-rock déjà éprouvé, à la Ramones, mais avec plus de temps pris entre les morceaux, pour s’hydrater, pour reprendre souffle et éponger la sueur. Le pur rock en sacerdoce, mais, ne déconnons pas, avec l’agenda d’un ministre et les égards dus à son rang. Préoccupé peut-être à l’entame, s’il n’était pas aussi convaincant que dans les souvenirs déjà décennaux, faire fine bouche serait de mauvais goût, un concert de Frank Black faisant transpirer public autant qu’artiste, jouissifs moments de défoulements régressifs, et montée en puissance et en aise progressives jusqu’à un surprenant “Rockafeller Skank” de Fatboy Slim en livraison finale, pour clore un moment de proximité et d’exception, rare et ô combien appréciable occasion d’approcher une des légendes qu’on se forge…


An icon : Charles Michael Kittridge Thompson IV alias Black Francis alias Frank Black, shaved head and khol on his eyes, looking like a serial rocker. Nevermind the place, Frank Black plays alike, in dirty bars or on luxurious stages, like a stakhanovist on a mission of rock evangelization. No guitar theses days, leader of a little punk orchestra (great haircut for S. “Ding” Archer, red hair for Charles Normal and batracian glasses for Jason Carter), focusing on howls, growls and raucous singing exercices. “Los Angeles” or “Freedom Rock“, of good old times, echoes form his first post-Pixies albums, and some songs from the next one (“Bluefinger“, promising, due in September), pure rock… Progressive tension and increasing pleasure of the concert, until a final and surprising cover, “Rockafeller Skank” (FatBoy Slim). Rare and enjoyable proximity with own-forged legend…< —c33e9e3c35126fecb3c84934ab0f2d8f—>

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Posted by Julien on June 10, 2007

BLONDE REDHEAD

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Elysée-Montmartre, 6 juin 2007

Le goût rare de la profonde déception. Pressentiments pourtant, sur ses deux derniers albums, le trio admiré avait mis trop de machines par-dessus ses guitares, son baroque était flamboyant certes, appréciable assurément, l’esthétique 4AD en parure inattendue et finalement seyante, mais étiolement dommageable de la tension, en conséquences. D’omniprésente, elle se faisait sous-jacente, tapie, tue, comme si volonté de l’annihiler motivait ses protagonistes. A l’heure de la scène, “Dr. Strangelove” en initiale et suffisante démonstration, ce sont les samples qui dictent leurs lois désormais, rigides : formater les morceaux, on ne s’éloignera pas de leurs longueurs originales, on s’interdira les excursions libres, on bannira les tentatives de pur défoulement. Concert frustrant alors, où tout est réglé d’avance sauf les défaillances, où la technique supplée et recouvre l’humain, où Blonde Redhead se fait juste intermédiaire de ses chansons, interprètes un peu vains, quand ils excellaient dans la possession et l’appropriation de leurs morceaux grands d’envergures. En rappel, une unique réminiscence de l’époque des dialogues tendus des guitares, pour regretter le temps où Kazu hurlait, électricité et martiales rythmiques pour Amedeo et Simone, fébrilité et explosions de sons, de sens, d’une brutalité intelligente et intelligible. Recouvrir cela, reléguer leur “vie violente” au rang de souvenirs poussiéreux et c’est nous qu’ils affadissent. De la tristesse évidemment…


The rare taste of a deep disappointment. On its last two albums, the trio had put too many machines over its guitars, its baroque atmosphere and 4AD aesthetics were undoubtly appreciable but lacked of tension. On stage, “Dr. Strangelove“, initial and sufficient demonstration : samples now dictate their laws, too rigid ones. Therefore, a frustrating concert, where all is planned in advance, except the failures… Regrets of a time when guitars had tensed dialogs, when Kazu, Amedeo and Simone were full of febrility and peaceful explosions, time of their violent life. Dusty memories and a bit of sadness, obviously…

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Posted by Julien on March 27, 2007

