LAISH – Pendulum Swing

visuel-laish-pendulum-swingDes similitudes (de voix, de styles et d’humilité) avec le Mojave 3 de Neil Halstead (“The Last Time”, sommet d’enchantement et de volupté, flirtant même avec les altitudes – pourtant déjà hautes – de Prefab Sprout).

Des raisons, donc, de louer sans réserves. De s’enthousiasmer raisonnablement pour ces chansons, dès le “Vague” initial, qui berce, pop, de longues minutes qu’on voudrait plus longues encore. Et tout autant pour la suite, qu’elle soit plus animée ou lumineuse (“Learning To Love The Bomb”, “My Little Prince”), plus folk (le titre éponyme), plus ambitieuse (“Rattling Around”) ou plus posée et d’une indéniable touche britannique (“Song For Everything” dans la lignée des morceaux les plus paisibles de Steven/Singing Adams).

Humour et flegmes locaux, traditions renouvelées, époques après époques, qu’importe les auteurs. Avec ici ce supplément d’élégance : on pense ainsi à Flotation Toy Warning, au pourtant francophone Thousand, à tout un pan cosmopolite de l’esthétisme estampillé Talitres, de l’artisanat éminemment noble et d’un goût avéré, jamais pris en défaut jusqu’à présent… Et certainement pas en ce disque irréprochable de justesse.

Laish (Talitres)

 

December 8, 2016  Comments Off on LAISH – Pendulum Swing

MOTORAMA – Dialogues

visuel-motorama-dialoguesA la manière de leurs chansons (brûlots cold wave aux motifs répétitifs et infimes variations synthétiques), les albums de Motorama se ressemblent tous mais se distinguent à chaque fois. Par des détails presque imperceptibles, des décalages subtils, des séduisantes voies nouvelles prises avec parcimonie et précaution…

Difficile donc de qualifier précisément les différences avec le précédent Poverty, travail de critique orfèvre au pointillisme vain. On pourra, en revanche, déceler des suppléments de douceur, de précision et de spectre par rapport au premier Alps (six ans déjà, six ans seulement).
Le jugement s’affinera ainsi avec les ans, la pertinence du groupe, sa nécessité artistique et son ancrage dans l’urgence ne semblant jamais devoir être remis en cause. Grande force et évidence : “Tell Me”, “Sign”, “Someone is missed”, autant de chansons (chansons qui se détachent, sans qu’on sache vraiment dire pourquoi), sont toutes aussi contemporaines qu’elles auraient pu l’être il y a trente ans et qu’elles le seront dans quelques années encore sans aucun doute.

Un paradoxe, russe. Et rare raison d’enthousiasme pour ce côté-ci du globe…

Motorama (Talitres)

October 22, 2016  Comments Off on MOTORAMA – Dialogues

BAPTISTE TROTIGNON & MININO GARAY – Chimichurri

visuel-baptiste-trotignon-minino-garayLe drame – ou la comédie (selon les points de vue) – du jazz est de céder trop souvent à la facilité et à l’excès de celle-ci. De démonstrations techniques en solos virtuoses et structures rendues complexes, l’auditeur néophyte est perdu, se lasse et laisse le soin aux “experts” de disséquer et débattre plus que d’apprécier.
Chez Baptiste Trotignon, point d’élitisme, on se met à la portée, on favorise la compréhension, l’assimilation, on va tirer le bon grain ailleurs (Miossec, Jeanne Added précédemment en choristes… Paul McCartney ou Leonard Berstein en auteurs repris ici), on revisite respectueusement et avec un brin d’humour…
visuel-baptiste-trotignon-live

Sur scène récemment, Baptiste Trotignon présentait Chimichurri, son dernier album, avec son complice multi-percussioniste argentin Minino Garay, et illustrait parfaitement cette vision humaniste qu’on recherche dans le jazz : descriptions des morceaux, explications de “textes”, panorama d’œuvres du monde jouées en de jolies “défidélités” (puisque “infidélités” ne conviendrait pas). Les thèmes sont modelés, mais reconnaissables, évidents soudainement ; leurs traitements subtils, inventifs, vifs et violents parfois. Et frustrants d’aisance et d’ “improvisationnabilité” : une main gauche qui joue les basses, focalisée sur l’extrême gauche, une droite aux doigts qui semblent mesurer cinquante centimètres pour couvrir autant de distance en si peu de mouvements, et qui règne sur le reste (la quasi totalité) du clavier. Ce qui s’entend autant que se voit, miracle d’un disque haut en couleurs.

