ROCK MY DAYS

EMILY JANE WHITE - Soirée de Poche 14 bis

by Julien on Feb.03, 2010, under CONCERTS

Article publié également sur la Blogothèque

Les livres absorbent les sons” a dit le libraire. C’était donc, finalement, une bonne idée de faire jouer Emily Jane White au milieu des livres. Il aurait peut-être été préférable de choisir le magasin sombre et confiné d’un bouquiniste et l’odeur caractéristique des vieux papiers, mais il fallait aussi que la voix d’Emily porte, que ce soit feutré sans être étouffant, lumineux sans être éblouissant, qu’on retrouve la modernité de sa musique dans une librairie flambant neuf.

Emily était entourée de recueils érotiques, d’écrits philosophiques, de récits historiques, d’une littérature plus grand public également. Cela lui seyait bien. Jen Grady (au violoncelle), Carey Lamprecht (au violon) et elle venaient d’achever une tournée européenne, elles allaient rentrer en Californie quelques jours plus tard, elles étaient détendues, relaxées, un peu fatiguées mais satisfaites. Elles ont joué des morceaux des deux albums Dark Undercoat et Victorian America et quelques inédits, vraiment inédits car pas enregistrés encore, des chansons pleines de promesses, déjà renversantes en trio.

Les gens avaient patienté longtemps à l’extérieur, dans le froid de décembre, ils avaient besoin d’un peu de chaleur, d’une sorte de réconfort. Ils ont été comblés je crois, les visages ne trompaient pas : de l’attention, de l’écoute et beaucoup d’émotion. Emily avait joué, sa voix avait charmé, c’était un moment presque léger, aérien. Nat a su en capturer l’essence…

Les images ici : Emily Jane White 12.12.09

Emily Jane White est actuellement en tournée française. Toutes les dates sont là.

Photo : Jérémy Lucas

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FABRICE COLIN - Big Fan

by Julien on Jan.28, 2010, under LIVRES

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... ou “Radiohead, la fin du monde et moi“. Le monde tel que nous le connaissons n’est plus, le Kid A a fait des petits et la Police du Karma veille à la bonne exécution du plan. Nous n’avons pas su décrypter les signes avant-coureurs et les manifestations évidentes de l’imminence du désastre. C’était pourtant à la disposition de tous, dénoncé dans tous les albums et inscrit en filigrane dans toutes les chansons, dans chaque manifestation et incarnation de la musique de Radiohead. Thom Yorke était un messager et son groupe un vecteur, son art un cri de résistance, un appel à la lutte. Nous avons ignoré les avertissements, pas William Madlock. Il est en prison et nos espoirs sont désormais anéantis.
La trame est fictionnelle mais elle est plausible et se décline en entremêlements de chapitres. Ce roman, c’est d’abord la biographie érudite et sérieuse du quintet d’Oxford, un récit clinique et presque sans âme, commenté sans complaisance et avec beaucoup d’ironie par le narrateur-auteur. C’est également l’histoire de William Madlock, ce gros fan solitaire et un peu pathétique, obsessionnel jusqu’à l’outrance. Ce sont aussi et finalement les lettres de prison de cet anti-héros, un regard sur son passé, son combat vain, son acte et notre incompréhension légitime face à celui-ci. C’est un mélange des formes et des genres, de l’auto-threadjacking et des digressions (onze pages essentielles pour répertorier les groupes de rock du début de la décennie), une façon de mener (gentiment) le lecteur en bateau, de le perdre dans les méandres d’un complot paranoïaque en interrogeant le statut de “fan”, compulsif monomaniaque haineux pathologique. C’est une part de l’adepte du “tu n’écoutes que de la merde si tu n’écoutes pas la même chose que moi“, refrain connu et forcément parlant à tous. Roman de fan, donc, de l’auteur, du groupe ou de la musique en général, ce qui fait de nombreux lecteurs potentiels, et mérités…

Editions Incultes

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TOUR D’HORIZONS # 37 : Lymbic Systym, Githead, Pharaohs, The Flaming Lips

by Julien on Jan.23, 2010, under DISQUES, TOURS D'HORIZONS

LYMBYC SYSTYM et “Shutter Release” (Mush/Differ-Ant) : deux frères qui oeuvrent dans la fusion rock instrumental et électro à la Tortoise, avec machines bien huilées et mécaniques bien rodées. Efficace mais sans déclenchement d’enthousiasmes excessifs, sauf dans les morceaux les plus lents, plus convaincants et qui rappellent par moments Boards Of Canada ou même Balmorhea…

