THOUSAND – Thousand

Visuel THOUSAND - ThousandCountry version cowboy électrique l’espace d’une trentaine de secondes et imperceptiblement un basculement vers un folk modernisé à renfort de sonorités électro joyeuses (“The Flying Pyramid”).

On évoque au sujet du groupe de Stéphane Milochevitch l’esprit de Bill Callahan (ou son avatar souriant) et celui des meilleurs groupes souls, on pourrait tout aussi bien mentionner Alabama 3 la drogue en moins (ou du bon LSD à la place de la mauvaise héroïne), Frànçois and The Atlas Mountains, Club 8 ou The Wave Pictures, soit une belle internationale de la pop décomplexée, aventureuse et voyageuse. Brèves incursions (“Eden”, “Song Of Abdication”) dans des sphères dignes des plus grands producteurs daftpunkiens (avec moyens plus chiches pourtant) ou songwriting nettement plus dépouillé (“The Break Of Day”, “The Sea The Mountain The Ghost”), l’éventail des possibles et la facilité d’exécution sont impressionnantes.

Et la façon quasi inédite de mixer tout cela, particulièrement remarquable : album inépuisable.

Thousand (Talitres)

April 14, 2015  Comments Off

TINGVALL TRIO – Beat

Visuel TINGVALL TRIO - BeatUn disque sur vingt, un sur cinquante peut-être... Ecarter d’abord ceux trop sophistiqués qui n’intéressent que leurs auteurs ou presque, ceux ensuite qui nécessitent une oreille historienne et experte, et finalement ceux – même de grands noms – qui laissent coi. Et, à la belle occasion, tomber sur la pépite jazz qui justifie des heures d’autres écoutes insignifiantes mais obstinées car on a déjà connu des émotions rares en ces musiques singulières (Cyminology, Alex Stuart, Colin Vallon...) et l’on voudrait en connaître de nouvelles.

“Den Gamla Eken” en introduction, des semblants de musique de chambre qui s’évanouissent en façons pop avant de redevenir des mélancolies plus habituelles en ce type de trio (piano basse percussions), mille et une variations en quelques minutes et déjà le même sourire béat que celui des protagonistes sur la photo à l’intérieur du livret… Ne pas connaître les antécédents et les louanges passées (quatre album avant celui-ci, récompensés ailleurs et salués partout) mais ne rien regretter de cette virginité critique. Et apprécier, librement, les envolées rock, jubilatoires (“Spöksteg”, “I Skuggorna”...) et les séquences plus posées, tendues, “classiques” ou lorgnant vers Cuba ou le Moyen-Orient, avec talent respectueux. Et infinie gratitude pour ces moments…

Tingvall Trio (Skip Sounds)

March 30, 2015  Comments Off

KIASMOS – Kiasmos

Visuel KIASMOS - KiasmosOu la possibilité d’une épure, d’un geste électro qui flirte avec le minimalisme : un beat, répétitif, obsédant, variant très légèrement à chaque occurrence … et son compagnon ambient, en vagues et ondulations.

Cordes, piano et percussions live pour accompagner les sons de l’illustre Ólafur Arnalds et de son acolyte d’occasion Janus Rasmussen, d’obédience plus pop. Montées progressives, comme convenues ailleurs, mais avec un sens cinématographique plus aiguisé : on vise plus loin que le club ; cette musique – en utilisant les mêmes ressorts – a le don d’évoquer des paysages aérés plutôt que des caves enfumées…

La transe en altitude, quelque chose de rare et précieux.

Kiasmos (Erased Tapes)

March 20, 2015  Comments Off

HUSBANDS – Husbands

Visuel HUSBANDSHusbands, ou les infidélités salutaires d’un trio marseillais (Mathieu Hocine, Mathieu Poulain et Simon Henner) à leurs groupes respectifs (Kid Franscescoli, Oh ! Tiger Mountain et Nasser).

