MOTORAMA – Poverty

Visuel MOTORAMA - PovertyTroisième album donc (mais deux superbes singles depuis le précédent). Qui aurait pu être le premier ou le deuxième (ou un des prochains), la chronologie discographique n’ayant ici pas d’importance.

Et les débats, par essence stériles, qui évoqueront l’absence de surprise, la redite même, ou l’anachronisme (faire de la new wave en 2015, idée tellement saugrenue), n’auront finalement aucune conséquence sur le plaisir que l’on peut prendre à l’écoute de morceaux comme “Red Drop”, “Lottery” ou “Old” (“I love the taste of cigarettes / I love the taste of alcohol”), cette excitation des hanches aux sons des basses et la jouissance épileptique de celui qui chante maladroitement (et de ceux qui l’écoutent souvent fascinés). Déceler des traces de radicalisation soft (“Similar Way”), un peu plus de romantisme et quelques lumières supplémentaires dans la noirceur (ambiance et pochette) ne seraient pas arguments suffisants aux détracteurs pour réviser les jugements péremptoires.

Motorama, pour caricaturer, répète les mêmes accords et les mêmes mélodies depuis la création du groupe. Certes, mais ce sont les meilleurs accords et les meilleures mélodies et il serait vain de changer la “recette” originelle. Hype un temps, mais jusqu’à preuve du contraire, hype toujours et jouissif encore.

Motorama (Talitres)

February 4, 2015  Comments Off

DOMINIC WAXING LYRICAL – Woodland Casual

Décembre 1995

Edimbourg, La Belle Angèle, une salle sombre dans Cowgate (elle a brûlé voici douze ans, a ressuscité il y a quelques mois). En première partie de Babybird ce soir-là, Dominic Waxing Lyrical, un groupe dont je ne sais rien.
Avant le concert, sur scène, de dos, agenouillée, une fine créature moulée dans une robe courte aux motifs léopard et en bas résille accorde sa guitare. Belle mais un peu vulgaire dans l’accoutrement caricatural, et puis quand elle se relève : “Elle a des jambes magnifiques” me fait remarquer l’amie qui m’accompagne. J’acquiesce…
DWL portraitQuelques instants plus tard, un violoncelliste à crête fait son entrée. En robe longue… ! Et la fine créature moulée dans une robe courte aux motifs léopard et en bas résille se retourne et montre un visage bien plus masculin qu’imaginé de prime abord… Choc visuel. Puis choc musical : une demi-heure plus tard, j’ai entendu une dizaine de chansons étranges (improbables amalgames entre du cabaret, du folk ancien et du théâtre contemporain), j’ai assisté à un bref numéro d’exhibitionnisme et à un rappel en acoustique dans les toilettes de la salle (une “tradition” du groupe). J’ai surtout acquis la certitude que Dominic Waxing Lyrical va devenir une obsession durable.

J’ai vu le groupe cinq ou six fois les mois suivants, en duo ou en formation plus large, avec batteur, violoniste et à l’occasion une danseuse. Toujours travestis…

DWL SingleJe suis retourné sur Glasgow et Edimbourg plusieurs fois jusqu’à la fin des années quatre-vingt-dix, j’ai complété ma maigre (mais presque complète) collection de leurs œuvres. Au total : une cassette (hélas illisible désormais), un 45 tours, un CD 4 titres et le 33 tours de leur premier album. Je ne les ai jamais revu sur scène depuis…
J’ai suivi de loin mais avec une fidélité nostalgique la suite des aventures musicales de Dominic Harris, le leader du groupe. Un long moment d’absence, sporadiquement quelques concerts en solo, du spoken-word et de la stand-up comedy ou tout comme. Et puis, ces dernières années, une sorte d’accélération des choses jusqu’à cet album inespéré. Qui reprend les acquis et bouleverse les certitudes.

Décembre 2014, Woodland Casual

Feu, la réputation d’unique groupe contemporain connu de “punk médiéval” ? Qualificatif grandiose, il faut l’avouer.