Les morceaux revus de West Side Story au cœur du live et de l’album, métissages latino-américains en plusieurs évocations et répétitions, terrain de jeu idéal pour confronter les instruments, les faire se répondre et se mêler. “America”, “Tonight” ou “Maria”, à la fois minimalistes et grandis par tant de perspectives… Du tango aussi (Carlos Gardel mais pas seulement), caution “obligatoire” pour satisfaire Minino Garay et des compositions personnelles pour enrichir encore la gamme des possibles.
Sur scène, Baptiste Trotignon finit en douceur avec une “Chanson d’Hélène”, très courte, très douce… Ici on se quitte sur un bouillant “Chorinho pra ele” du méconnu compositeur brésilien Hermeto Pascoal.
Deux extrémités passionnantes…

Baptiste Trotignon & Minino Garay (Anteprima/Sony)

October 8, 2016  Comments Off on BAPTISTE TROTIGNON & MININO GARAY – Chimichurri

BERTRAND BETSCH – La Vie Apprivoisée

Visuel BERTRAND BETSCH - La Vie ApprivoiséeJ’ai d’abord été très injuste avec cet album, lui trouvant des accents trop évidemment “souchonesques” (“Aimez-nous les uns les autres”), des inclinaisons à la Florent Marchet trop visibles (“Merci”) voire des caricatures de Bourvil un peu déplacées (sur le louable “Il arrivera” aux rimes trop faciles pourtant)... Comme si le cynisme porté en étendard depuis le premier album, La soupe à la grimace, un peu mis de côté au fur et à mesure, avait fait place désormais à un excès de bons sentiments, poussé à l’extrême (“La beauté du monde”, introduction déstabilisante).

Et quand je voulais être rassuré par des textes plus incisifs, c’est la musique qui devenait pompière (“Où tu vas”). Stade ultime du cynisme ou basculement ? Le doute immiscé initialement fait place bien vite à une réassurance salutaire. Du Betsch classique dès le titre (“Du vent dans les mollets”), du Betsch retrouvé avec “Les hommes douleurs” et puis l’épatant “Qui je fus”, du Betsch sublimé avec le morceau final éponyme et ses touchants arrangements de cordes…

Disque contradictoire qu’il convient d’écouter encore et encore, pour y déceler le deuxième degré, le troisième, le quatrième peut-être. Ou une sincérité mise à nue, un entre-deux oscillant peut-être ?Vingt ans de fréquentation assidue des disques de Bertrand Betsch et toujours aucune certitude, vingt ans de plaisirs à l’écouter et toujours des mystères. Une promesse dans les deux derniers mots du disque, “Je reviendrai“. Promesse qui engage autant l’auteur que ses auditeurs avertis…

Bertrand Betsch (Les imprudences, l’autre label)

September 30, 2016  Comments Off on BERTRAND BETSCH – La Vie Apprivoisée

FACTEURS CHEVAUX – La Maison sous les Eaux

Visuel FACTEURS CHEVAUX - La Maison sous les EauxFacteurs Chevaux, pluriel du facteur cheval et de bien d’autres singuliers encore. Y voir de l’art évidemment, de l’art naïf peut-être, mais moins qu’on pourrait le croire… Comme l’illustre randonneur des postes du siècle dernier, une promenade musicale, campagnarde mais pas rustique, propice à la rêverie, aux songes de grands bâtisseurs et aux audaces poétiques.