Dream team locale en récréation ludique à base de pop songs gorgées d’électroniques et de refrains entêtants. Et comme un coup de soleil sur un style habituellement apanage de cieux plus gris : “Who knows ?” ou “You, Me, Cellphones”comme des rayons et des raisons de remuer en rythme et avec le sourire aux lèvres. Flirtant avec le suranné disco ou avec les sonorités plus froides (“Let me down (don’t)” période Bowie new wave), conscient de la presque supercherie magnifique en tous titres, c’est sur les plus obscurs d’entre eux (“Skip to the left”, “Overseas”, “Run along, son”...) que se révèle un style, unique en l’occurrence et, à bien des égards, particulièrement jouissif pour ceux qui d’habitude, se gaussent des tentatives du genre.

Jusqu’au pétillant “Michel”, Husbands ou une sorte d’over-pop particulièrement réjouissante…

Husbands (Sounds Like Yeah)

March 13, 2015  Comments Off

MOTORAMA – Poverty

Visuel MOTORAMA - PovertyTroisième album donc (mais deux superbes singles depuis le précédent). Qui aurait pu être le premier ou le deuxième (ou un des prochains), la chronologie discographique n’ayant ici pas d’importance.

Et les débats, par essence stériles, qui évoqueront l’absence de surprise, la redite même, ou l’anachronisme (faire de la new wave en 2015, idée tellement saugrenue), n’auront finalement aucune conséquence sur le plaisir que l’on peut prendre à l’écoute de morceaux comme “Red Drop”, “Lottery” ou “Old” (“I love the taste of cigarettes / I love the taste of alcohol”), cette excitation des hanches aux sons des basses et la jouissance épileptique de celui qui chante maladroitement (et de ceux qui l’écoutent souvent fascinés). Déceler des traces de radicalisation soft (“Similar Way”), un peu plus de romantisme et quelques lumières supplémentaires dans la noirceur (ambiance et pochette) ne seraient pas arguments suffisants aux détracteurs pour réviser les jugements péremptoires.

Motorama, pour caricaturer, répète les mêmes accords et les mêmes mélodies depuis la création du groupe. Certes, mais ce sont les meilleurs accords et les meilleures mélodies et il serait vain de changer la “recette” originelle. Hype un temps, mais jusqu’à preuve du contraire, hype toujours et jouissif encore.

Motorama (Talitres)

February 4, 2015  Comments Off

DOMINIC WAXING LYRICAL – Woodland Casual

Décembre 1995

Edimbourg, La Belle Angèle, une salle sombre dans Cowgate (elle a brûlé voici douze ans, a ressuscité il y a quelques mois). En première partie de Babybird ce soir-là, Dominic Waxing Lyrical, un groupe dont je ne sais rien.
Avant le concert, sur scène, de dos, agenouillée, une fine créature moulée dans une robe courte aux motifs léopard et en bas résille accorde sa guitare. Belle mais un peu vulgaire dans l’accoutrement caricatural, et puis quand elle se relève : “Elle a des jambes magnifiques” me fait remarquer l’amie qui m’accompagne. J’acquiesce…
DWL portraitQuelques instants plus tard, un violoncelliste à crête fait son entrée. En robe longue… ! Et la fine créature moulée dans une robe courte aux motifs léopard et en bas résille se retourne et montre un visage bien plus masculin qu’imaginé de prime abord… Choc visuel. Puis choc musical : une demi-heure plus tard, j’ai entendu une dizaine de chansons étranges (improbables amalgames entre du cabaret, du folk ancien et du théâtre contemporain), j’ai assisté à un bref numéro d’exhibitionnisme et à un rappel en acoustique dans les toilettes de la salle (une “tradition” du groupe). J’ai surtout acquis la certitude que Dominic Waxing Lyrical va devenir une obsession durable.