MIOSSEC

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Olympia, 26 mars 2007

Christophe Miossec, c’est Iggy Pop en son incarnation bretonne, moins de drogue mais éthylisme sans concurrence. Un punk timide qui s’excuserait presque de remercier (main gauche derrière le crâne et diction gênée), qui use de son torse comme instrument de percussion pour un micro violenté pendant tout le concert, qui pratique le lancer de tambourin à tout va, et qui massacre sans scrupule les plus belles de ses compositions (“Le Cul Par Terre“, particulièrement salopée, mais de bon gré). Héroïque chanson (“Brest“) introduite par un amusé “une chanson raciste“, “Les Bières Aujourd’hui S’ouvrent Manuellement” en joyeux bordel, summum noisy jubilatoire, et quelques hurlements à l’assemblée… Le respect pour un grand Gérard Jouannest (“qui n’a pas joué qu’avec des nabots“) convoqué sur “30 Ans“, rappel difficile où il faut caler un chant chaos sur la fluidité d’envolées de piano. Un temps, Miossec, jeu de scène grabataire (courbé, penché, presque arthrosé) parait plus vieux que le pianiste aux gris cheveux lumineux. Mais quand la sauvagerie reprend, quand la chanson français noble qu’il distille en ces derniers albums se fait pute et débraillée live, fidèle à des souvenirs de concerts d’il y a dix ans déjà, c’est la sincérité d’un artiste fragile, mise à nu, et c’est admirable…

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Posted by Julien on December 3, 2006

PHOENIX

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Paris, L’Olympia, jeudi 30 novembre 2006

Il aura fallu que cessent les poses, que le trop-plein de formatage s’efface (on passera vite les titres du dernier album, joués d’entrée, rapidement expédiés comme s’il fallait s’en débarrasser, promo oblige mais fans comblés) et que les envies se délient enfin, que se lâchent musiciens et quasi-larsens, chant faux mais sincère, jeu de scène minimal mais enjoué, jusqu’à un “Everything Is Everything” de belles choses annonciateur. Alors, l’espace d’un moment (l’instrumental auréolé de rouge, enchaîné avec l’incontournable – à juste titre – “If I Ever Feel Better” et un “Funky Square Dance” joliment trafiqué) Phoenix est un des meilleurs groupes au monde, sûr de ses réussites et de son talent, raisonnablement audacieux, efficace en séduction des réticences a priori… “Playground Love” clin d’œil, acoustique soft, sans génie mais génialement envoyé. Il faut finir, l’aftershow célébration de paternité nouvelle attend… C’est agréablement troussé et exportable of course ; Phoenix vaut ainsi son pesant d’or, monnaie réserve. Belle soirée, drunk pleasure…

Then they stopped their acting (songs from the recent album quickly played at the beginning of the show, as if they wanted to get rid of them) and they started to free their desires, quasi larsens, out of tune but sincere singing, nothing extraordinary until a “Everything Is Everything” full of promises. Then, for a moment (the instrumental that leads to a magnificient “If I Ever Feel Better” and the “Funky Square Dance” that follows), Phoenix is one of the best bands in the world, certain of its talent and success and proud of it. “Playground Love” acoustic, for friends and lovers, no genius but brilliantly delivered. Gold Phoenix, beautiful evening, drunk pleasure…

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Posted by Julien on June 4, 2006

DEPECHE MODE … une vision personnelle

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Une messe avec Saint Gahan et Saint Gore

Quand Dave Gahan prend la pose, bras tendus à l’horizontale et tête jetée en arrière, crucifié, il est le Christ et sa parole est évangile. Une icône offerte, acclamée en démesure, et vénérée dévotement par les fidèles…