Et même si on t’oublie / Ton ombre danse sur le chemin / Des dames de pluie“ : la vision d’une terre mouillée, d’une maison engloutie, d’arbres majestueux, d’un bestiaire des forêts, de discrètes évocations magiques ou mythologiques, de considérations écologiquement évidentes (au sens d’impossibles à contredire)... Et d’une musique à la beauté fulgurante, les vocalises de “If le grand If” incontestablement parmi les plus splendides minutes écoutées cette année, le reste à l’avenant : “Je n’ai plus peur de toi”, “Les Dames de Pluie” ou le titre éponyme grandissant l’auditeur en frissons, émotions et découvertes…

Partons au Mexique / Sans poèmes / Nous n’y arriverons pas“, non c’est sûr mais personne n’y avait pensé avant et ne l’avait écrit si joliment. Deux guitares et l’essentiel : des voix et des textes pour porter celles-là aux sommets, l’inverse étant également tout aussi pertinent.
Et puis, Facteurs Chevaux, pluriel presque singulier : c’est l’escapade en duo de Fabien Guidollet (Vérone) et Sammy Decoster, remarquables déjà en leurs carrières séparément.
On aurait pu commencer par cette précision “technique”, en un monde idéal, elle suffirait à faire déplacer des foules vers les disquaires…

Facteurs Chevaux (La Grange aux Belles)

September 28, 2016  Comments Off on FACTEURS CHEVAUX – La Maison sous les Eaux

DEAR EYES – Super Times Wow

Visuel DEAR EYES - Super Times WowLes premiers concerts avaient attiré les amis, presque exclusivement. Beaucoup étaient revenus pour les concerts suivants et certains même lorsqu’ils se produisaient assez loin…C’était un bon signe : en général les amis font plaisir en venant aux premiers concerts mais trouvent des excuses ensuite pour ne pas réitérer l’épreuve. S’ils persistent et suivent le groupe dans ses premiers déplacements, c’est que celui-ci le mérite et que les amis considèrent qu’une heure de bon rock vaut mieux qu’un bon ciné ou que tout autre forme d’art. Ce avec quoi tout le monde devrait logiquement être d’accord.

J’avais écrit ces lignes il y a plus de dix ans. Un exercice d’écriture documentaire à propos d’un projet finalement éphémère de Frank Woodbridge. Elles sont, plaisamment, encore d’actualité...

Le style a évolué, du rock d’antan on ne conserve plus que quelques élans (“Murakami Dreams”) ; une pop plus douce et des sonorités électro plus marquées ont pris le relais, une histoire de maturité peut-être… Le projet s’est fait plus personnel encore, resserré autour de la famille, de proches et mûri en confiance. Plus intime évidemment et, incidemment, plus universel. “Love”, trois fois en onze titres, “Summer” ou “Sunny” pour planter le décor. Lumières roses d’aube ou de crépuscules, plage et chaleur qui trouble l’horizon : à l’image de sa jolie pochette nostalgique, Super Times Wow sera donc un disque d’été, d’amours estivales.

Un disque adéquat pour cette saison-là mais également, et surtout, parfait pour les suivantes : “Sunny little Song” pour chasser toute grisaille ; “We love the Songs” pour reprendre espoir, affalé dans le canapé, en de jours plus plaisants ; “Go Train Fast Love” pour se relever et, au ralenti puis de plus en plus rapidement, revisiter les chorégraphies brûlantes ; “Strange Light” pour pousser jusqu’au matin ; “Summer Girls” pour rêver à nouveau d’étés adolescents et des histoires qui les accompagnent vingt-cinq ans plus tard…

Pop solo gorgée d’électronique, pour éviter les adjectifs en forme de poncifs, guitare électrique toujours à portée de main et chant en vibrations et échos, joliment approprié aux ambiances, Dear Eyes s’imagine comme une musique de chambre calibrée pour les grands volumes. Savoir-faire éprouvé depuis longtemps, désormais épanoui et assumé...