DWL liveDe médiéval, il ne faut plus retenir (mais c’est énorme, déjà) que l’art du conteur troubadour, de ces histoires passionnantes contées avec verve, brio, humour et sens du drame, du détournement et des retournements de situation. En troquant des formules plus légères (le duo, acoustique ou pas) pour un véritable groupe, le style s’est modernisé et le folk a pris ses distances. Dominic Waxing Lyrical a pris de l’âge, de la maturité et ses emportements stylistiques se sont estompés quelque peu (jugement tout relatif pour les néophytes en cet artiste).

Du punk, esthétiquement, encore un peu de l’esprit des années soixante-dix (Madness notamment), des réminiscences reggae par parcimonie (“Swansong”, “End of the World”), un chouïa de provocation (citer des philosophes, expliquer des mots en allemand), le Bontempi décalé et anachronique en ouverture du single “Thursday” (pas le plus représentatif du reste, il faut mettre en garde) et d’autres fulgurances disséminées.

De travestissement, plus une trace, hélas (?), si ce n’est quelque écharpe truc-en-plume entraperçue sur quelques vidéos…

Du charme d’antan c’est toujours cette voix singulière, passant aisément de la récitation au chant classique, cet accent qui se trahit sur certains mots et cette chaleur dans le ton, bienveillance émergeant de tous les apparats, ce qui m’avait troublé il y a bien longtemps.

Dominic-Waxing-Lyrical-Woodland-Casual-front-cover-largeDominic Waxing Lyrical, c’est plus de quinze ans après un premier album artisanal, une renaissance miraculeuse et sophistiquée. C’est l’occasion donnée à de (très) vieux morceaux (“Colonial”, “Wednesday” qui ont connu le siècle dernier) de bénéficier d’un traitement moderne et plus digne de leurs potentiels, et à de nouveaux (ou supposés tels, âgés de quelques années parfois, qu’importe) de s’imposer durablement. En juxtaposant les maladresses inhérentes aux risques stylistiques et les positions plus tranchées. Ainsi, en trio final : un “Fly” pop-rock étonnamment classique (et très efficace), un bel “Albert Terrace” fédérateur et un “Ambition” plus intimiste, faisant la boucle avec les émotions passées (et, curieusement, écho des morceaux les plus dépouillés de nos Lo’Jo angevins).

 

 

Woodland Casual a ainsi l’élégance, la classe et le geste iconoclaste des artistes britanniques les plus sensibles et doués. Et incompris : “The loneliness of the long distance thinker“, belle formule pour résumer les quinze prochaines années de fascination solitaire…

Dominic Waxing Lyrical (Tenement Records)

 

January 4, 2015  Comments Off

Top 2014

1/ DOUGLAS DARE – Whelm

2/ MICHEL CLOUP DUO – Minuit dans tes bras

3/ THOMAS BELHOM – Maritima

4/ BASTARD MOUNTAIN – Farewell, Bastard Mountain

5/ BONNIE ‘PRINCE’ BILLY - Singer’s Grave a Sea of Tongues

6/ THE TWILIGHT SAD – Nobody Wants To Be Here And Nobody Wants To Leave

7/ THE NOTWIST – Close to the Glass

8/ MICAH P. HINSON AND THE NOTHING – Micah P. Hinson and The Nothing

9/ WILL STRATTON – Gray Lodge Wisdom

10/ J.MASCIS – Tied to a Star

December 16, 2014  Comments Off

MICAH P. HINSON – And the Gospel of Progress

Visuel MICAH P. HINSON - And the Gospel of ProgressRéédition et/ou redécouverte. Réjouissances à nouveau, relativisées : on ne sautera pas de joie à l’écoute de ces musiques américaines brisées mais qui se relèvent à chaque fois. On les saluera bien bas, dansant d’un pied (“Don’t You (Part 1 & 2)”) ou des deux (“As You Can See”), restant stoïque courbé et respectueux (“I Still Remember”, “The Nothing”) ou plus volontiers dissipé (“Patience”, un merveilleux slow ivre).

On se dira que la country, quand elle n’est pas folklorique, est un terroir riche de possibilités, mais peu défriché encore, sauf par des franc-tireurs d’une trempe si remarquable...