Entrer en Depeche Mode comme on entre en religion ? Le rapprochement est évidence, dans le vocabulaire d’abord : un précédent tour fut devotional, l’album récent joue l’ange et les chansons, en décennies successives, parlent de pêcheur, d’un Jesus personnel, de douleur et de souffrance, implicitement liée à une étrange foi… et des “God” (lequel ?) à foison ! A l’unisson, la scénographie et l’iconographie mettent le trio sur un piédestal, prêt à être loué en toutes circonstances (photos discrètement idolâtres d’Anton Corbijn), et l’histoire se fait symbolisme : longtemps Dave Gahan était le mal, mauvais garçon de noir vêtu, coupable d’excès et de luxure ; Martin Gore, en une étrange discrétion parallèle, était le bien, l’ange blanc évidemment. Las, les couleurs s’altèrent, s’alternent en se mêlant, et le rapport s’inverse peu à peu peut-être : Gahan en rédemption oublie, s’iconifie et on l’absout de ses pêchés passés, convaincu de la métamorphose salutaire ; Gore en profite pour laisser démons envahir son ego et s’affubler d’oripeaux étrangement païens… Andrew Fletcher, le troisième homme, décidemment trop dans l’ombre et tellement peu charismatique pour un homme d’espérance, restera étranger à cette étrange religiosité.

Alors, Depeche Mode en nouveau culte, il faut ainsi une messe pour canaliser tant de ferveur, une arène, un hall à défaut d’une cathédrale suffisamment vaste pour abriter une foule dévote, à l’identification facile, prête à s’enflammer pour ces musicales paroles. Le concert est envoûtant évidemment, intense en émotions et dansant ce qu’il faut pour fédérer les corps (les âmes étant déjà touchées). Brutalité d’un “John The Revelator” essentiel dans les premières minutes, lourdeur et pesanteur des sons de basses et des claviers multiples, alternance idéale et cohérente de vieilles prêches entrées dans le patrimoine culturel (“Question Of Time“, “Enjoy The Silence“, “Never Let Me Down Again“,…) et nouveaux sermons appris par cœur dès leur publication et écoutés respectueusement (“A Pain That I’m Used To“, “Precious“…). Depeche Mode est en roue libre, au sommet de son art ; une machinerie imposante qu’on préférait pourtant quand elle avait plus d’humanité, mais paradoxalement, en s’abritant autant derrière les machines et les écrans, les artistes/objets d’adoration en deviennent plus fragiles, plus vulnérables, plus humains. Et qu’importe finalement : les moments de grâce et les déclenchements de foi sont suffisamment nombreux pour qu’on pardonne tout, évidemment, dans un élan partagé de communion. A genoux donc, pour une prière singulière…

A Mass With Saint Gahan And Saint Gore

When Dave Gahan strikes a pose, arms spread to horizontal and head back-tilted, he is the Christ and his words are Gospel. An icon offered, crucified, acclaimed in disproportion and venerated with devotion by the faithful ones.

Entering in Depeche Mode like one is entering in religion? The parallel is obvious, in the vocabulary first : a former tour was devotional, the latest album plays the angel and the songs, year after year, talk about sinners, a personal Jesus, pain and suffering and so many “God” in the lyrics… a strange lyrical faith, in fact! In unison stage layout and iconography put the trio on a pedestal, ready to be praised in any circumstances (Anton Corbijn’s discreetly idolatrous photographs) and history is made in symbolism: a long time ago Gahan was the evil, very bad boy dressed in black and guilty of excess and lust, whereas Gore in a strange opposed echo was the good one, a white angle of course. Alas, colours fade, the relation slowly swaps roles: Gahan is redeeming and we forgive him for his sins, convinced by his salutary metamorphosis, while Gore takes this opportunity to let demons invade his ego and wear curious pagan rags. Andrew Fletcher, the not-at-all-charismatic third man, stays in the shade and remains foreign to this strange religiosity.