J’ai vu le groupe cinq ou six fois les mois suivants, en duo ou en formation plus large, avec batteur, violoniste et à l’occasion une danseuse. Toujours travestis…

DWL SingleJe suis retourné sur Glasgow et Edimbourg plusieurs fois jusqu’à la fin des années quatre-vingt-dix, j’ai complété ma maigre (mais presque complète) collection de leurs œuvres. Au total : une cassette (hélas illisible désormais), un 45 tours, un CD 4 titres et le 33 tours de leur premier album. Je ne les ai jamais revu sur scène depuis…
J’ai suivi de loin mais avec une fidélité nostalgique la suite des aventures musicales de Dominic Harris, le leader du groupe. Un long moment d’absence, sporadiquement quelques concerts en solo, du spoken-word et de la stand-up comedy ou tout comme. Et puis, ces dernières années, une sorte d’accélération des choses jusqu’à cet album inespéré. Qui reprend les acquis et bouleverse les certitudes.

Décembre 2014, Woodland Casual

Feu, la réputation d’unique groupe contemporain connu de “punk médiéval” ? Qualificatif grandiose, il faut l’avouer.

DWL liveDe médiéval, il ne faut plus retenir (mais c’est énorme, déjà) que l’art du conteur troubadour, de ces histoires passionnantes contées avec verve, brio, humour et sens du drame, du détournement et des retournements de situation. En troquant des formules plus légères (le duo, acoustique ou pas) pour un véritable groupe, le style s’est modernisé et le folk a pris ses distances. Dominic Waxing Lyrical a pris de l’âge, de la maturité et ses emportements stylistiques se sont estompés quelque peu (jugement tout relatif pour les néophytes en cet artiste).

Du punk, esthétiquement, encore un peu de l’esprit des années soixante-dix (Madness notamment), des réminiscences reggae par parcimonie (“Swansong”, “End of the World”), un chouïa de provocation (citer des philosophes, expliquer des mots en allemand), le Bontempi décalé et anachronique en ouverture du single “Thursday” (pas le plus représentatif du reste, il faut mettre en garde) et d’autres fulgurances disséminées.

De travestissement, plus une trace, hélas (?), si ce n’est quelque écharpe truc-en-plume entraperçue sur quelques vidéos…

Du charme d’antan c’est toujours cette voix singulière, passant aisément de la récitation au chant classique, cet accent qui se trahit sur certains mots et cette chaleur dans le ton, bienveillance émergeant de tous les apparats, ce qui m’avait troublé il y a bien longtemps.

Dominic-Waxing-Lyrical-Woodland-Casual-front-cover-largeDominic Waxing Lyrical, c’est plus de quinze ans après un premier album artisanal, une renaissance miraculeuse et sophistiquée. C’est l’occasion donnée à de (très) vieux morceaux (“Colonial”, “Wednesday” qui ont connu le siècle dernier) de bénéficier d’un traitement moderne et plus digne de leurs potentiels, et à de nouveaux (ou supposés tels, âgés de quelques années parfois, qu’importe) de s’imposer durablement. En juxtaposant les maladresses inhérentes aux risques stylistiques et les positions plus tranchées. Ainsi, en trio final : un “Fly” pop-rock étonnamment classique (et très efficace), un bel “Albert Terrace” fédérateur et un “Ambition” plus intimiste, faisant la boucle avec les émotions passées (et, curieusement, écho des morceaux les plus dépouillés de nos Lo’Jo angevins).