Et puis on réécoutera “The Day Texas sank to the Bottom of the Sea” et on relativisera tout ce qu’on a pu écrire avant et plutôt que de tout repenser, on repassera ces huit minutes en boucles avec les autres…

Micah P. Hinson (Talitres)

December 7, 2014  Comments Off

THOMAS BELHOM – Maritima

Visuel THOMAS BELHOM - MaritimaMaritime, ou pas. Il y a bien ce flux, cette impression liquide, cette sensation que tout coule, que tout n’est que fluide. Mais il y a une “Panthère dans les Algues”, quelque chose d’incongru. Et puis “Hungary” (superbe) ou “South of Tucson” : s’il y a de l’eau, c’est un fleuve ou une sensation d’absence…

Une évocation avant tout, faite d’une multitude de sons, de débordements de cordes et de percussions, d’un chant troublant parce qu’il ne prend jamais l’ascendant sur le reste, de rythmes qui ne ressemblent à aucuns autres, d’expérimentations – des miniatures – qui se justifient et de chansons qui s’imposent petit à petit : on retrouve sur tous ces morceaux “phares” (le “Hungary” déjà loué, “Color”, “Carnaval Mou”) une certaine cohérence, une habitude de composition rassurante et le ton unique d’une musique baroudeuse, collectionneuse d’ailleurs, revenue enrichie à ses sources.

Jusqu’au “Souvenir Hanté” en duo avec Xavier Plumas, excellence des singularités et morceau paré de toutes vertus dont celle de l’écriture (“Surgissent des fragments, des ellipses“..., “Je me souviens d’une amnésie“...).

Disque d’une inouïe poésie…

Thomas Belhom (Ici d’Ailleurs)

December 1, 2014  Comments Off

BALMORHEA – Balmorhea

frontcoverAutant esquisse qu’ébauche de ce que deviendra Balmorhea quelques années plus tard quand le duo originel (Rob Lowe et Michael Muller) s’étoffera en un sextet épanoui, ce premier album éponyme enregistré à deux, réédité (et remasterisé pour l’occasion), est une bien belle façon de rendre à nouveau disponibles des morceaux qui ne l’étaient plus sur disque et qui n’étaient que trop rarement entendus sur scène.

Une manière également de documenter la genèse, d’appréhender l’essence du groupe, d’en saisir l’essentiel et de reconnaître ici (“Baleen Morning”) et là (“Dream of Thaw”) des trames de ce qui allait devenir quelques années plus tard les compositions riches et aventureuses de Rivers Arms ou de All is Wild, All is Silent. Piano et guitares, bruits ambiants et machine à écrire comme instrument à part entière, capables d’œuvres complexes comme de miniatures d’une touchante simplicité, du post-rock du dix-neuvième siècle déjà (“And I can hear the soft Rustling of my Blood”), en version de poche.

Parallèlement, Balmorhea vient d’enregistrer en formation complète un double single remarquable “Heir” (I et II), tout en grâce et légèreté, clin d’œil et compagnon parfait de ce Balmorhea éponyme. Une boucle idéale pour un groupe de plus en plus fascinant…

Balmorhea (Western Vinyl)

NB : Balmorhea sera au Point Ephémère, à Paris, le 13 novembre pour rejouer cet album en formation réduite (Rob Lowe et Michael Muller).

November 10, 2014  Comments Off

THE TWILIGHT SAD – Nobody Wants To Be Here And Nobody Wants To Leave

The_Twilight_Sad_-_Nobody_Wants_To_Be_Here_And_Nobody_Wants_To_LeaveLe titre du troisième morceau du quatrième album du groupe écossais comme une évidence presque triste, “I Could Give You All That You Don’t Want”, et le constat qu’il faut parfois “déradicaliser” et simplifier sa musique en essayant d’en garder l’essence, pour prétendre à des égards mérités...