So, if Depeche Mode is a new worship, it needs a mass to channel such an amount of enthusiasm, an arena, a hall if not a sufficiently vast cathedral to shelter a devout crowd ready to ignite for these musical words. The concert is bewitching obviously, intense in emotions and federating bodies (souls being already touched): “John The Revelator” is coarse, essential in the first minutes, bass sounds are heavy and keyboards fluent in an ideal and coherent alternation of old sermons already parts of an historical heritage (“Question Of Time“, “Enjoy The Silence“, “Never Let Me Down Again“, …) and new ones already learnt by heart and listened to respectfully (“A Pain That I’m Used To“, “Precious“, …). Depeche Mode is at the top of its art, a commanding machinery that we much preferred when it had more humanity but paradoxically, while hiding behind so many machines and screens, the artists are becoming more fragile, more vulnerable, more human. And what does it matter after all ? The moments of grace and releases of faith are so numerous that all is forgiven, in a shared outburst of Communion. Bent knees, for a singular prayer…< —82e63654bf9eac7d11c476b13cbe7b99—>

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Posted by Julien on May 12, 2006

APPARAT ORGAN QUARTET

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Live au Nouveau Casino, le 9 mai 2006, dans le cadre de la soirée Islande, Mon Amour

En tenues d’apparat, complets trois pièces où l’élégance dispute à une iconographie et une chorégraphie playmobil le privilège de l’impact visuel : quatre organistes et un batteur, rythmique heavy sur-amplifiée pour rivaliser et apprivoiser cette électro érudite mais frondeuse…

« Notre batteur […] a commencé sa carrière dans des groupes de heavy metal. Nous sommes de grands fans de groupes comme Slayer et Sepultura. Nous appelons parfois notre music “Machine Rock and Roll”. Nous aimons les riffs minimaux, les mélodies simples et les rythmiques puissantes. Cela, quand c’est joué fort, devient quelque chose proche de ce que certaines personnes appellent “rock”. Quand c’est joué plus doucement, cela devient autre chose. » Extrait d’une interview du groupe, à lire sur www.indiepoprock.net (merci à eux pour la citation)

Et ce soir-là, Apparat Organ Quartet jouait très fort, noisy et riffs violents en successions et progressions savantes. Une manière très singulière de traiter les orgues comme autant d’instruments de percussions ou de cordes électriques. Faire plus rock que les groupes à grosses guitares, dépasser les limites artificiellement édictées en un nouveau genre, iconoclastement islandais évidemment. Space rock, contemporaine musique rehaussée à l’aune de formats pops (Steve Reich ou Terry Riley sont évoqués) ou électro déjantée (Add N to (X) renvoyé dans ses cordes, à la réflexion, finalement étroites). Kraftwerk veille, dans l’ombre, et des groupes métal feraient bien de s’inspirer des constructions du genre, ici portées aux nues. Tout semble calculé pour l’effet maximal, avec justesse. En jouant fort, Apparat Organ Quartet fait du Mogwai dévié. En jouant plus doucement, Apparat Organ Quartet fait du Sigur Ros déviant… Adjectif utile pour énoncer la perversité d’une musique simple sous des abords arty, métissages d’extrêmes et délice des tympans forcément heurtés. La transcription sur album, datée déjà, sera logiquement (un peu) décevante car plus soft. Elle dévoile cependant un pan réfléchi, moins brut et primaire qu’un set mémorable ; l’impression initiale étant, en confirmation d’adage, décisive et, en l’état fort enthousiasmante.

Dernier album : Apparat Organ Quartet (Skelt/PIAS Belgique)

Web : www.myspace.com/apparatorganquartet

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Posted by Julien on November 29, 2005

DEPECHE MODE à Tallinn (Estonie) au Lauluväljak (28 août 2001)