 

Dear Eyes (Superfrais/La Baleine)

September 9, 2016  Comments Off on DEAR EYES – Super Times Wow

PASCAL BOUAZIZ – Haïkus

Audio-Wallet_standard_BOUZIZ-HAIKUS.indd“Que du bruit”
Paradoxe initial
Disque sans Bruit Noir

Disque de rupture
Le souvenir du premier Mendelson
Singulier rapprochement

Miniatures qui en disent tant
Des petites rivières
Forment des chansons fleuves

“Cessez d’écrire”
Incantation triste
Dommage…

Variété française
Gros mot avant ?
Style noble désormais

Les choses les plus belles qu’on dit, on les dit en chuchotant
Non…
En haïkus qu’on devrait crier sur les toits

Evènements du quotidien
Résumés en quelques lignes
Disque-concept

Evènements rares
Prose précieuse
Une évidence

Ecrivain en musique
Chanteur à texte
Une évidence encore

Pascal Bouaziz et Haïkus
Très grand disque
Une évidence toujours

 

Pascal Bouaziz (Ici d’Ailleurs)

June 6, 2016  Comments Off on PASCAL BOUAZIZ – Haïkus

EMILY JANE WHITE – They Moved In Shadow All Together

Visuel EMILY JANE WHITE - They moved in shadowOn n’avait jamais vraiment perdu Emily Jane White. On l’avait suivie, album après album, concert après concert, dans ses différentes incarnations. Jamais une tournée qui ne ressemble à la précédente en terme de line-up, d’orchestrations ou d’intentions… Jamais, ou presque, un disque qui ne répète le précédent, ne se repose sur ses lauriers ou ne tienne son envergure pour acquise. Des pièces d’un grand puzzle musical s’assemblant patiemment, une œuvre et ses multiples ramifications, une logique propre, sensée, pensée, mûrement réfléchie. Et autant de raisons d’apprécier sa musique…

On ne l’avait jamais vraiment perdue, mais on a néanmoins le singulier sentiment de la retrouver. De redécouvrir ce qui n’avait pourtant pas disparu : ces impressions d’un folk aux accents mélancoliques (et rimant, ici, avec gothiques et romantiques), ces textes évanescents et troubles, et ce chant qu’on pourrait audacieusement qualifier d’indie-lyrique…

“You are so sweet, you cheat, so sweet”

Visuel EMILY JANE WHITE 2Blood/Lines est encore récent, le single “Frozen Garden” en est une parfaite réminiscence, un rappel et une transition idéals. Dès “Pallid Eyes” et ses arpèges de guitare inattendus, c’est soudainement une révélation a posteriori évidente : comme si Dark Undercoat était réinterprété avec l’expérience accumulée depuis le premier enregistrement, avec la science des arrangements éprouvée et déployée sur Victorian America et Ode to Sentience, et l’aide précieuse de Shawn Alpay (violoncelle, basse) et Nick Ott (percussions). Avec une nouvelle façon d’aborder le chant aussi, de lui laisser prendre le temps de s’étendre, de déclamer chaque mot avec le respect qui lui est dû. Enrober un propos, aussi grave que précédemment, mais avec une mise en avant plus poignante encore.

“Hold your skin, we’re the colors that we’ve always been”

Des autres “Someday I’ll forgive”, “Your insight, beautiful”, “You caught my bad dreams”, innocentes phrases, isolées, répétées et qui prennent de lourdes et éloquentes significations dans ce disque aux morceaux de luttes. Réactions poétiques (et en cela universelles) aux traumatismes et injustices décrits (“The Black Dove” notamment) et thématiques centrales d’un album qui mêle l’intime et les desseins plus larges.

Emotions renouvelées – mais on n’en doutait guère – jusqu’aux deux derniers morceaux “Womankind” (sur les femmes battues et plus encore) et “Behind The Glass” qui résument et synthétisent tout en quelques essentielles minutes : une sorte d’aboutissement temporaire et l’assurance d’écoutes séduites. They moved in shadow together, tellement de belles nuances d’ombres.