GITHEAD et “Landing” (Swim/Differ-Ant) : troisième album du projet de Colin Newman (Wire) et de ses acolytes (des membres de Minimal Compact), un ton hypnotique, des morceaux denses et cohérents malgré le partage des voix, étonnamment “pop” plutôt qu’expérimentaux, qui rappellent ceux des oubliés Snowpony et font effet lancinant, berçant malgré les décibels, subjuguant quand on s’y laisse balancer ou profondément ennuyeux quand on reprend esprit…

PHARAOHS et “We’ve Tried Nothing And We’re All Out Of Ideas” (Hip Hip Hip) : des Britanniques qui réveillent les démons de vieux groupes noisy nord-américains (Sloan, Superchunk, Sunny Day Real Estate…) en mêlant vivacité d’exécution, haute complexité des compositions, enthousiasme sans défaut et une voix à la Robert Smith juvénile qui emporte la décision finale, éminemment favorable. Belle (et trop courte) introduction…

THE FLAMING LIPS et “Embryonic” (Warner) : et le doute entre l’œuvre majestueuse (“Le Psychédélisme au vingt-et-unième siècle pour les nuls”) mais incomprise (et sûrement incompréhensible), et le ratage brouillon obscur, sorte de Animal Collective pour quinquagénaires, ou d’introduction pour jeunes au Pink Floyd expérimental avec son lot de complexités inhérentes. Un double album foisonnant (dix-huit titres, soixante-dix minutes) avec emballements (“The Sparrow Looks Up At The Machine”) et moult désemballements conséquents (le premier étant dû à l’affreuse pochette) et plus de questions que de réponses (et d’exaltation)…

LYMBYC SYSTYM and “Shutter Release” (Mush) : electro and instrumental rock between Tortoise and Boards Of Canada /// GITHEAD and “Landing” (Swim) : third album by Colin Newman (Wire) and members of Minimal Compact, hypnotic rythms, more pop than experimental, reminding of Snowpony… /// PHARAOHS and “We’ve Tried Nothing And We’re All Out Of Ideas” (Hip Hip Hip) : british band but north american inspiration (Sloan, Superchunk, Sunny Day Real Estate…) for complex songs and a voice à la Robert Smith… /// THE FLAMING LIPS and “Embryonic” (Warner) : between art (psychedelic rock for dummies) and huge swindle (Animal Collective for the elderlies)...

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PICASTRO - Become Secret

by Julien on Jan.17, 2010, under DISQUES

L’abord bancal, voguant sur une esthétique d’amateurisme éclairé et distillant vocalises pénibles (à la première écoute) et morceaux quasi sublimes (les mêmes, aux écoutes suivantes), des réminiscences des premiers Cat Power ou Scout Niblett et des impressions floues ou flouées : du post-folk acoustique, du post-rock chanté, de la confusion des styles (Fifths Of Seven ou Set Fire To Flames parfois dans les instrumentations)… Picastro est un trio canadien qui distille lentement ses courts albums précieux, exigeants, sombres mais beaux : l’angoisse est religieuse, les paysages larges et cinématographiques même quand confinés, les spectres amplement balayés. “Become Secret” surprend, intrigue et charme comme le chant (et les cordes ici) d’une sirène : on s’y laisse prendre, conscient des risques et prévenu des dangers, mais curieux d’un disque étrange qui semble refuser tout artifice de séduction, se complaire dans le brut et le refus du poli. Un baume musical pourtant, toutes les berceuses n’endorment pas mais elles apaisent d’une certaine manière, singulière et insoupçonnée parfois (“Pig & Sucker“)…

Monotreme/Cargo

An amateur aesthetic, reminding of Cat Power or Scout Niblett‘s first records, songs that can be judged horrible (at first glance) or sublime (after they’ve been played a few times)... Post-folk or post-rock songs, confusion of styles for a precious album, dark and beautiful, a musical balm despite its strange roughness…