Jusqu’il y a peu, L’Estonie n’était qu’un nom étrange, qu’on trouvait parfois dans les “exotiques” collections de timbres de nos grands-pères. Au fil des siècles, envahis par les Suédois, les Allemands, les Polonais, les Danois ou les Russes, les Estoniens n’ont eu le droit qu’à vingt petites années d’indépendance entre les deux guerres mondiales, avant les événements de 1991 et la chute de l’URSS. Les médias avaient alors accordé un peu d’attention pour ces trois pays baltes (avec la Lettonie et la Lituanie) qui venaient de s’émanciper du pouvoir soviétique pour se tourner aussitôt vers l’Ouest.
Depuis, on n’en entendait plus beaucoup parler. Dans une relative indifférence, Tallinn voyait sa magnifique vieille ville classée au patrimoine de l’UNESCO et l’Estonie préparait avec application sa future intégration à l’OTAN et dans l’Union Européenne. C’est d’une façon originale (mais pas si surprenante que cela) que Tallinn devrait faire parler d’elle en mai prochain. Les représentants estoniens ayant remporté le Concours Eurovision de la Chanson 2001, c’est dans cette ville que se tiendra le prochain concours, occasion rêvée de faire connaître à l’Europe entière cette magnifique capitale de poche. Car les Estoniens et la chanson, c’est une très longue histoire : les chorales se comptent par milliers, certaines sont professionnelles et les festivals de chants sont des événements qui rassemblent des dizaines de spectateurs. C’est en entonnant des chants nationalistes dans le milieu des années 80 lors de tels rassemblements que les Estoniens ont marqué les premiers signes de défiance vis-à-vis du pouvoir soviétique. Depuis l’indépendance, le festival de chorales organisé tous les trois ans à Tallinn attire à chaque fois jusqu’à trente mille chanteurs pour un demi-million de spectateurs, entassés dans le Lauluväljak, immense amphithéâtre de plein air dont la scène est surmontée d’un dôme gigantesque.

C’est dans cette ville et dans ce lieu exceptionnel que Depeche Mode a choisi de démarrer sa nouvelle tournée européenne et c’est un événement colossal dans le pays (on trouve des affiches dans tous les villages du pays). Choix a priori original de débuter par les capitales des trois pays baltes (Tallinn, Riga puis Vilnius), mais pas illogique lorsqu’on voit l’engouement que le groupe suscite et le bon souvenir qu’il garde de son premier et unique passage en Estonie trois ans auparavant (à Tartu, la capitale étudiante, dans le sud-est du pays). Malgré un démenti de l’attachée de presse du groupe, ce n’est pas parce que le fan-club Estonien du groupe est l’un des plus actif qui soit et que Tallinn peut s’enorgueillir de posséder le seul Depeche Mode “Baar” au monde, que la ville a été choisie … On croira donc au hasard bienheureux !

On était prévenu : à chaque fois qu’un concert est organisé au Lauluväljak, il pleut ! Elton John y a eu le droit quelques semaines auparavant et les autres visiteurs de marque choisissent généralement de venir en automne pour être sûr de jouer à l’intérieur. Pourtant, privilège rare, la pluie (ou plutôt un petit crachin bien froid) s’arrêtera quelques minutes avant le début du concert. Pour éviter de noyer les 18000 spectateurs dans l’amphithéâtre de 300 000 places, on a préféré inverser les rôles et mettre la scène de Depeche Mode face à la scène habituelle et le public à la place normalement réservée aux artistes. Le groupe jouera donc face à une sorte de “mur humain” protégé par une arche de près de 80 mètres de haut, perspective impressionnante, s’il en est. Le groupe qui assurera la première partie restera un mystère : pas bien entendu (apparemment ils jouaient très bas) et pas vu (pour cause de causette au stand du fan-club et de prise de consignes pour les photographies du concert).