Emily Jane White (Talitres)

En concert :
18/05: PARIS / Le Klub
19/05: ANGERS / Le Bolero
21/05: BRUXELLES / Le Botanique, Les Nuits Botanique
22/05: LILLE / La Péniche
24/05: CAEN / Portobello Rock Club

May 2, 2016  Comments Off on EMILY JANE WHITE – They Moved In Shadow All Together

ELYSIAN FIELDS – Ghosts of No

POCHETTE.inddVingt ans de carrière, dix albums pour le duo new-yorkais de Jennifer Charles et Oren Bloedow et, en guise de célébration discrète, un album qu’on affublera singulièrement et presque exclusivement de l’adverbe “au-dessus” :
Au-dessus des modes et des obligations implicites d’évoluer et de surprendre; ici on fait ce qu’on faisait déjà au siècle dernier, on le fait mieux et on le sublime encore parfois (“Rosy Path”).
Au-dessus des précédents For House Cats and Sea Fans et Last Night On Earth, avec un songwriting élégamment revigoré et des arrangements plus présents et paradoxalement moins envahissants (et parfois étonnants, comme sur le “Mess of Mistakes” aux penchants électro).
Au-dessus de toute la concurrence féminine ou presque ; ne susurre et murmure pas qui veut, avec autant de charme et de trouble, sans une once d’exagération (même et surtout dans le chant magnifiquement éméché de “Cost of your Soul”)
Au-dessus des autres tentatives éparses et vaines de renouer avec le fantasme de la musique de cabaret (on imagine aisément Oren Bloedow en bourru pianiste de bar accompagnant sa Jennifer Charles métamorphosée en Marlène Dietrich – flagrant “Misunderstood”).

Au-dessus de tellement de choses et à la hauteur de Queen of the Meadow, c’est dire…

Elysian Fields (Vicious Circle)

April 24, 2016  Comments Off on ELYSIAN FIELDS – Ghosts of No

TROIS DISQUES DE JAZZ

Ce que je préfère dans le jazz, finalement, c’est quand il s’en éloigne

 

MANU KATCHE – Unstatic

Visuel MANU KATCHE - UnstaticPoser une ambiance latine en “Introducción” et finir par la “Presentation” originale (des musiciens, comme sur scène) ne sont pas les seules singularités de cet album studio… Délaissant temporairement le sérieux et la solennité du label ECM (sur lequel étaient sortis quelques uns de ses précédents disques), Manu Katché privilégie le groove (“Unstatic”), l’énivrant (“Flame&Co”), le presque plaisantin (“Rolling”) et les clins d’œils sous-jacents (les murmures de “Blossom”) avec forces riffs et une manière de pesanteur qui, électrifiée et plus amplifiée, pourrait faire d’un jazz un classique rock.

 

FRANK WOESTE – Pocket Rhapsody

Visuel FRANK WOESTE - Pocket RhapsodyDu piano, bien entouré. Guitare et batteries et des invités de choix : la trompette d’Ibrahim Maalouf et la voix de Youn Sun Nah, entre autres. Du groove proche de l’électro (“Buzz Addict”, “Moving Light”), de la délicatesse pop brillamment orchestrée (“The Star Gazer”), de la musique de film sublimée (le titre éponyme, cinématographique) et des audaces à profusion : sonorités, brusqueries, fantaisies, mélanges des styles… Une volonté farouche de décomplexer ce qui pourrait l’être encore.

 

THE WATERSHED – Inhale/Exhale

Visuel THE WATERSHED - Inhale ExhaleUn sentiment d’urgence de prime abord : jouer vite et bien. Comme l’impression d’entendre Battles dès les premières secondes (impressionnant “Watershred”), avec autant si ce n’est plus de virtuosité mais moins de calcul. Du jazz qui se fond dans l’époque et les souvenirs d’il y a vingt ans : jazz de feu de camp (“Vermilion Sky”) comme de stade (“Peter Hot Father” ou le morceau éponyme et son passage à la Radiohead), bâti
pour les enceintes volumineuses plutôt que les clubs en sous-sols… Parfois lourd et sale, du jazz grunge si tant est que cette appellation ait une once d’intelligibilité... De l’exception, en tous cas…

 