Web : Picastro

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TOUR D’HORIZONS # 36 : The Drums, Half-Handed Cloud, Jookabox, Gliss, The Hickey Underworld

by Julien on Jan.10, 2010, under DISQUES, TOURS D'HORIZONS

THE DRUMS, sur “Let’s Go Surfing“, le premier titre de leur “Summertime! EP” (Moshi/Moshi/Discograph), ont piqué (involontairement vraisemblablement) l’entame “Wake Up, It’s A Beautiful Morning” aux Boo Radleys. On les pardonnera aussi tôt et volontiers, l’innocence du groupe étant une composante essentielle de la qualité de leur musique nostalgique. Réinventant les fifties avec leur propre vision idéaliste et les moyens d’aujourd’hui, le jeune duo de Floride (devenu quatuor à New York) fait son Vampire Weekend en version Beach Boys plutôt que Paul Simon. C’est frai, pop, new wave et très réussi (“Don’t Be A Jerk, Johnny” ou “Saddest Summer“)

HALF-HANDED CLOUD et “Cut Me Down & Count My Rings” (Asthmatic Kitty/Differ-Ant) : une compilation de quarante-six morceaux précédemment sortis en marge de la discographie officielle du projet de John Ringhofer, des miniatures charmantes, versions souriantes des disques de Sentridoh (Lou Barlow), quelques morceaux avec Sufjan Stevens, de la pop song de moins de deux minutes, des chansons de Noël, de l’inventivité à revendre, entre bordel innommable ennuyeux et agaçant, et révélations de pépites bancales, touchantes de sincérité à défaut de qualité supérieure et d’émois disproportionnés.

JOOKABOX et “Dead Zone Boys” (Asthmatic Kitty/ Differ-Ant) : un grand mix de tout et n’importe quoi, hip-hop punk et bricolages. Trente-sept minutes qui semblent des heures et convoquent tous styles et instruments pour des “SufjanStevenseries” hystériques, de l’électro-soul-eighties revue à la Nigo, des exotiqueries explosives, du funk travesti en folk (et l’inverse) et pas d’essoufflements…

GLISS et “Devotion Implosion” (Cordless/Differ-Ant) : trio américain versant dans le noisy éthéré et le rock aux guitares adeptes de saturations douces, comme une version brute de Placebo, faussement crade, mais léchée. Mais un chant trop maniéré et des tentations pop trop brouillées (“Beauty“) dispensent de l’adhésion directe et inconditionnelle…

THE HICKEY UNDERWORLD et “The Hickey Underworld” (Naïve) : “Blonde Fire” en single noisy imparable et une cohorte de titres furieux mais maîtrisés par ces Belges promis à une exposition large. Dans la lignée des exigeants McLusky ou autres Zico Chain, leur premier disque, éponyme, est brutal, intense, instinctif… mais totalement dominé.

THE DRUMS and “Summertime!” EP “(Moshi Moshi) : fifties and new wave nostalgia, innocence and talent and a very hype hit single “Let’s Go Surfing”... /// HALF-HANDED CLOUD and “Cut Me Down & Count My Rings” (Asthmatic Kitty) : a compilation of forty-six songs previously released on various Eps and records by John Ringhofer. Charming miniatures and boring lo-fi experimentations… /// JOOKABOX and “Dead Zone Boys” (Asthmatic Kitty): a great mix of everything and anything from hip-hop to punk. Thirty-seven minutes that seem like hours and features hysterical “SufjanStevenseries”, eighties electro-soul, explosive funk crossdressed in folk and many other things ! /// GLISS and “Devotion Implosion” (Cordless): an American trio playing noisy ethereal rock, like a raw version of Placebo… /// THE HICKEY UNDERWORLD and “The Hickey Underworld” (Naïve) including an explosive single (“Blonde Fire”) and many others brutal, intense and instinctive noisy songs reminding of McLusky and The Zico Chain…

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TOP 2009

by Julien on Dec.31, 2009, under ETC.

1- EMILY JANE WHITE – Victorian America
2- THE TWILIGHT SAD – Forget The Night Ahead
3- WE WERE PROMISED JETPACKS – These Four Walls
4- THE XX – The XX
5- MONO – Hymn To The Immortal Wind
6- BALMORHEA – All Is Wild, All Is Silent
7- DOMINIQUE A – La Musique / La Matière
8- THE PHANTOM BAND – Checkmate Savage
9- SUNSET RUBDOWN – Dragonslayer
10- DEPECHE MODE – Sounds Of The Universe

Explications en long et en large ici (sur la Blogothèque)

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“midlife crisis ?”

by Julien on Dec.21, 2009, under ETC.

