MENDELSON – Sciences Politiques

Il y a quelques années, pour un projet éphémère, j’avais demandé à des artistes de répondre à la (double) question suivante “Quelle est la reprise que vous n’avez jamais osé faire ? et pourquoi ?“. Pascal Bouaziz avait répondu à cette question, un peu à l’envers :

“Je pourrais tout oser a priori. […] En ce moment j’ai envie de reprendre “I Don’t Believe You” de Kool Keith, l’intégrale de Mark Kozelek et notamment cette chanson-là “Somehow the wonder of live prevails” ou bien “Rollercoaster”, ou encore l’intégralité de l’album Born In The USA de Springsteen, “Strange Mercy” la chanson de St Vincent, “Junkyard” des Birthday Party, “Djinji” d’Antonio Carlos Jobim, “My Funny Valentine” dans la version de Chet Baker… J’espère un jour que je tomberai sur le bon moment, la bonne configuration et surtout la bonne idée pour les faire toutes.”

Ce n’était donc pas, à ma connaissance, le moment de reprendre celles-ci. Elles ne s’inscrivaient vraisemblablement et visiblement pas dans ce projet iconoclaste de Mendelson : faire des reprises de chansons politisées, en les traduisant depuis l’anglais et en les recontextualisant dans les déchirements de la France contemporaine (et en harmonisant leurs titres comme autant de chapitres d’un manuel décalé d’économie politique et sociale).

Gageure sur papier, réussite totale sur disque, et multiplicité des angles et propos laudateurs : réinterpréter admirablement (le “Youth Against Facism” de Sonic Youth en “La Nausée”), faire oublier l’original (“Les Loisirs”, reprise pop presque tube du “That’s Entertainment” de The Jam), actualiser les sujets (le drame des migrants sur “Le Soulèvement”, les conflits intemporels sur “La Guerre”), remettre des titres anciens en perspective et en souligner l’intemporalité (“Le Capitalisme”, “Les Peuples”), tout en faisant du Mendelson pur jus (“La Dette” et ses treize minutes free-jazz rappelant l’immense “Les Heures” du précédent et massif album éponyme). Exercice – pas si évident – de (re)découvertes et de recherche des équivalences reprises/originales.

Sciences Politiques donc, titre parfait : l’art élevé au rang de vérité incontournable. Album essentiel et historique, en l’occurrence. Tout un débat expédié ici à l’aune de goûts et d’expressions incontestables…

Mendelson (Ici d’Ailleurs)

April 13, 2017  Comments Off on MENDELSON – Sciences Politiques

LA FELINE – Triomphe

Triomphe, assurément, évidemment. Une réserve cependant, amicale et bienveillante : l’usage d’un pluriel, dans le titre de l’album, aurait été plus approprié. On parlera donc ici de triomphes, réussites multiples et éminemment célébrables.

Triomphe de la langue et du texte sur la banalité et la production ambiantes. Triomphe des ambiances et des histoires contées en des univers singuliers. Triomphe des trouvailles et des agréments, des sons et des ruptures (les brisures de “Trophée”, le saxophone violemment incisif du “Royaume”, les gimmicks de “Séparés”...). Triomphe de l’équilibre entre une intellectualisation de la musique (ce que Agnès Gayraud fait ailleurs, avec d’autres médiums) et une accessibilité haute (on pense parfois furtivement, sans honte aucune, à Zazie avec un immense supplément d’âme). Triomphe esthétique et ambitieux, trois ans après un Adieu l’enfance déjà révélation…

Des triomphes, comme une litanie d’achievements d’une cérémonie de récompenses artistiques. Et un Triomphe, titre qu’on espère plus prémonitoire que revendicatif…

“Qui sait où tu seras dans mille ans la prochaine fois ?”