Manu Katché (Anteprima)
Frank Woeste (Actmusic)
The Watershed (Shed Music)

April 15, 2016  Comments Off on TROIS DISQUES DE JAZZ

FRANCOIZ BREUT – Zoo

Visuel FRANCOIZ BREUT - ZooElle charmait déjà autrefois de sa seule voix, portée par des foules d’admirateurs (Dominique A en tête, suivi de Katerine, Yann Tiersen, Joey Burns, les Herman Düne et de tant d’autres) jusqu’au moment de l’émancipation et, désormais, d’autant d’albums en interprète qu’en auteur attitrée (avec Stéphane Daubersy, son complice, à la compostion). A l’écoute de “La Danse des Ombres”, un de ses meilleurs morceaux en vingt années de joliesses, on ne se plaindra pas trop de cette prise d’indépendance et de son affirmation renouvelée.

Zoo, donc maintenant, comme un bestiaire d’émotions et d’autres audaces (chanter-réciter en allemand après l’italien et l’anglais des disques précédents), avec la respectabilité inhérente au statut de muse (Adrian Utley, de Portishead, fan avéré, à la réalisation pointilleuse) : le chant en avant, au-dessus, les mélodies en roue-libre, les arrangements en formes de trouvailles… et cette façon qu’on admire chez elle de rendre tellement contemporaines et légères des formes musicales passées et stéréotypées chez d’autres. (“Le Jardin d’Eden” en Bande Originale d’un magnifique film qu’il aurait fallu réaliser dans les années soixante-dix ou “Deep Sea River” en classique chanson de crooneuse). Avec sourire désarmant, de surcroît irrésistible.
Zoo, comme un album d’épanouissement, le précédent La Chirurgie des Sentiments, multiplié : plus de fantaisie et d’euphorie (“L’Arbre”, exemple frappant). Et logiquement, de notre part, plus d’allégeance encore…

Françoiz Breut (Caramel Beurre Salé)

March 28, 2016  Comments Off on FRANCOIZ BREUT – Zoo

BAPTISTE W. HAMON – L’Insouciance

Visuel BW HAMONDes rêves et des fantasmes exaucés, il y en a des plus vrais et sincères que d’autres. Des façons de s’approprier un univers qui n’est pas le sien à l’origine, il y en a des plus talentueuses et érudites, des plus acharnées, travaillées et réussies… Jusqu’à, pour certains, insolemment doués, en assimiler les codes et coutumes avec une facilité déconcertante. De retour d’Amérique, littéralement et au sens figuré, Baptiste W. Hamon donne désormais du “Come on guys”, “One more time”, “Let’s go” et autres instructions en anglais à ses compagnons musiciens d’aujourd’hui, tous français pourtant… Et propose d’emblée un “Joséphine” de saloon et de square dance, dignement entouré de la fine fleur des musiciens de studio de Nashville et sous la houlette de Mark Nevers (ex-Lambchop et prolixe producteur). Apogée countrysante de l’album, en français dans le textes, les titres qui suivent s’éloignent progressivement de cette veine pour mieux y replonger avec le “Van Zandt” final choral, hommage festif au héros ici “mythe fondateur”.

Visuel BW HAMONEntre les deux, une large palette de mises en musique, impressionnante au sens propre : l’audace d’un superbe duo avec Will Oldham (Bonnie ‘Prince’ Billy) en français et anglais (“Comme la vie est belle”), le presque classicisme mainstream et parfait d’un “It’s been a while” avec Caitlin Rose, la poignante “Ballade d’Alan Seeger” aux accents celtiques. Erudition, citations lettrées, sens de la formule et des références (“Terpsichore”) pour hausser le niveau des textes à celui de choeurs et d’arrangements aux sommets (jusqu’à embellir encore le “Peut-être que nous serions heureux”, duo suranné avec la complice Alma Forrer, déjà bouleversant dans ses sobres versions passées).

Et puis, de la poésie, et bien d’autres perspectives sombres et magnifiques sur “Les Sycomores” : une façon de chanter plus en retenue – avec paradoxalement plus de lyrisme – , le sens posé du drame et une appropriation évidente de l’essence de la noble chanson à texte.