Aujourd’hui, j’ai 35 ans. Ca ne ressemble pas tout à fait à la chanson de Florent Marchet, heureusement… C’est juste une occasion d’être un peu mythomane…

Françoiz Breut a fait un dessin pour mon fils aîné,
Chan Marshall m’a serré dans ses bras,
Will Oldham m’a envoyé un colis,
Nina Persson s’est endormie sur mon épaule,
J’ai fait pleurer (de rire) Mark Ibold,
Je me suis fait passer pour un membre d’Idlewild pour une interview,
J’ai eu un message de Ben Harper sur mon répondeur,
J’ai pris un thé avec Colin Greenwood, un café avec Dave Rowntree et une bière avec Martin Gore,
J’ai servi des bières à Zach Condon (et du jus de pomme à Erlend Oye),
J’ai bu un Haut-Brion avec Howe Gelb,
Brian Molko m’a servi du champagne,
J’ai vu Jeff Buckley en concert.

J’avoue, j’ai un peu affabulé : il y a parmi toutes ces expériences relatées, une qui est largement exagérée…

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MOLINA AND JOHNSON - Molina And Johnson

by Julien on Dec.15, 2009, under DISQUES

Les grandes heures lentes de Jason Molina, passées sous silence dans les disques récents de Magnolia Electric Co. et qui remontaient aux chefs d’œuvres de Songs : Ohia, associées au spleen de Will Johnson (Centro-Matic, South San Gabriel)… et un disque d’amis, qui se cherchent, tâtonnent, se côtoient, s’associent et se mêlent parfois. Des échos anciens, dépouillés, qui vont à l’essentiel (parce qu’il n’y avait pas le temps d’enrichir les ébauches) et au plus instinctif (parce qu’ils fonctionnent souvent ainsi). Jason Molina n’avait pas mis tant d’émotion dans son chant depuis des lustres (“The Lily And The Brakeman“, “Each Star Marks A Day“), Will Johnson force moins mais séduit autant (“Twenty Cycles To The Ground“, “Lenore’s Lullaby“) et le duo de circonstances fait un boulot d’artisans experts, éphémère (bien qu’une tournée commune soit en route), bancal souvent quand il se cherche, mais remarquable quand il se trouve (“Almost Let You In“).

Secretly Canadian/Differ-Ant

Jason Molina (Magnolia Electric Co., Songs: Ohia) singing with deep emotion and Will Johnson (Centro-Matic, South San Gabriel) for a collaborative album between personal styles and real remarkable and enjoyables duets (“Almost Let You In“)...

Web : Molina And Johnson

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SOIREE DE POCHE 14 BIS : Emily Jane White + Rod Jones

by Julien on Dec.08, 2009, under ETC.

Une histoire de circonstances, d’envies, de disponibilités et de chance aussi. Après Nora et sa Soirée de Poche 9bis en avril dernier, je me lance à mon tour dans l’organisation d’une soirée “bis”, ainsi nommée car elle reprend toutes les caractéristiques d’une Soirée de Poche ”officielle”, mais qu’elle ne bénéficiera pas de toute la logistique de captation d’une vraie, une histoire de circonstances encore…

Emily Jane White, ce sont des coups de cœurs successifs : un premier album, “Dark Undercoat“, qui me faisait écrire qu’il s’agissait du “meilleur album de Chan Marshall des années deux-mille” et un deuxième, “Victorian America“, qui renvoie désormais les références à Cat Power aux oubliettes et affirme une identité musicale bouleversante. Avant une tournée française en janvier-février 2010, ce sera l’occasion de la découvrir en trio acoustique… et de chavirer vraisemblablement.

Rod Jones, c’est le guitariste d’Idlewild, six albums, des concerts dans le monde entier, des tournées avec les plus grands (REM, U2, Pearl Jam, Coldplay…) et une rencontre début 1996 à Edimbourg à l’époque de premiers concerts chaotiques. Rod sortira en début d’année prochaine son premier album solo “A Sentimental Education” et c’est la première fois qu’il jouera ses chansons en France, un très chouette privilège…

La soirée aura lieu ce samedi 12 décembre à 20h30. Elle se déroulera à Vincennes (pas loin du métro et du RER), dans un lieu un peu particulier et en petit comité…

Pour vous inscrire et participer au tirage au sort, envoyez un mail à sdp14bis@gmail.com avant ce jeudi 10 décembre 21h en précisant si vous voulez 1 ou 2 places, en donnant votre nom et un numéro de téléphone… On tirera au sort les heureux gagnants dans la foulée et on vous dira rapidement si vous avez gagné ou pas…

Le tirage au sort a été effectué (merci Nora !), les gagnants ont été prévenus. Emily Jane White reviendra en France en janvier et février prochains…

L’entrée de la soirée est payante, sur le principe du don libre, à remettre le soir même. Ce don sera intégralement reversé aux artistes.