La Féline (Kwaidan)

March 16, 2017  Comments Off on LA FELINE – Triomphe

HOUSE OF WOLVES – House of Wolves

Qu’elles sont délicates et parfois floues, les frontières entre l’androgynie subtile d’une voix rare et un insupportable chant de fausset, la folk américana précieuse et la country lente et fade, la haute compagnie de Mazzy Star (les cimes) et celle – basse – de plagieurs tâcherons (les abîmes), l’épure choisie et revendiquée et le dépouillement contraint ou subi, les arrangements de cordes inspirants et l’ornement vulgaire, le songwriting touchant en peu de mots et l’absence de contenu, la frustration d’un disque court et l’embarras d’un disque trop long…

Fort heureusement, à ces exercices d’équilibrismes répandus et périlleux, Rey Villalobos (l’homme seul ou presque derrière House Of Wolves), balance toujours du bon côté. Celui de l’élégance, d’un luxe rustique, de la singularité raffinée. Celui où, après une paire de disque plutôt minimalistes, il peut se permettre d’afficher ostensiblement des envies et des ambitions… Et de les assumer : quatuor à cordes, expérimentée formation en trio et perspectives élargies (du romantisme “Firefly” au nettement plus remuant “Keep all your Lovers”). Jusqu’à flirter libement avec le “Creep” de Radiohead sur “Oh You Little One” ...

Et se faire une place, discrète et désinvolte, dans un prochain et éminent panthéon des nouveaux héraults folk...

House of Wolves (Discolexique)

House of Wolves sera en concert le 22 février à Mains D’oeuvres avec Gareth Dickson, dont le dernier album, Orwell Court, est un bijou d’expériences sensorielles, de guitares et voix éthérés, d’emportements somptueux..

February 19, 2017  Comments Off on HOUSE OF WOLVES – House of Wolves

LES LIGNES DROITES – Les Humains

Impressions initiales, et ce nom qui sied parfaitement : Les Lignes Droites, forcément. Lignes droites parallèles ou se croisant sur la pochette, urbaines et métronomes (basses et batteries toujours hypnotiques), implacables au son des guitares (le titre éponyme) ou des récitations (“Poussière”), aux rythmiques martiales et aux saccades grises.

Chansons froides de prime abord, se réchauffant progressivement comme savent le faire celles qui peuplent les grands disques de Mendelson, Programme ou de Summer (des filiations ou proximités évidentes), pour atteindre quelquefois une paradoxale douceur (“L’Amour exactement”)... ou en donner l’illusion.

Supplément d’optimisme mesuré (“Il faut faire attention à ce que l’on souhaite / Ca finit souvent par arriver” sur “Apocalypse”) ou réaliste (“Les humains aussi / Sont des moteurs fragiles / Des machines usées” sur “Les Humains II”), extraits parmi d’autres de textes aphorismes, littéraires juxtapositions. Et ces thématiques qui s’imposent : la politique (sens noble), le social, l’amour… ou comment passer de l’universel au particulier. Progressivement, comme un dyptique qui se dévoile peu à peu…

On flirte avec le basculement, la ligne brisée, les lignes de fuite, la cold wave en explosions noise, les titres abscons (“Champs de Higgs”), les tentations de chants plus traditionnels que le registre du parlé, l’exploitations des limites et le détournement des normes. Industriel à la marge, mais pas si loin des derniers Bashung au final, à leur hauteur en fait.

Un disque philosophique ? Assurément. Un très très très grand disque de rock français surtout…

Les Lignes Droites (Autoproduction)

 

 

February 16, 2017  Comments Off on LES LIGNES DROITES – Les Humains

OCTAVE NOIRE – Néon

Du Alain Chamfort dans les premières déclarations (“Cent millions d’années / Une seconde / Une éternité / Pour faire un monde” redits plusieurs fois quasi mot à mot – sur tout “Un nouveau monde”) et plus loin aussi (“L’envol”). Assimilable désormais à une chant lent presque paresseux, à une ligne de basse relevée progressivement avec successions de nappes électro et ornée d’arrangements orchestraux.

Et d’envies immédiates de grands écrans, de travellings mémorables, d’acteurs héroïques, d’actrices envoûtantes, de drames inoubliables et de voyages majestueux (l’introduction de “Belem Belem” et les madeleines de péplums, une étonnante géographie trouble). “My hand in your hand” et sa scénographie superbe pour signifier qu’on n’a pas encore tout vu / tout entendu et qu’on voyagera loin, en langages entremêlés… Qu’on verra même “La neige en été” (rien à voir avec le titre de Diabologum, si ce n’est les impressions fortes) et qu’on finira pas danser “Sur un tube disco” explicite, juxtaposé avec une sorte de comptine au Bontempi – réjouissante version ralentie de ce qui aurait pu être un hit de Husbands...