D’entrée, trois singles potentiels et avérés, tendus sans être explosifs sur disque (en live, ce sera évidemment autre chose), représentatifs et presque trop évidents (on imagine déjà les versions acoustiques tout comme les extensions symphoniques) : ou comment prouver en moins de dix minutes que The Twilight Sad est un des meilleurs groupes écossais de cette dernière décennie (et par extension un des meilleurs groupes qui soit). Le reste ne sera qu’une heureuse redite en morceaux plus new wave que jamais (“It was never the same”), plus pop qu’à l’habitude (“Drown so I can watch”), plus drone encore aussi (le titre éponyme). Un autre titre, en forme de clin d’oeil, “Pills I swallow”, et la boucle accomplie, étrangement apaisée sur les derniers titres, en écho rusé à une entame tape-à-l’oreille…

Nobody wants to be here and nobody wants to leave : le cul entre deux chaises, position peu confortable, mais chez eux l’équilibre fragile est, depuis leurs débuts, synonyme de merveilles. En voilà une supplémentaire.

The Twilight Sad (Fat Cat)

November 2, 2014  Comments Off

MAYA KAMATY – Santié Papang

Visuel MAYA KAMATY - Santié PapangEntre autres “découvertes” d’artistes réunionnais ces derniers mois (Fabrice Legros, Saodaj’, Zanmari Baré...), une très belle voix féminine, de descendance heureuse (Gilbert Pounia, Ziskakan) et d’inspirations tout autant lumineuses.

Dès “Ansanm”, c’est Cesaria Evora et d’autres grandes dames que l’on entend ; et partout ailleurs un maloya élaboré plus orchestré/arrangé que l’ordinaire (on est plus proche de Davy Sicard que de Danyel Waro), un maloya conteur et volontiers frondeur. Un maloya qui a voyagé, qui se cherche encore (les deux morceaux en français, largement dispensables), qui s’efface parfois un peu (le joli “Mazine”) ou complètement (un “Zanfan” magnifique a cappella, pour clôre l’album)... mais qui, au son du kayamb toujours, donne en kreol rényoné de très belles émotions (le titre éponyme, “Son Zié”...).

Maya Kamaty (Sakifo/Atmosphériques)

October 19, 2014  Comments Off

XAVIER PLUMAS – Le cabinet vaudou des curiosités d’Adèle

Visuel XAVIER PLUMAS le Cabinet vaudouDécouvrir de nouveaux mots (ou presque), en redécouvrir d’autres oubliés, peu communs en littérature et d’autant plus rares et précieux en chansons, usités ici avec moult précautions et verbes lents. A l’accoutumée, allusions sexuelles fort éloquentes, paysages ruraux et belles tournures pour une poésie folk, maniérée à sa façon et exigeante dans ses constructions.

Tout aussi séduisante qu’avec Tue-Loup, la liberté solo étant juste prétexte à s’émanciper d’un nom, mais aucunement d’un esprit et d’un ton d’excellence. Jusqu’à cette fois, frôler le hit “Incendie”, vive incartade dans un album plutôt paisible en rebondissements.

Quoique “Activité” et d’autres encore : confirmations évidentes pour les fans qu’il y a dans un disque, une chanson, une phrase de Xavier Plumas bien plus d’aventures et d’émotions que dans tant de variétés ailleurs.

Xavier Plumas (La Lézarde)

 

October 13, 2014  Comments Off

RADIO ELVIS – Juste avant la Ruée

Visuel RADIO ELVIS - Juste avant la ruéeJuste avant la ruée, juste avant l’emballement, juste avant “d’entrevoir une piste qui nous mènerait sûrement au vent suffocant d’un sommet“. Perspective lucide, aussitôt contrebalancée : “combien de tasses avant le fond ?“. Manière d’aborder le rock et ses illusions…

En un titre “Goliath”, c’est l’écriture française racée et lettrée sur des sonorités entendues ailleurs (Vampire Weekend, WU LYF...). Influences récentes dans l’esprit bien plus que dans la transcription exacte : dès “La Traversée” (et plus loin “Le Continent” chanson bipolaire), c’est Dominique A (cela pourrait être ses titres), sombre, chanté avec une hauteur toute britannique et une singularité toute parisienne.

C’est donc haut de gamme, au-dessus du lot et profondément addictif.