Merci au Pédiluve (lepediluve@gmail.com) pour la très chouette affiche…

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TOUR D’HORIZONS # 35 : La Blanche, Silvain Vanot, JP Nataf

by Julien on Dec.05, 2009, under DISQUES, TOURS D'HORIZONS

LA BLANCHE et “Imbécile Heureux” (L’Immaculée/L’Autre Distribution) : troisième album après “Michel Rocard” et “Disque d’Or” (et son “hit” underground “Alcoolique“), né “d’une bonne dépression nerveuse consécutive à une rupture sentimentale fasciste et largement imméritée” et donc propice au cynisme un peu méchant, à l’humour noir et jaloux, aux sujets improbables (les prises d’otages, les cost-killers d’entreprises, les chantages au suicide…). Un “Imbécile Heureux” qui se livre au tendre défoulement avec des textes réjouissants (sic) sur fonds de pop légère et doucement sautillante ou bien plus sombre (“Mon Ennemi“, on pense parfois à Mendelson). Des chansons marquantes ou belles (“Je Veux Te Revoir“, “Effondrement“) et quelques tiraillements entre le sourire et la moue faussement offensée, immoral mais poliment jubilatoire…

SILVAIN VANOT et “Bethesda” (Mégaphone/Cooperative Music) : sauver le soldat Vanot (un presque vétéran d’un rock soigné et érudit) ou lui trouver une fois encore peu de circonstances atténuantes et plus de raisons de s’irriter que de s’enthousiasmer ? Inexorablement, sa musique s’éloigne de nos considérations, se “Souchon-ise” dans le mauvais sens du terme, le livrant crooner folk retraité sur musique lente et policée, pour un public de sa génération. Il faut du confortable, du rassurant malgré quelques prises de risques (textuelles ou stylistiques) et du très carré dans l’interprétation… et, en retour, de l’indifférence presque violente. On fera un mea culpa provisoire, le temps de titres à protéger (“Les Cloches de l’Amour” notamment) mais on ne s’attardera pas cette fois encore…

JP NATAF et “Clair” (Tôt Ou Tard/Warner) : l’ancien chanteur des Innocents en digne descendance Adamo ou Christophe, soit les grands crooners un peu hors-jeu (ou juste décalés) et les chansons affranchies d’exigences standardisées (sans oublier cependant quelques chansons-variétés de factures nobles et plus classiques). Ici, JP Nataf fait sa propre bossa nova, s’autorise les textes flous mais bluffants (“Elle“), les longueurs impressionnantes (“Seul Alone” à la Mendelson, encore) et les très belles rengaines simples (“Après Toi“, “Les Lacets“). C’est touffu, dense, nostalgique, défaillant, aérien, complexe, lumineux… et à creuser encore et tant.

LA BLANCHE et “Imbécile Heureux” (L’Immaculée) : a record born from a “nervous breakdown following a largely undeserved and facist sentimental break” can’t be bad… and is full of naughty cynicism, dark humor and strange subjects (hostages, business cost-killers, blackmail and suicides…). Lots of tension and some very beautiful songs… /// SILVAIN VANOT and “Bethesda” (Megaphone) : like a retired folk crooner trying to survive, not really what we like to listen to… /// JP NATAF and “Clair (Tôt Ou Tard) : a great singular crooner, making its own bossa-nova and exercising his huge talent in various forms. It’s thick, dense, nostalgic, simple, complex, light and very rich…

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TUE-LOUP, ROM LITEAU, THOMAS BELHOM - Le Goût Du Bonbon