 

 

Woodland Casual a ainsi l’élégance, la classe et le geste iconoclaste des artistes britanniques les plus sensibles et doués. Et incompris : “The loneliness of the long distance thinker“, belle formule pour résumer les quinze prochaines années de fascination solitaire…

Dominic Waxing Lyrical (Tenement Records)

 

January 4, 2015  Comments Off

Top 2014

1/ DOUGLAS DARE – Whelm

2/ MICHEL CLOUP DUO – Minuit dans tes bras

3/ THOMAS BELHOM – Maritima

4/ BASTARD MOUNTAIN – Farewell, Bastard Mountain

5/ BONNIE ‘PRINCE’ BILLY - Singer’s Grave a Sea of Tongues

6/ THE TWILIGHT SAD – Nobody Wants To Be Here And Nobody Wants To Leave

7/ THE NOTWIST – Close to the Glass

8/ MICAH P. HINSON AND THE NOTHING – Micah P. Hinson and The Nothing

9/ WILL STRATTON – Gray Lodge Wisdom

10/ J.MASCIS – Tied to a Star

December 16, 2014  Comments Off

MICAH P. HINSON – And the Gospel of Progress

Visuel MICAH P. HINSON - And the Gospel of ProgressRéédition et/ou redécouverte. Réjouissances à nouveau, relativisées : on ne sautera pas de joie à l’écoute de ces musiques américaines brisées mais qui se relèvent à chaque fois. On les saluera bien bas, dansant d’un pied (“Don’t You (Part 1 & 2)”) ou des deux (“As You Can See”), restant stoïque courbé et respectueux (“I Still Remember”, “The Nothing”) ou plus volontiers dissipé (“Patience”, un merveilleux slow ivre).

On se dira que la country, quand elle n’est pas folklorique, est un terroir riche de possibilités, mais peu défriché encore, sauf par des franc-tireurs d’une trempe si remarquable...

Et puis on réécoutera “The Day Texas sank to the Bottom of the Sea” et on relativisera tout ce qu’on a pu écrire avant et plutôt que de tout repenser, on repassera ces huit minutes en boucles avec les autres…

Micah P. Hinson (Talitres)

December 7, 2014  Comments Off

THOMAS BELHOM – Maritima

Visuel THOMAS BELHOM - MaritimaMaritime, ou pas. Il y a bien ce flux, cette impression liquide, cette sensation que tout coule, que tout n’est que fluide. Mais il y a une “Panthère dans les Algues”, quelque chose d’incongru. Et puis “Hungary” (superbe) ou “South of Tucson” : s’il y a de l’eau, c’est un fleuve ou une sensation d’absence…

Une évocation avant tout, faite d’une multitude de sons, de débordements de cordes et de percussions, d’un chant troublant parce qu’il ne prend jamais l’ascendant sur le reste, de rythmes qui ne ressemblent à aucuns autres, d’expérimentations – des miniatures – qui se justifient et de chansons qui s’imposent petit à petit : on retrouve sur tous ces morceaux “phares” (le “Hungary” déjà loué, “Color”, “Carnaval Mou”) une certaine cohérence, une habitude de composition rassurante et le ton unique d’une musique baroudeuse, collectionneuse d’ailleurs, revenue enrichie à ses sources.

Jusqu’au “Souvenir Hanté” en duo avec Xavier Plumas, excellence des singularités et morceau paré de toutes vertus dont celle de l’écriture (“Surgissent des fragments, des ellipses“..., “Je me souviens d’une amnésie“...).

Disque d’une inouïe poésie…

Thomas Belhom (Ici d’Ailleurs)

December 1, 2014  Comments Off

BALMORHEA – Balmorhea

frontcoverAutant esquisse qu’ébauche de ce que deviendra Balmorhea quelques années plus tard quand le duo originel (Rob Lowe et Michael Muller) s’étoffera en un sextet épanoui, ce premier album éponyme enregistré à deux, réédité (et remasterisé pour l’occasion), est une bien belle façon de rendre à nouveau disponibles des morceaux qui ne l’étaient plus sur disque et qui n’étaient que trop rarement entendus sur scène.

Une manière également de documenter la genèse, d’appréhender l’essence du groupe, d’en saisir l’essentiel et de reconnaître ici (“Baleen Morning”) et là (“Dream of Thaw”) des trames de ce qui allait devenir quelques années plus tard les compositions riches et aventureuses de Rivers Arms ou de All is Wild, All is Silent. Piano et guitares, bruits ambiants et machine à écrire comme instrument à part entière, capables d’œuvres complexes comme de miniatures d’une touchante simplicité, du post-rock du dix-neuvième siècle déjà (“And I can hear the soft Rustling of my Blood”), en version de poche.