Octave Noire ou refaire du neuf avec du pas encore suranné, en isolant le meilleur, décision idéale pour coïncider avec les besoins actuels…

Octave Noire (Yotanka)

January 22, 2017  Comments Off on OCTAVE NOIRE – Néon

TOP 2016


Sans ordre de préférence, ou presque…

 

Okkervil River – Away

Bitchin Bajas And Bonnie ‘Prince’ Billy – Epic Jammers And Fortunate Little Ditties

Teenage Fanclub – Here

David Bowie – Blackstar

Sophia – As We Make Our Way (Unknown Harbours)

Michel Cloup – Ici Et Là-Bas

Baptiste W. Hamon – L’Insouciance

Emily Jane White – They Moved In Shadow All Together

Dear Eyes – Super Times Wow

Elysian Fields – Ghost Of No

January 1, 2017  Comments Off on TOP 2016

BON IVER – 22, A Million

visuel-bon-iver-22-a-million...ou comment Bon Iver brouille l’écoute et les pistes. Et le chroniqueur.

Jurisprudence Kid A en tête, certains loueront l’audace, l’aplomb, la vision avant-gardiste, l’usage du vocoder ou d’une nouvelle technologie. Le songwriter qui passe en quelques années de la cabane perdue au fond des bois (et de son esthétisme, forcément folk, dépouillé, sincère) à l’hypersophistication d’instruments électroniques derniers cris. Et emporte la critique dans son univers, évidemment précieux et louable…

Au final, un excellent EP imaginaire (les première, quatrième, cinquième, huitième, dixième morceaux) agrémenté d’expériences dispensables et de morceaux gâchés (tous les autres).

Avertissement liminaire : plutôt que par leurs imbitables titres (enchaînements de chiffres, majuscules, minuscules, caractères à la typographie inversée et symboles Lovesymbol complexifiés encore), on se permettra de nommer les morceaux de 22, A Million par leurs numéros…

D’autres (on se compte parmi ceux-là) regretteront que la voix, touchante, de Justin Vernon, soit à ce point dénaturée, son songwriting autant maltraité, et qu’une expérience amusante entre soi, dans l’ivresse ou l’euphorie, destinée à rester une récréation en devienne un album véritable.

La prochaine étape : Kanye Bon West Iver ?

Bon Iver (Jagjaguwar)

December 9, 2016  Comments Off on BON IVER – 22, A Million

LAISH – Pendulum Swing

visuel-laish-pendulum-swingDes similitudes (de voix, de styles et d’humilité) avec le Mojave 3 de Neil Halstead (“The Last Time”, sommet d’enchantement et de volupté, flirtant même avec les altitudes – pourtant déjà hautes – de Prefab Sprout).

Des raisons, donc, de louer sans réserves. De s’enthousiasmer raisonnablement pour ces chansons, dès le “Vague” initial, qui berce, pop, de longues minutes qu’on voudrait plus longues encore. Et tout autant pour la suite, qu’elle soit plus animée ou lumineuse (“Learning To Love The Bomb”, “My Little Prince”), plus folk (le titre éponyme), plus ambitieuse (“Rattling Around”) ou plus posée et d’une indéniable touche britannique (“Song For Everything” dans la lignée des morceaux les plus paisibles de Steven/Singing Adams).

Humour et flegmes locaux, traditions renouvelées, époques après époques, qu’importe les auteurs. Avec ici ce supplément d’élégance : on pense ainsi à Flotation Toy Warning, au pourtant francophone Thousand, à tout un pan cosmopolite de l’esthétisme estampillé Talitres, de l’artisanat éminemment noble et d’un goût avéré, jamais pris en défaut jusqu’à présent… Et certainement pas en ce disque irréprochable de justesse.