by Julien on Nov.27, 2009, under DISQUES

Il est déstabilisant d’entrer dans un nouvel album de Tue-Loup par une voix presque inconnue. Celle de Rom Liteau est rageuse contenue et s’exprime sur des envies musicales aux similaires apparences, quand celle de Xavier Plumas, chuchotante presque, était rassurante. Dès “Mon Vin De Garde“, le terrain redevient (faussement) familier et l’impression adoucie… A tort : “Le Goût Du Bonbon” sera plutôt vif, amer un peu, acidulé et poétique, et brut (“Aux Carpates“). Un supplément de véhémence dont on tiendra responsable le rock-slammeur déjà nommé, héritier de style d’Alain Bashung, et ici chanteur plus que suppléant. La batterie racée de Thomas Belhom (Tindersticks, entre autres) et le Tue-Loup habituel pour contrebalancer, redonner son lot de chansons splendides (“Courte-Pelle“, parmi les autres) et déconcerter autrement, à l’habitude. C’est le disque le plus violent de Tue-Loup, assurément, sexuel et organique, qui est autant appositions et oppositions que partage et rencontre (ou effacement). Incohérences homogènes qui font se côtoyer chanson à boire du vingt-et-unième siècle (“La Chanson Du Forban“) et variété post-folk… et déclenchent toujours des réactions passionnées, de fan toujours pas rassasié de ces exigences d’écritures. Très grand disque encore…

T-Rec/Anticraft

Clever and erudite, a Very Important Record, as always…

Web : Tue-Loup

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ANOUAR BRAHEM - The Astounding Eyes Of Rita

by Julien on Nov.20, 2009, under DISQUES

C’est d’abord une atmosphère qui ordonne presque le silence et l’écoute respectueuse : des notes en économie, une pesanteur et une simplicité remarquables… Et puis le oud qui donne l’orientation et le thème, guidant ses accompagnateurs (clarinette basse, basse, darbouka ou bendir) et nos sens : vers un bassin méditerranéen visité par un occident curieux (à moins que ce ne soit l’inverse), vers un jazz oriental et contemporain, vers une quête de la sérénité par l’immobile ou le mobile imperceptible, vers des horizons déjà entendus sur des albums précédents (“Astrakan Café” ou “Le Pas Du Chat Noir” entre autres) revisités légèrement et sans excès, vers un mysticisme sonore et des impressions de vapeurs envoûtantes. On dit la musique d’Anouar Brahem déstressante ; elle est plus encore, elle bannit toute tension au profit d’une fluidité exacerbée. Et même si le musicien tunisien surprend moins désormais, ses innovations coulant de source, sa musique fascinante (le très beau morceau éponyme “The Astounding Eyes Of Rita“) s’approche à pas feutrés d’une quasi-perfection : l’album de mille et un emportements…

ECM/Universal

An almost silent atmosphere and much respect, few notes, an oud, oriental contemporary jazz and mystical sounds… Nearly perfection.

Web : Anouar Brahem

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TOUR D’HORIZONS # 34 : Ziskakan, Nathalie Natiembé, Sam Karpenia, I Treni All’Alba, Resto Pollo Rico 3

by Julien on Nov.20, 2009, under DISQUES, TOURS D'HORIZONS

ZISKAKAN et “Madagascar“ : le groupe de Gilbert Pounia, parmi ceux emblématiques de la musique réunionnaise avec ses trente ans de carrière, pour une virée sur la “grande île” proche. Un “Madagascar” pas tout à fait maloya, pas vraiment séga mais gorgée de sons d’ailleurs et donnant plutôt dans le folk poétique métissé et le plus souvent posé dans ses rythmes… Une jolie approche, polie et sincère.

NATHALIE NATIEMBE et “Karma” (Sakifo Records/Wagram) avec Vincent Ségal et Cyril Atef : la rencontre de Bumcello et des rythmes maloya et sega de la chanteuse réunionnaise et, logiquement, un festival de libertés et de longues audaces en kréol, en divagations et détournements dub-rock softs (le très débridé “Mové Lèspri“)… et des moments plus doux, magnifiques et tout aussi intenses (“Larozwar” et le plus folk “Transpapaye“). Une collaboration éprouvée sur scène, célébrée sur disque et prometteuse à souhait pour une grande dame…

SAM KARPENIA et “Extatic Malancòni” (DFragment/L’autre distribution) : du rock plus qu’occitan par le chanteur de Dupain, la voix éraillée et le chant comme on souffre, des rencontres poétiques et universelles (Bijan Chemirani, du trio Chemirani aux percussions), des mandoles et des sons venus de toute la Méditerranée… On pense aux projets de Serge Teyssot-Gay, à d’autres hybridations improvisées, aux métissages heureux.