Parallèlement, Balmorhea vient d’enregistrer en formation complète un double single remarquable “Heir” (I et II), tout en grâce et légèreté, clin d’œil et compagnon parfait de ce Balmorhea éponyme. Une boucle idéale pour un groupe de plus en plus fascinant…

Balmorhea (Western Vinyl)

NB : Balmorhea sera au Point Ephémère, à Paris, le 13 novembre pour rejouer cet album en formation réduite (Rob Lowe et Michael Muller).

November 10, 2014  Comments Off

THE TWILIGHT SAD – Nobody Wants To Be Here And Nobody Wants To Leave

The_Twilight_Sad_-_Nobody_Wants_To_Be_Here_And_Nobody_Wants_To_LeaveLe titre du troisième morceau du quatrième album du groupe écossais comme une évidence presque triste, “I Could Give You All That You Don’t Want”, et le constat qu’il faut parfois “déradicaliser” et simplifier sa musique en essayant d’en garder l’essence, pour prétendre à des égards mérités...

D’entrée, trois singles potentiels et avérés, tendus sans être explosifs sur disque (en live, ce sera évidemment autre chose), représentatifs et presque trop évidents (on imagine déjà les versions acoustiques tout comme les extensions symphoniques) : ou comment prouver en moins de dix minutes que The Twilight Sad est un des meilleurs groupes écossais de cette dernière décennie (et par extension un des meilleurs groupes qui soit). Le reste ne sera qu’une heureuse redite en morceaux plus new wave que jamais (“It was never the same”), plus pop qu’à l’habitude (“Drown so I can watch”), plus drone encore aussi (le titre éponyme). Un autre titre, en forme de clin d’oeil, “Pills I swallow”, et la boucle accomplie, étrangement apaisée sur les derniers titres, en écho rusé à une entame tape-à-l’oreille…

Nobody wants to be here and nobody wants to leave : le cul entre deux chaises, position peu confortable, mais chez eux l’équilibre fragile est, depuis leurs débuts, synonyme de merveilles. En voilà une supplémentaire.

The Twilight Sad (Fat Cat)

November 2, 2014  Comments Off

MAYA KAMATY – Santié Papang

Visuel MAYA KAMATY - Santié PapangEntre autres “découvertes” d’artistes réunionnais ces derniers mois (Fabrice Legros, Saodaj’, Zanmari Baré...), une très belle voix féminine, de descendance heureuse (Gilbert Pounia, Ziskakan) et d’inspirations tout autant lumineuses.

Dès “Ansanm”, c’est Cesaria Evora et d’autres grandes dames que l’on entend ; et partout ailleurs un maloya élaboré plus orchestré/arrangé que l’ordinaire (on est plus proche de Davy Sicard que de Danyel Waro), un maloya conteur et volontiers frondeur. Un maloya qui a voyagé, qui se cherche encore (les deux morceaux en français, largement dispensables), qui s’efface parfois un peu (le joli “Mazine”) ou complètement (un “Zanfan” magnifique a cappella, pour clôre l’album)... mais qui, au son du kayamb toujours, donne en kreol rényoné de très belles émotions (le titre éponyme, “Son Zié”...).

Maya Kamaty (Sakifo/Atmosphériques)

October 19, 2014  Comments Off

XAVIER PLUMAS – Le cabinet vaudou des curiosités d’Adèle

Visuel XAVIER PLUMAS le Cabinet vaudouDécouvrir de nouveaux mots (ou presque), en redécouvrir d’autres oubliés, peu communs en littérature et d’autant plus rares et précieux en chansons, usités ici avec moult précautions et verbes lents. A l’accoutumée, allusions sexuelles fort éloquentes, paysages ruraux et belles tournures pour une poésie folk, maniérée à sa façon et exigeante dans ses constructions.