Laish (Talitres)

 

December 8, 2016  Comments Off on LAISH – Pendulum Swing

MOTORAMA – Dialogues

visuel-motorama-dialoguesA la manière de leurs chansons (brûlots cold wave aux motifs répétitifs et infimes variations synthétiques), les albums de Motorama se ressemblent tous mais se distinguent à chaque fois. Par des détails presque imperceptibles, des décalages subtils, des séduisantes voies nouvelles prises avec parcimonie et précaution…

Difficile donc de qualifier précisément les différences avec le précédent Poverty, travail de critique orfèvre au pointillisme vain. On pourra, en revanche, déceler des suppléments de douceur, de précision et de spectre par rapport au premier Alps (six ans déjà, six ans seulement).
Le jugement s’affinera ainsi avec les ans, la pertinence du groupe, sa nécessité artistique et son ancrage dans l’urgence ne semblant jamais devoir être remis en cause. Grande force et évidence : “Tell Me”, “Sign”, “Someone is missed”, autant de chansons (chansons qui se détachent, sans qu’on sache vraiment dire pourquoi), sont toutes aussi contemporaines qu’elles auraient pu l’être il y a trente ans et qu’elles le seront dans quelques années encore sans aucun doute.

Un paradoxe, russe. Et rare raison d’enthousiasme pour ce côté-ci du globe…

Motorama (Talitres)

October 22, 2016  Comments Off on MOTORAMA – Dialogues

BAPTISTE TROTIGNON & MININO GARAY – Chimichurri

visuel-baptiste-trotignon-minino-garayLe drame – ou la comédie (selon les points de vue) – du jazz est de céder trop souvent à la facilité et à l’excès de celle-ci. De démonstrations techniques en solos virtuoses et structures rendues complexes, l’auditeur néophyte est perdu, se lasse et laisse le soin aux “experts” de disséquer et débattre plus que d’apprécier.
Chez Baptiste Trotignon, point d’élitisme, on se met à la portée, on favorise la compréhension, l’assimilation, on va tirer le bon grain ailleurs (Miossec, Jeanne Added précédemment en choristes… Paul McCartney ou Leonard Berstein en auteurs repris ici), on revisite respectueusement et avec un brin d’humour…
visuel-baptiste-trotignon-live

Sur scène récemment, Baptiste Trotignon présentait Chimichurri, son dernier album, avec son complice multi-percussioniste argentin Minino Garay, et illustrait parfaitement cette vision humaniste qu’on recherche dans le jazz : descriptions des morceaux, explications de “textes”, panorama d’œuvres du monde jouées en de jolies “défidélités” (puisque “infidélités” ne conviendrait pas). Les thèmes sont modelés, mais reconnaissables, évidents soudainement ; leurs traitements subtils, inventifs, vifs et violents parfois. Et frustrants d’aisance et d’ “improvisationnabilité” : une main gauche qui joue les basses, focalisée sur l’extrême gauche, une droite aux doigts qui semblent mesurer cinquante centimètres pour couvrir autant de distance en si peu de mouvements, et qui règne sur le reste (la quasi totalité) du clavier. Ce qui s’entend autant que se voit, miracle d’un disque haut en couleurs.

Les morceaux revus de West Side Story au cœur du live et de l’album, métissages latino-américains en plusieurs évocations et répétitions, terrain de jeu idéal pour confronter les instruments, les faire se répondre et se mêler. “America”, “Tonight” ou “Maria”, à la fois minimalistes et grandis par tant de perspectives… Du tango aussi (Carlos Gardel mais pas seulement), caution “obligatoire” pour satisfaire Minino Garay et des compositions personnelles pour enrichir encore la gamme des possibles.
Sur scène, Baptiste Trotignon finit en douceur avec une “Chanson d’Hélène”, très courte, très douce… Ici on se quitte sur un bouillant “Chorinho pra ele” du méconnu compositeur brésilien Hermeto Pascoal.
Deux extrémités passionnantes…

Baptiste Trotignon & Minino Garay (Anteprima/Sony)