Radio Elvis

October 9, 2014  Comments Off

J. MASCIS – Tied to a Star

Visuel J MASCIS - Tied to a StarVersion acoustique, plus présentable au monde, paraît-il : en épure, le solo de guitare un peu moins hors sujet, les digressions plus contenues, l’évidence d’un songwriting au-dessus du lot... Mais toutes remarques à relativiser : déviances à chaque tournant de couplet, refrains presque toujours sacrifiés et cette voix unique de couille écrasée, incroyablement détonante sur ce physique préhistorique de prophète largué...

“Every Morning” à porter aux nues, “Wide Awake” (en duo avec Chan Marshall) dans la même veine paisible, “And Then” magnifique, “Better Plane” poignant : la ballade à la Mascis séduit autant que le grunge de Dinosaur Jr. Deux facettes finalement proches en les plaisirs masochistes qu’elles procurent, plaisirs répétés, inlassablement. J. Mascis ou ce demi-dieu improbable…

J. Mascis (Sub Pop)

October 3, 2014  Comments Off

MIREL WAGNER – When the cellar children see the light of day

Visuel MIREL WAGNER - When The Cellar Children See The Light Of DayCa commence comme une comptine avec, en quelques mesures à peine, plus d’aplomb que dans tout le précédent – et premier – album éponyme et bouleversant. Mais déjà “1 2 3 4 / What’s underneath the floor ?”, le titre de l’album en guise d’évidence et le rappel nécessaire : chez Mirel Wagner, c’est la gravité qui dicte et le drame qui pointe. Finlandaise, jeune, mais plus de sobriété et de blues que chez l’immense majorité folk dépressive des contrées habituelles du genre. Et bien plus de beautés, dépouillées, presque décharnées : guitare-voix (les arrangements et le piano de Craig Amstrong sur deux titres n’y changent strictement rien), du spleen assassin (“The Devil’s Tongue”) à la valse mortelle (“Goodnight”).

Et la confirmation, chère à Soulages, que l’outre-noir ou le noir-lumière, est la plus belle des couleur : ici aussi, des morceaux éminemment sombres jaillissent les plus profonds des éblouissements.

Mirel Wagner (Sub Pop)

September 29, 2014  Comments Off

RACHAEL DADD – We Resonate

Visuel RACHAEL DADD - We ResonateAssurément cousine de Serafina Steer, Nancy Elizabeth ou plus incontestablement encore de la méconnue Mary Hampton, ces musiciennes britanniques qui dévergondent le folk national traditionnel autant qu’elles s’en inspirent respectueusement. Avec air ingénu et savoir-faire charmant indéniable (on pense aussi à la française Mina Tindle), Rachael Dadd ne s’embarrasse que de peu de conventions quand il s’agit d’émouvoir (“Our Arms”, “Animal Mineral”) ou de n’en faire qu’à sa tête : singulier en toutes occasions et tout autant artisanal, bricolé, bancal et enfantin que profondément réfléchi à l’image d’un “Bounce The Ball” à la fois insupportable et totalement irrésistible.

On pardonne tout quand le sourire est large, l’art maîtrisé et la voix aussi séduisante…

 

Rachael Dadd (Talitres)

September 15, 2014  Comments Off

BASTARD MOUNTAIN – Farewell, Bastard Mountain

BASTARD MOUNTAINOn jurerait entendre une cornemuse.

Elle est forcément là, au loin, quelque part dans les Highlands, jouant pour les âmes égarées. On la fantasme plutôt, c’est son incarnation en un violon drone que l’on entend ici. Du début à la fin d’un disque qui convoque fantômes des Hautes Terres et valses lentes des ceilidhs des villes écossaises, enregistré par un all-star indie band du cru, vertueux et inspiré [Neil Pennycook (Meursault), Pete Harvey (The Leg), Jill O’Sullivan (Sparrow and the Workshop), Rob St. John et d’autres comparses…]. Partages, échanges, semi-improvisations et collaborations ad hoc, on n’entend ni l’électricité, la rage ou la folie de leurs groupes respectifs mais, sans heurts ni séparations entre les morceaux, des évocations splendides de spleens et de mélancolies apaisées. Des moments de grâce, des chuchotements, des chansons qui s’éveillent ou qui s’endorment et jouissent des lumières magnifiques des aubes et aurores locales.