I TRENI ALL’ALBA et “Folk Destroyers” (Smartz Records/Audioglobe) : une musique italienne tout instrumentale, qui oscille entre le folklorique revisité savamment et ses perspectives très contemporaines, fouillées et prometteuses… et des chansons de bals, rengaines ennuyeuses, impeccables de technicité mais dénuées d’émotions. Bipolaire et un peu frustrant…

RESTO POLLO RICO 3 (Sabor Discos/Mosaic Music) : vingt-quatre groupes d’Amérique du Sud (et quelques groupes expatriés) et autant de visions des musiques “latino” déclinées en ska, reggae, rap ou pur rock… et une préférence toute orientée pour les seules représentantes féminines de la compilation (a priori), les argentines de Alika Y Nueva Alianza et leur dub envoûtant…

ZISKAKAN and “Madagascar” : Gilbert Pounia’s band from Reunion Island and his musical trip to the “big island”. Not realy maloya nor sega but poetic folk from the Indian Ocean… /// NATHALIE NATIEMBE and “Karma” (Sakifo Records) made with Vincent Ségal and Cyril Atef (from Bumcello) : maloya and much freedom sung in creol, with dub-rock temptations, sweet moments and intense folk. Great record… /// SAM KARPENIA and “Extatic Malancòni” (Dfragment) : rock sung in occitan by former Dupain leadsinger with Bijan Chemirani for percussionist… /// I TRENI ALL’ALBA and “Folk Destroyers” (Smartz Records) : an all Italian instrumental music, between traditionnal folk and contemporary visions… /// RESTO POLLO RICO 3 (Sabor Discos) is twenty-four artists from South America and as many interpretations of “latino” music : ska, reggae, rap, or pure rock (and one favorite : dub by argentine female band Alika Y Nueva Alianza)...

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BEAK - Beak

by Julien on Nov.14, 2009, under DISQUES

La rigueur d’écriture est sévère et les conditions de réalisation le sont tout autant : tout composer et enregistrer en live, en quelques jours, et ne rien rajouter d’extérieur au mixage. Les exigences du trio monté autour de Geoff Barrow (Portishead) sont à l’image du résultat : lourd, strict et peu souriant… mais indéniablement minutieux et appliqué, et emballant dans ses moments les plus légers. Réinterprétations du rock allemand des seventies, morceaux hypnotiques et transes (“I Know“), chants fuyants et malaisés (“Iron Acton“), gravité sans pesanteur (“Pill“), le disque éponyme, long, repousse autant qu’il fascine, faisant d’une fausse torpeur un atout de plaisir et de moments ardus une expérience presque agréable. Sentiments partagés et verdict mitigé, quoique impressionné…

Invada/Differ-Ant

Written and recorded live in a few days, a trio around Geoff Barrow (Portishead) and strict, hypnotic, difficult but enjoyable music reminding of german seventies rock…

Web : Beak

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AUFGANG - Aufgang

by Julien on Nov.09, 2009, under DISQUES

On ne tergiversera pas longtemps sur le vocabulaire ni le degré d’emballement et on donnera du “chef d’œuvre” à tout bout de ce disque unique dans son ambition comme dans sa réalisation : définir un style dès le premier morceau, imposer une technicité savante et experte, faire date et référence en imposant quelque chose de difficilement concevable a priori, qui se déclinera ensuite à souhait et profusion, comme une figure tutélaire pas forcément indépassable, mais presque… Aufgang, c’est l’alliance internationale de deux pianistes classiques loués en leur art (Rami Khalifé et Francesco Tristano) mais aussi experts en house, et qui ont pris pour terrain de jeu une électro, parfois quasi hardcore, et très subtilement variée : virtuosité et célérité de notes contemporaines sur des rythmiques dancefloor : Bartok rencontre Daft Punk, Messiaen fricote avec Cassius (dont le batteur Aymeric Westrich est le troisième homme de Aufgang), Coltrane s’associe à Aphex Twin et laissent béats ceux qui croyaient que plaquer quelques mesures de Mozart sur du son binaire pouvait révolutionner quoi que ce soit. Aufgang, introduction club, enchaînement Salle Pleyel, final New Morning ou ordre différent, force l’émotion respectueuse et admirative. Un disque d’une envergure encore insoupçonnable…

Infiné/Discograph

Bartok meets Daft Punk, Messiaen meets Cassius (whose drummer, Aymeric Westrich, is the third man in Aufgang), Coltrane meets Aphex Twin... Aufgang is the international alliance of two acclaimed classical music piano players (Rami Khalife and Francesco Tristano) with taste for house music and electro, and their first album is just a masterpiece, defining a style from the first track on and being listened to with respectful admiration…

Web : Aufgang

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