October 8, 2016  Comments Off on BAPTISTE TROTIGNON & MININO GARAY – Chimichurri

BERTRAND BETSCH – La Vie Apprivoisée

Visuel BERTRAND BETSCH - La Vie ApprivoiséeJ’ai d’abord été très injuste avec cet album, lui trouvant des accents trop évidemment “souchonesques” (“Aimez-nous les uns les autres”), des inclinaisons à la Florent Marchet trop visibles (“Merci”) voire des caricatures de Bourvil un peu déplacées (sur le louable “Il arrivera” aux rimes trop faciles pourtant)... Comme si le cynisme porté en étendard depuis le premier album, La soupe à la grimace, un peu mis de côté au fur et à mesure, avait fait place désormais à un excès de bons sentiments, poussé à l’extrême (“La beauté du monde”, introduction déstabilisante).

Et quand je voulais être rassuré par des textes plus incisifs, c’est la musique qui devenait pompière (“Où tu vas”). Stade ultime du cynisme ou basculement ? Le doute immiscé initialement fait place bien vite à une réassurance salutaire. Du Betsch classique dès le titre (“Du vent dans les mollets”), du Betsch retrouvé avec “Les hommes douleurs” et puis l’épatant “Qui je fus”, du Betsch sublimé avec le morceau final éponyme et ses touchants arrangements de cordes…

Disque contradictoire qu’il convient d’écouter encore et encore, pour y déceler le deuxième degré, le troisième, le quatrième peut-être. Ou une sincérité mise à nue, un entre-deux oscillant peut-être ?Vingt ans de fréquentation assidue des disques de Bertrand Betsch et toujours aucune certitude, vingt ans de plaisirs à l’écouter et toujours des mystères. Une promesse dans les deux derniers mots du disque, “Je reviendrai“. Promesse qui engage autant l’auteur que ses auditeurs avertis…

Bertrand Betsch (Les imprudences, l’autre label)

September 30, 2016  Comments Off on BERTRAND BETSCH – La Vie Apprivoisée

FACTEURS CHEVAUX – La Maison sous les Eaux

Visuel FACTEURS CHEVAUX - La Maison sous les EauxFacteurs Chevaux, pluriel du facteur cheval et de bien d’autres singuliers encore. Y voir de l’art évidemment, de l’art naïf peut-être, mais moins qu’on pourrait le croire… Comme l’illustre randonneur des postes du siècle dernier, une promenade musicale, campagnarde mais pas rustique, propice à la rêverie, aux songes de grands bâtisseurs et aux audaces poétiques.

Et même si on t’oublie / Ton ombre danse sur le chemin / Des dames de pluie“ : la vision d’une terre mouillée, d’une maison engloutie, d’arbres majestueux, d’un bestiaire des forêts, de discrètes évocations magiques ou mythologiques, de considérations écologiquement évidentes (au sens d’impossibles à contredire)... Et d’une musique à la beauté fulgurante, les vocalises de “If le grand If” incontestablement parmi les plus splendides minutes écoutées cette année, le reste à l’avenant : “Je n’ai plus peur de toi”, “Les Dames de Pluie” ou le titre éponyme grandissant l’auditeur en frissons, émotions et découvertes…

Partons au Mexique / Sans poèmes / Nous n’y arriverons pas“, non c’est sûr mais personne n’y avait pensé avant et ne l’avait écrit si joliment. Deux guitares et l’essentiel : des voix et des textes pour porter celles-là aux sommets, l’inverse étant également tout aussi pertinent.
Et puis, Facteurs Chevaux, pluriel presque singulier : c’est l’escapade en duo de Fabien Guidollet (Vérone) et Sammy Decoster, remarquables déjà en leurs carrières séparément.
On aurait pu commencer par cette précision “technique”, en un monde idéal, elle suffirait à faire déplacer des foules vers les disquaires…

Facteurs Chevaux (La Grange aux Belles)

September 28, 2016  Comments Off on FACTEURS CHEVAUX – La Maison sous les Eaux

DEAR EYES – Super Times Wow

Visuel DEAR EYES - Super Times WowLes premiers concerts avaient attiré les amis, presque exclusivement. Beaucoup étaient revenus pour les concerts suivants et certains même lorsqu’ils se produisaient assez loin…C’était un bon signe : en général les amis font plaisir en venant aux premiers concerts mais trouvent des excuses ensuite pour ne pas réitérer l’épreuve. S’ils persistent et suivent le groupe dans ses premiers déplacements, c’est que celui-ci le mérite et que les amis considèrent qu’une heure de bon rock vaut mieux qu’un bon ciné ou que tout autre forme d’art. Ce avec quoi tout le monde devrait logiquement être d’accord.