“Une liste de courses déchirée / Ecrite à l’encre claire / Alors que vient l’été / Toujours, toujours ces souvenirs froissés / Et puis tes mains qui tremblent, qui ne font que trembler / Je t’entends encore parler du firmament / Et moi qui te disais pensons à maintenant / Et toi qui pousses au loin tes larmes / Vers ce grand arbre sourd /Vers ce fragile érable…”

Ce sont les plus grands noms qu’il faudrait citer alors… Un ami disait que Baptiste W. Hamon était peut-être le seul actuellement à (ré)concilier le folk à l’américaine avec une exigence particulièrement forte de la langue française. Le seul actuellement ; au siècle dernier il y avait Graeme Allwright. On a connu moins prestigieux comme comparaison…

Baptiste W. Hamon (Manassas/Sony)

 

March 23, 2016  Comments Off on BAPTISTE W. HAMON – L’Insouciance

TUE-LOUP – Ramo

Visuel TUE-LOUP - RamoMais lorsqu’on lui demande / Êtes-vous son épouse / Non, mais j’aimerai bien / Êtes-vous son amant / Non, mais j’aimerai tant

C’est une sorte d’évidence, dont on ne se rend naturellement compte qu’au dixième album : le style de Tue-Loup, autrefois décrit comme du folk campagnard ou provincial, c’est une saudade à la mode sarthoise, spleen éminemment poétique révélé comme tel à l’occasion d’une incursion portugaise (qui se manifeste en une chanson en langue locale et un titre d’album). Mais cela pourrait être tout autre chose aussi, à base de pastorale poésie, qu’on ne trouverait rien à redire.

Tue-Loup serait évidemment aussi touchant en des incursions parcimonieuses en d’autres sonorités et styles. Disque d’un long moment, Ramo délivre “Empreinte”, parfait morceau, et “Hirondelle”, morceau plus-que-parfait (un piano au crescendo superbe et des paroles finales qui ouvrent bien des perspectives), qui suffisent à encenser à nouveau l’œuvre de Xavier Plumas et ses textes magnifiques, emplis de vocabulaire rare et de rimes plus précieuses encore. Ce chant, ces intonations comme autant de repères précieux et rassurants : “Bouquet contre la peur” ou “Le Tigre Voayageur” en illustration – trop courte – de la façon dont une certaine exigence de beauté peut être aisément comblée.

Comparer peut-être Tue-Loup aux Tindersticks, à l’élégance remarquable disque après disque ? Assurément. Mais ici on surprend encore, supplément de ravissements. Trésor national…

Tue-Loup (Dessous De Scène)

February 16, 2016  Comments Off on TUE-LOUP – Ramo

PANAMA à l’Espace B – 21/11/15

Visuel PANAMA Concert Espace BSamedi soir, je suis allé à l’Espace B voir Panama, le groupe dans lequel mon pote Antoine joue de la basse. Panama c’est un de ces groupes de l’ombre, d’une sorte de seconde division du rock : des mecs qui savent jouer, qui composent de chouettes chansons, qui ont ça dans le sang, mais qui restent dans l’antichambre de ceux qui en vivent. Panama, c’est comme Silkworm, Eric’s Strip, Sloan ou Matt Pond PA : ça n’a rien à envier aux plus grands, sauf les moyens. Ca pourra devenir culte… et çà le devient déjà un peu.

Hier soir, c’était mon premier concert depuis les attentats du vendredi 13 novembre, le premier pour Panama aussi et vraisemblablement pour pas mal de gens également. Tout le monde pensait à çà, aux habitudes qu’il ne faudra pas perdre, au pseudo-militantisme qui voudrait que boire une bière dans une salle de concert c’est de la résistance ou du combat… Je ressassais toute la semaine éprouvante, les moments d’angoisse et ceux de soulagement, les émotions fortes brutales et celles apaisantes, les larmes aux yeux. Et je n’écoutais pas Panama.