Et qui savent se passer de cornemuses tout en étant viscéralement écossaises…

Bastard Mountain (Song, By Toad Records)

August 12, 2014  Comments Off

BOSSA NOVA, l’âme bohème du Brésil

Visuel BOSSA NOVAEntre autres vertus d’une énième et opportuniste compilation de musique brésilienne, les piqûres de rappels et les attentions délicates et surprenantes. La Bossa Nova, donc, du Brésil et d’ailleurs, des grands noms (Joao Gilberto, Antonio Carlos Jobim, Jorge Ben, Gilberto Gil...) et de leurs standards aux artistes moins exposés qu’il faut montrer aux néophytes (Tom Ze, Vinicius Cantuaria, Nara Leao...). La Bossa Nova d’autres pays, subjugués dans les années soixante par cet art de vivre et désireux de le propager de New-York (Quincy Jones et son tubesque “Soul Bossa Nova”) jusqu’à Paris. Ainsi, un Serge Gainsbourg bohème (“Ces petits riens”), un évident Henri Salvador (“Dans mon île”), un hommage par Pierre Barouh et ce rappel, essentiel, que Nino Ferrer a écrit quelques unes des plus belles chansons “françaises” dont cette “La Rua Madureira” doucement mélancolique.

L’été sera saudade…

(Verve/Universal)

June 27, 2014  Comments Off

VINCENT BRUNNER – Platine

Visuel VINCENT BRUNNER - PlatineLe dernier ouvrage en date de Vincent Brunner, Sex & Sex & Rock’n’Roll (illustré par Luz), traitant explicitement des déviances, singularités et performances sexuelles des petits et grands rockeurs de ce monde, lorsque l’auteur-journaliste annonce il y a quelques mois la parution prochaine de son premier roman, je m’attends à une sorte de plongée dans les bas-fonds du rock, une modern rock story musicale à base de drogues, de cul, d’alcool et d’égos surdimensionnés. Vincent Brunner a déjà écrit longuement sur Dylan, Miossec et documenté les excès des uns et des autres dans les deux volumes de Rock Strip, il a donc une légitimité, un recul et presque une obligation à traiter de cela. J’envisage un roman d’apprentissage, les premiers pas d’un groupe innocent dans un monde féroce, une histoire de rivalité amoureuse sur fond de rock testostéroné, des descriptions crues et un ton clinique et cynique…

Je n’imaginais pas un seul instant qu’il faudrait aller chercher Platine dans le rayon littérature jeunesse (sur les étagères pour ados et pré-ados), que le narrateur serait une adolescente férue de rock, un peu rebelle mais somme toute fort sage et posée, et qu’on aborderait des thématiques plus essentielles finalement que les arts mineurs. La découverte de ses racines, par le truchement d’un vinyl de Nevermind, la naissance d’une passion, les crises et interrogations adolescentes sur le bien et le mal, le racisme stupide, les émois amoureux, l’affirmation de soi… en à peine une semaine de la vie d’Eva, l’héroïne touchante et plutôt adroite.

Vincent Brunner écrit à la Nick Hornby, à l’anglo-saxonne, plutôt directement et sans s’embarrasser de circonvolutions accessoires. En s’incarnant en jeune fille du moment, il s’épargne les travers nostalgiques de sa propre adolescence et réussit brillamment à éviter les pièges de la méconnaissance de celle du moment. C’est frais et trop stylé, dirait mon fils…

Eva, ainsi, c’est la fille qu’on rêverait d’avoir (on en a l’âge désormais), celle à qui on voudrait faire découvrir ses propres goûts musicaux et autres, celle qu’on serait fier de voir grandir et qui nous mettrait la larme à l’œil quand on s’apercevrait que c’est un peu de nous qui s’émancipe tout en se rapprochant…

 

Ce roman parle de transmission. J’ai voulu le lire avant de le transmettre à mon fils. Il m’a ému, j’espère qu’il touchera mon fils autant que moi…

 

Vincent Brunner – Platine (Flammarion Jeunesse, collection Tribal)

June 19, 2014  Comments Off

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