J’avais écrit ces lignes il y a plus de dix ans. Un exercice d’écriture documentaire à propos d’un projet finalement éphémère de Frank Woodbridge. Elles sont, plaisamment, encore d’actualité...

Le style a évolué, du rock d’antan on ne conserve plus que quelques élans (“Murakami Dreams”) ; une pop plus douce et des sonorités électro plus marquées ont pris le relais, une histoire de maturité peut-être… Le projet s’est fait plus personnel encore, resserré autour de la famille, de proches et mûri en confiance. Plus intime évidemment et, incidemment, plus universel. “Love”, trois fois en onze titres, “Summer” ou “Sunny” pour planter le décor. Lumières roses d’aube ou de crépuscules, plage et chaleur qui trouble l’horizon : à l’image de sa jolie pochette nostalgique, Super Times Wow sera donc un disque d’été, d’amours estivales.

Un disque adéquat pour cette saison-là mais également, et surtout, parfait pour les suivantes : “Sunny little Song” pour chasser toute grisaille ; “We love the Songs” pour reprendre espoir, affalé dans le canapé, en de jours plus plaisants ; “Go Train Fast Love” pour se relever et, au ralenti puis de plus en plus rapidement, revisiter les chorégraphies brûlantes ; “Strange Light” pour pousser jusqu’au matin ; “Summer Girls” pour rêver à nouveau d’étés adolescents et des histoires qui les accompagnent vingt-cinq ans plus tard…

Pop solo gorgée d’électronique, pour éviter les adjectifs en forme de poncifs, guitare électrique toujours à portée de main et chant en vibrations et échos, joliment approprié aux ambiances, Dear Eyes s’imagine comme une musique de chambre calibrée pour les grands volumes. Savoir-faire éprouvé depuis longtemps, désormais épanoui et assumé...

 

Dear Eyes (Superfrais/La Baleine)

September 9, 2016  Comments Off on DEAR EYES – Super Times Wow

PASCAL BOUAZIZ – Haïkus

Audio-Wallet_standard_BOUZIZ-HAIKUS.indd“Que du bruit”
Paradoxe initial
Disque sans Bruit Noir

Disque de rupture
Le souvenir du premier Mendelson
Singulier rapprochement

Miniatures qui en disent tant
Des petites rivières
Forment des chansons fleuves

“Cessez d’écrire”
Incantation triste
Dommage…

Variété française
Gros mot avant ?
Style noble désormais

Les choses les plus belles qu’on dit, on les dit en chuchotant
Non…
En haïkus qu’on devrait crier sur les toits

Evènements du quotidien
Résumés en quelques lignes
Disque-concept

Evènements rares
Prose précieuse
Une évidence

Ecrivain en musique
Chanteur à texte
Une évidence encore

Pascal Bouaziz et Haïkus
Très grand disque
Une évidence toujours

 

Pascal Bouaziz (Ici d’Ailleurs)

June 6, 2016  Comments Off on PASCAL BOUAZIZ – Haïkus

EMILY JANE WHITE – They Moved In Shadow All Together

Visuel EMILY JANE WHITE - They moved in shadowOn n’avait jamais vraiment perdu Emily Jane White. On l’avait suivie, album après album, concert après concert, dans ses différentes incarnations. Jamais une tournée qui ne ressemble à la précédente en terme de line-up, d’orchestrations ou d’intentions… Jamais, ou presque, un disque qui ne répète le précédent, ne se repose sur ses lauriers ou ne tienne son envergure pour acquise. Des pièces d’un grand puzzle musical s’assemblant patiemment, une œuvre et ses multiples ramifications, une logique propre, sensée, pensée, mûrement réfléchie. Et autant de raisons d’apprécier sa musique…