Depeche Mode ne fait pas attendre ses fans bien longtemps, la nuit est à peine tombée que toutes les lumières s’éteignent et qu’Andrew Fletcher et Martin Gore montent sur scène. Tout de blanc vêtu, avec des strass sur l’épaule, ce dernier entame une longue introduction à la guitare acoustique : on commencera, ravi, par le joli riff de Dream On. Las, ce n’est qu’une fausse alerte : David Gahan, classiquement vêtu d’un costume noir à fines rayures blanches porté sur un débardeur noir entre en scène et lance les deux premiers morceaux extraits du dernier album “Exciter”, The Dead Of Night et The Sweetest Condition. Le décor est presque nu, les lumières sobres pour le moment et Andrew Fletcher, à son habitude, ne fait que lancer ses parties de synthé au début des morceaux et applaudir ses camarades le reste du temps, laissant bizarrement un deuxième claviériste œuvrer visiblement nettement plus que lui. Halo pour continuer et les choses sérieuses arrivent avec Walking In My Shoes. Les lumières commencent à former des arabesques, à s’entremêler, à changer de ton, les chansons sont plus habitées et dans ce contexte, Dream On, avec Gahan magnifiquement suppléé par deux choristes devient un pur moment de ravissement. L’ambiance reste apaisée avec When The Body Speaks et Waiting For The Night et, dans un prolongement logique de cette atmosphère un peu féerique, c’est David Gahan qui sort de scène, laissant Martin Gore prendre le micro pour un premier intermède acoustique. Pendant un bref moment, bercé par son chant envoûtant sur Surrender et Breathe, on se prend à imaginer que Depeche Mode pourrait n’être que son œuvre … Le retour de Gahan sur le somptueux Freelove (sûrement la plus belle balade qu’ait écrite le groupe) remet les pendules à l’heure : Depeche Mode n’existe que parce que l’alchimie entre le “gentil” Gore et le “méchant” Gahan fonctionne aussi bien. L’un est habillé en ange, l’autre en démon, la scène se pare de milliers de lumières roses, les deux unissent leur voix et finissent a cappella : c’était le moment le plus magique du concert !
La déferlante peut maintenant commencer : en une longue et dansante demi-heure s’enchaînent Enjoy The Silence, I Feel You, In Your Room, It’s No Good et I Feel Loved, prétextes à des mouvements de foule, des cris hystériques et une satisfaction croissante des spectateurs. Le public estonien n’est pas vraiment différent du public européen, les fans de Depeche Mode ici aussi s’habillent tout en noir et connaissent les paroles par cœur, ils ont simplement un petit accent bizarre lorsqu’ils hurlent “Dipich Mud” ! Un dernier Personnal Jesus pour éblouir les yeux et les oreilles, et le groupe sort de scène.

Le rappel verra d’abord Martin Gore interpréter deux nouvelles chansons en formation acoustique, Home et Clean, Gahan restant de nouveau à l’abri derrière la scène. Pour clore le concert, le groupe fera ses deux seules concessions, mais de taille, aux années 80. C’est d’abord Black Celebration qui ravit les nostalgiques, avant qu’une version très sauvage et presque noisy de Never Let Me Down Again ne sonne le glas des espoirs d’un deuxième rappel. Les lumières se rallument, le Lauluväljak se vide, on rejoint doucement le centre-ville et on profite de sa condition d’ “envoyé spécial de Presto! à Tallinn pour couvrir le début de la tournée européenne” pour se glisser à l’after-show du groupe et descendre quelques verres de vodkas estoniennes en compagnie de Martin Gore ! C’étaient les vacances après tout …

PS: Le très actif fan-club estonien de Depeche Mode a eu la riche et surprenante idée de sortir récemment une compilation “No Hidden Catch – Eesti Depeche Mode tribuut” (ce qui veut vraisemblablement dire : Hommage Estonien à Depeche Mode). Selon les responsables, c’est le meilleur hommage jamais rendu à DM … On n’ira peut-être pas jusque là, mais on reste épaté devant la qualité du projet, des enregistrements d’excellentes factures et la pertinence des choix. La scène estonienne a beaucoup à offrir et Depeche Mode se refait visiter à toutes les sauces (même celles auxquelles on n’aurait jamais pensé) : du noisy-rock de Claire’s Birthday sur un “I Yeel You” rageur, au popisant “Strangelove” de Dallas en passant par du jazz, un “Everything Counts” funky et quelques idées saugrenues comme celles de reprendre “Master And Servants” et “Personal Jesus” par des piliers locaux de la scène grind-core (respectivement Ignorabimus et Zorg). Avec ça vous faites un malheur dans les soirées à thèmes “reprises-inimaginables-et-disques-impossibles”! Plus d’informations sur le www.depechemode.ee/tribute

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