Et puis j’ai relevé la tête, j’ai entendu ce groupe qui jouait malgré tout, qui n’avait peut-être pas envie de le faire ou qui au contraire trouvait ça indispensable (je n’ai pas demandé à Antoine), et qui jouait ce rock que j’écoute depuis si longtemps. Je ne connais pas encore assez Panama pour savoir si c’était un de leurs meilleurs concerts ou un des plus ratés, mais c’était le concert qu’il me fallait ce soir-là. L’espace d’un instant, Panama c’était Teenage Fanclub, c’était Pavement, c’était Weezer, c’était Sebadoh, c’était mieux que ça encore…

Et puis ils ont joué “Crystal Palace”, les gens continuaient à parler fort, j’ai senti les larmes revenir, j’étais heureux d’être là, tellement heureux d’être là, vivant et capable d’entendre çà.

C’était juste Panama, mais c’était peut-être le concert le plus important de ma vie…

 

November 22, 2015  Comments Off on PANAMA à l’Espace B – 21/11/15

MANSFIELD TYA – Corpo Inferno

Visuel MANSFIELD TYA - Corpo InfernoLe spectre semble s’élargir mais le style s’affirme plus cohérent. A moins que ce ne soit le contraire : avec les Mansfield TYA, nous ne sommes pas à une contradiction près, ludique ou sombre. Mais paradoxes plus érudits, littéraires et historiques aussi (on y croise quelques lignes signées Victor Hugo) sur fonds de cordes et d’harmonies multiples.

Corpo Inferno, dans ligne droite de titres originaux (NYX ou Seules au bout de 23 secondes précédemment) et ses recettes éprouvées, améliorées ici : comptines pour adultes, ritournelles brisées, baroque remis à la mode et humour singulier (“Le Dictionnaire Larousse” et l’ironie ailleurs…). Moins de colère et de vulgarité, mais autant de beauté (“La Fin des Temps).

Le miracle de faire des chansons qui jamais ne se ressemblent mais qui, toutes, s’identifient d’emblée… On est fan, depuis longtemps, et tout le monde devrait l’être également.

Mansfield TYA (Vicious Circle)

 

November 11, 2015  Comments Off on MANSFIELD TYA – Corpo Inferno

SAGES COMME DES SAUVAGES – Largue la peau

VISUEL Sages comme des sauvages - largue la peauReprendre un morceau d’Alain Peters (et notamment son “Rest’là Maloya”, assurément une des plus belles chansons qui soient) est un exercice casse-gueule : Tue-Loup s’y est distingué – humblement – quand Bernard Lavilliers s’y est vautré en grandiloquence et contre-sens. Sages Comme Des Sauvages, duo mixte et cosmopolite, en donne une version minimaliste et respectueuse, l’essentiel, avec les aspérités et souplesses de l’originale.
Deux autres chansons en kréol rényoné sur leur premier album (dont une seconde reprise d’Alain Peters – “Wayo Manman” – et une composition-maison) mais il ne faudrait surtout pas réduire cette musique à un folklore de l’Océan Indien revisité à Paris.
Horizons bien plus larges, des troquets de Belleville (“Asile Belleville” détonante et explosive) à la chanson plus “classique” en anglais, c’est surtout l’amour et le maniement de la langue française, enluminée d’instruments singuliers (défi ou bouzouki grecs, cavaquinho brésilien…) et d’un jeu plus expérimental qu’on pourrait le penser. Difficile à situer, à l’image du premier morceau emblématique “Lailakomo”, sur lequel les invités se plient au jeu du brouillage des pistes et de l’exploration tous azimuts. “Ici c’est plein de folklore” disent-ils, d’influences aussi et d’imaginations débordantes.

Musique du monde, évidemment ; d’un nouveau monde, presque…

Sages Comme Des Sauvages (Lookatmekid/A Brûle Pourpoint)

En concert “Release Party” le 3 novembre au Studio de l’Ermitage à Paris

October 24, 2015  Comments Off on SAGES COMME DES SAUVAGES – Largue la peau

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