On ne l’avait jamais vraiment perdue, mais on a néanmoins le singulier sentiment de la retrouver. De redécouvrir ce qui n’avait pourtant pas disparu : ces impressions d’un folk aux accents mélancoliques (et rimant, ici, avec gothiques et romantiques), ces textes évanescents et troubles, et ce chant qu’on pourrait audacieusement qualifier d’indie-lyrique…

“You are so sweet, you cheat, so sweet”

Visuel EMILY JANE WHITE 2Blood/Lines est encore récent, le single “Frozen Garden” en est une parfaite réminiscence, un rappel et une transition idéals. Dès “Pallid Eyes” et ses arpèges de guitare inattendus, c’est soudainement une révélation a posteriori évidente : comme si Dark Undercoat était réinterprété avec l’expérience accumulée depuis le premier enregistrement, avec la science des arrangements éprouvée et déployée sur Victorian America et Ode to Sentience, et l’aide précieuse de Shawn Alpay (violoncelle, basse) et Nick Ott (percussions). Avec une nouvelle façon d’aborder le chant aussi, de lui laisser prendre le temps de s’étendre, de déclamer chaque mot avec le respect qui lui est dû. Enrober un propos, aussi grave que précédemment, mais avec une mise en avant plus poignante encore.

“Hold your skin, we’re the colors that we’ve always been”

Des autres “Someday I’ll forgive”, “Your insight, beautiful”, “You caught my bad dreams”, innocentes phrases, isolées, répétées et qui prennent de lourdes et éloquentes significations dans ce disque aux morceaux de luttes. Réactions poétiques (et en cela universelles) aux traumatismes et injustices décrits (“The Black Dove” notamment) et thématiques centrales d’un album qui mêle l’intime et les desseins plus larges.

Emotions renouvelées – mais on n’en doutait guère – jusqu’aux deux derniers morceaux “Womankind” (sur les femmes battues et plus encore) et “Behind The Glass” qui résument et synthétisent tout en quelques essentielles minutes : une sorte d’aboutissement temporaire et l’assurance d’écoutes séduites. They moved in shadow together, tellement de belles nuances d’ombres.

Emily Jane White (Talitres)

En concert :
18/05: PARIS / Le Klub
19/05: ANGERS / Le Bolero
21/05: BRUXELLES / Le Botanique, Les Nuits Botanique
22/05: LILLE / La Péniche
24/05: CAEN / Portobello Rock Club

May 2, 2016  Comments Off on EMILY JANE WHITE – They Moved In Shadow All Together

ELYSIAN FIELDS – Ghosts of No

POCHETTE.inddVingt ans de carrière, dix albums pour le duo new-yorkais de Jennifer Charles et Oren Bloedow et, en guise de célébration discrète, un album qu’on affublera singulièrement et presque exclusivement de l’adverbe “au-dessus” :
Au-dessus des modes et des obligations implicites d’évoluer et de surprendre; ici on fait ce qu’on faisait déjà au siècle dernier, on le fait mieux et on le sublime encore parfois (“Rosy Path”).
Au-dessus des précédents For House Cats and Sea Fans et Last Night On Earth, avec un songwriting élégamment revigoré et des arrangements plus présents et paradoxalement moins envahissants (et parfois étonnants, comme sur le “Mess of Mistakes” aux penchants électro).
Au-dessus de toute la concurrence féminine ou presque ; ne susurre et murmure pas qui veut, avec autant de charme et de trouble, sans une once d’exagération (même et surtout dans le chant magnifiquement éméché de “Cost of your Soul”)
Au-dessus des autres tentatives éparses et vaines de renouer avec le fantasme de la musique de cabaret (on imagine aisément Oren Bloedow en bourru pianiste de bar accompagnant sa Jennifer Charles métamorphosée en Marlène Dietrich – flagrant “Misunderstood”).

Au-dessus de tellement de choses et à la hauteur de Queen of the Meadow, c’est dire…

Elysian Fields (Vicious Circle)

April 24, 2016  Comments Off on ELYSIAN FIELDS – Ghosts of No

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