Tout aussi séduisante qu’avec Tue-Loup, la liberté solo étant juste prétexte à s’émanciper d’un nom, mais aucunement d’un esprit et d’un ton d’excellence. Jusqu’à cette fois, frôler le hit “Incendie”, vive incartade dans un album plutôt paisible en rebondissements.

Quoique “Activité” et d’autres encore : confirmations évidentes pour les fans qu’il y a dans un disque, une chanson, une phrase de Xavier Plumas bien plus d’aventures et d’émotions que dans tant de variétés ailleurs.

Xavier Plumas (La Lézarde)

 

October 13, 2014  Comments Off

RADIO ELVIS – Juste avant la Ruée

Visuel RADIO ELVIS - Juste avant la ruéeJuste avant la ruée, juste avant l’emballement, juste avant “d’entrevoir une piste qui nous mènerait sûrement au vent suffocant d’un sommet“. Perspective lucide, aussitôt contrebalancée : “combien de tasses avant le fond ?“. Manière d’aborder le rock et ses illusions…

En un titre “Goliath”, c’est l’écriture française racée et lettrée sur des sonorités entendues ailleurs (Vampire Weekend, WU LYF...). Influences récentes dans l’esprit bien plus que dans la transcription exacte : dès “La Traversée” (et plus loin “Le Continent” chanson bipolaire), c’est Dominique A (cela pourrait être ses titres), sombre, chanté avec une hauteur toute britannique et une singularité toute parisienne.

C’est donc haut de gamme, au-dessus du lot et profondément addictif.

Radio Elvis

October 9, 2014  Comments Off

J. MASCIS – Tied to a Star

Visuel J MASCIS - Tied to a StarVersion acoustique, plus présentable au monde, paraît-il : en épure, le solo de guitare un peu moins hors sujet, les digressions plus contenues, l’évidence d’un songwriting au-dessus du lot... Mais toutes remarques à relativiser : déviances à chaque tournant de couplet, refrains presque toujours sacrifiés et cette voix unique de couille écrasée, incroyablement détonante sur ce physique préhistorique de prophète largué...

“Every Morning” à porter aux nues, “Wide Awake” (en duo avec Chan Marshall) dans la même veine paisible, “And Then” magnifique, “Better Plane” poignant : la ballade à la Mascis séduit autant que le grunge de Dinosaur Jr. Deux facettes finalement proches en les plaisirs masochistes qu’elles procurent, plaisirs répétés, inlassablement. J. Mascis ou ce demi-dieu improbable…

J. Mascis (Sub Pop)

October 3, 2014  Comments Off

MIREL WAGNER – When the cellar children see the light of day

Visuel MIREL WAGNER - When The Cellar Children See The Light Of DayCa commence comme une comptine avec, en quelques mesures à peine, plus d’aplomb que dans tout le précédent – et premier – album éponyme et bouleversant. Mais déjà “1 2 3 4 / What’s underneath the floor ?”, le titre de l’album en guise d’évidence et le rappel nécessaire : chez Mirel Wagner, c’est la gravité qui dicte et le drame qui pointe. Finlandaise, jeune, mais plus de sobriété et de blues que chez l’immense majorité folk dépressive des contrées habituelles du genre. Et bien plus de beautés, dépouillées, presque décharnées : guitare-voix (les arrangements et le piano de Craig Amstrong sur deux titres n’y changent strictement rien), du spleen assassin (“The Devil’s Tongue”) à la valse mortelle (“Goodnight”).

Et la confirmation, chère à Soulages, que l’outre-noir ou le noir-lumière, est la plus belle des couleur : ici aussi, des morceaux éminemment sombres jaillissent les plus profonds des éblouissements.

Mirel Wagner (Sub Pop)

September 29, 2014  Comments Off

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